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Points de vue

Ramadan – Aïd el-Fitr 2026 : pourquoi privilégier les calculs astronomiques sur la vision locale en France

Rédigé par Mohamed Najah | Vendredi 13 Mars 2026

           


Depuis quelque temps en France, certaines initiatives encouragent la vision locale du croissant lunaire pour déterminer le début des mois du calendrier hégirien. Cette démarche suscite l’intérêt et l’enthousiasme d’un certain nombre de musulmans sur les réseaux sociaux. Mais cette méthode est-elle réellement adaptée aux conditions astronomiques et climatiques de la France ?

Pourquoi privilégier les calculs astronomiques en France plutôt que la vision locale, qui demeure possible, notamment avec l’aide d’instruments d’observation ? La vision locale du croissant lunaire pour déterminer le début des mois lunaires en France n’a pas été retenue par des fédérations et instances musulmanes. Ce choix repose sur plusieurs raisons scientifiques, juridiques et communautaires.

Les limites de la visibilité du croissant en France

Les cartes internationales de visibilité du croissant lunaire montrent que la France ne se situe pas dans une zone de visibilité favorable et régulière. Très souvent, la visibilité y est impossible ou non observable. Par exemple, pour l’année hégirienne actuelle 1447, il n’y a que deux mois sur douze durant lesquels l’observation du nouveau croissant est théoriquement possible depuis la France. Dans un cas, elle n’est possible qu’à l’aide d’un télescope. Dans l’autre, elle peut être réalisée soit au télescope, soit à l’œil nu, mais par un observateur expérimenté.

Or le ciel français étant fréquemment couvert par les nuages, l’observation effective devient encore plus difficile. Les conditions météorologiques peuvent également empêcher l’observation du croissant lunaire. En présence de nuages ou de brouillard, le croissant peut être présent mais rester invisible. Dans ce cas, la communauté peut compléter le mois à 30 jours alors que le nouveau mois a déjà commencé.

Dans la pratique, le nouveau croissant n’est donc pas observable depuis la France environ dix fois sur douze. Cela conduirait à compléter la plupart des mois à 30 jours. Une méthode destinée à organiser la vie religieuse de millions de fidèles doit être stable et fiable. Dans le contexte géographique et climatique de la France, la vision locale ne peut donc pas remplir ce rôle de manière régulière.

La divergence des savants sur la question

Les juristes musulmans ont divergé sur la question de savoir si la vision du croissant doit être locale ou peut être valable pour l’ensemble de la communauté. Une partie importante des savants a considéré que la vision confirmée dans une région peut être valable pour l’ensemble des musulmans lorsque l’information est transmise de manière fiable.

D’autres savants ont défendu la prise en compte des différences d’horizons. Cette divergence est connue dans la tradition juridique islamique. Le choix adopté par le Conseil théologique musulman de France (CTMF) s’inscrit dans l’un des avis reconnus du fiqh.

En 2016, un congrès international organisé à Istanbul a réuni environ 170 savants, juristes et spécialistes venus de nombreux pays du monde musulman. Ils ont adopté le principe d’un calendrier hégirien mondial unifié fondé sur des critères astronomiques précis afin de renforcer l’unité des musulmans. Le CTMF s’inscrit dans cette démarche et s’appuie sur les conclusions de ce congrès.

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Le caractère général du hadith prophétique et le rôle des calculs

Le Prophète (paix et salut sur lui) a dit, selon un hadith rapporté par Bukhari et Muslim : « Jeûnez à sa vision et rompez à sa vision. » Ce texte est formulé de manière générale et s’adresse à l’ensemble de la communauté musulmane. Il n’établit pas de distinction entre les frontières politiques ou géographiques. Cette généralité a conduit de nombreux savants à considérer que la vision confirmée dans une région peut être prise en compte par d’autres régions.

Le recours aux calculs astronomiques ne vise pas à remplacer la vision mentionnée dans les textes. Les calculs permettent de connaître avec précision les conditions d’apparition du croissant et d’organiser le calendrier de manière fiable.

Le Prophète (paix et salut sur lui) a également dit à ses amis, selon un hadith rapporté par Bukhari et Muslim : « Nous sommes une communauté qui ne sait ni écrire ni calculer. Le mois est ainsi (29 jours) et ainsi (30 jours). » Ce hadith montre que la détermination du mois reposait alors sur un moyen simple et accessible à tous, à savoir l’observation puisque la majorité ne savait pas calculer. Aujourd’hui, les calculs astronomiques sont devenus accessibles et permettent de connaître avec précision les mouvements de la lune. Leur utilisation ne change pas le principe de la détermination du mois lunaire mais constitue un moyen plus précis d’appliquer ce principe.

Les calculs astronomiques comme modélisation de l’observation

Les calculs astronomiques reposent sur l’observation précise des mouvements du soleil et de la lune. Ils permettent de reproduire avec grande précision les conditions d’observation des phénomènes célestes.

Les musulmans utilisent déjà les calculs astronomiques pour déterminer les horaires de prière fondés sur la position du soleil. Personne ne considère que ces calculs ont remplacé l’observation du soleil. Ils en reproduisent simplement les conditions avec précision. De la même manière, les calculs astronomiques peuvent être utilisés pour connaître les conditions d’apparition du croissant lunaire.

Les calculs comme bienfait divin

Le Coran rappelle l’ordre précis établi par Allah dans l’univers lorsqu’Il dit que « le soleil et la lune évoluent selon un calcul minutieux » (Sourate 55, verset 5). Les savants expliquent que la sourate Ar-Rahmân énumère les bienfaits d’Allah envers l’humanité. Ainsi, le calcul qui régit les mouvements du soleil et de la lune fait donc partie de ces bienfaits. Allah a enseigné à l’être humain ce qu’il ne savait pas et lui a permis de découvrir les lois qui organisent l’univers : « Il a enseigné à l’être humain ce que ce dernier ne savait pas » (Coran, sourate 96, verset 5).

Dès lors, interdire aux musulmans l’utilisation des calculs astronomiques liés à la lune reviendrait à les priver d’un bienfait divin. Les calculs permettent en effet de connaître avec précision les mouvements des astres et d’organiser le calendrier lunaire de manière fiable.

La recherche de l’unité de la communauté

La multiplicité des débuts de Ramadan selon les pays entraîne aujourd’hui une division visible au sein de la communauté musulmane. Pourtant, les textes coraniques et prophétiques insistent fortement sur l’importance de l’unité.

Dans le passé, les moyens de communication étant limités, les visions locales pouvaient se comprendre. Aujourd’hui, la communication instantanée permet de partager l’information à l’échelle du monde. Une organisation commune du calendrier devient donc possible et souhaitable.

Quelle conclusion en tirer ?

La vision locale en France présente plusieurs limites. Elle est difficilement réalisable dans la plupart des cas en raison des conditions astronomiques et climatiques. Elle empêche également l’utilisation d’un bienfait divin qu’est le calcul astronomique de grande précision et elle favorise la multiplication des débuts du mois de Ramadan.

Pour ces raisons, le recours aux calculs astronomiques apparaît aujourd’hui comme une solution plus fiable pour organiser le calendrier lunaire et préserver l’unité de la communauté. Les calculs astronomiques présentent l’avantage d’être précis, indépendants des conditions météorologiques et facilement utilisables pour organiser la vie religieuse de la communauté.

Refuser aujourd’hui les calculs astronomiques pour déterminer les mois lunaires reviendrait à refuser les calculs utilisés quotidiennement pour connaître les horaires de prière. L’objectif n’est pas d’opposer la science à la tradition, mais d’utiliser les connaissances qu’Allah a mises à la disposition de l’humanité pour mieux organiser la vie religieuse de la communauté.

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Mohamed Najah est théologien et vice-président du Conseil théologique musulman de France (CTMF).

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