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Points de vue

Le Parti socialiste et les musulmans : histoire d’une rupture

Rédigé par Nicolas Bourgoin | Mercredi 19 Mars 2014



Le PS va-t-il perdre le vote des musulmans après celui des classes populaires ? A en croire les études, la réponse est oui. S’il ne pèse que 5 % du corps électoral, il est très marqué à gauche (entre 70 % et 90 % suivant les élections) et a joué un rôle décisif dans la victoire de François Hollande qui en a recueilli la quasi-totalité. Le rejet anti-Sarkozy a joué pleinement : le candidat socialiste promettait de rompre avec la politique atlantiste de son prédécesseur et d’en finir avec les débats truqués sur l’identité nationale « qui ne servent qu’à monter les Français les uns contre les autres ». La suite nous a montré ce qu’il fallait en penser…

De fait, une bonne partie de ces voix risquent fort de faire défaut au PS lors des prochaines échéances électorales, bien que les tentatives de récupération menées par l’UMP semblent vouées à l’échec. La campagne anti-Dieudonné, celles sur la « laïcité », les attaques contre les principes religieux avec l’enseignement de la théorie du genre, le mariage gay et la légalisation de la PMA et de la GPA prévue initialement dans la loi Famille, les diatribes islamophobes de Manuel Valls, les lois anti-voiles votées par le gouvernement, la ligne pro-sioniste suivie par celui-ci sur les dossiers syriens et ukrainiens, son soutien inconditionnel à Israël, et enfin l’abandon de promesses pourtant bien timides sur le droit de vote des étrangers ou les récépissés lors des contrôles de police ont achevé de dissiper ce qu’il restait d’illusions à propos d’un PS antiraciste et bienveillant à l’égard des musulmans. Opération séduction un mois avant les municipales, l’hommage de circonstance rendu par François Hollande aux soldats musulmans morts pour la France ne trompera pas grand monde.

Mais si la politique du PS a aujourd’hui le mérite de la clarté, son sionisme outrancier n’est en réalité qu’une radicalisation d’un processus ancien : la conversion néoconservatrice du PS est contemporaine de son tournant libéral de 1983, au moment où le gouvernement de Pierre Mauroy fait le choix d’une politique de « rigueur économique ».

Cette option entraînera dans son sillage la création de SOS Racisme, réponse dévoyée et politicienne aux revendications d’égalité des droits formulées par la jeunesse issue de l’immigration lors de la marche de l’automne 1983. Le PS ne sortira plus de la ligne ainsi tracée : gauche des valeurs, droite du travail. Le sociétal en lieu et place de la défense des travailleurs, la stigmatisation et le « diviser pour mieux régner » en lieu et place de la lutte contre l’intolérance et les inégalités sociales. Selon les mots d’Eric Zemmour, l’antiracisme institutionnel « fut le rideau de fumée qui occulta la soumission socialiste aux forces libérales »... et SOS Racisme, le principal instrument de cette manipulation.

Sortir de l’antiracisme institutionnel

SOS Racisme, tout comme la LICRA ou NPNS, est un appareil idéologique d’État – le montant des cotisations ne couvre que 2 % des ressources de l’association – aux mains des sionistes pour stigmatiser les musulmans et leurs pratiques religieuses et disqualifier leur combat contre le colonialisme et le racisme. En bons petits soldats de l’oligarchie, le PS et ses satellites ne se trompent d’ailleurs pas en prenant pour cible l’islam, l’un des derniers remparts contre le mondialisme. Ce faisant, SOS Racisme contribue à banaliser l’islamophobie qui ne cesse de progresser en France.

L’antiracisme authentique, au contraire de l’antiracisme institutionnel, reconnaît à juste titre dans l’apartheid sioniste pratiqué par Israël une forme particulièrement virulente de discrimination raciale. L’ONU avait d’ailleurs en son temps assimilé l’un à l’autre. L’hypocrisie du pouvoir socialiste est à son comble quand il tente de masquer son islamophobie obsessionnelle sous l’alibi du « féminisme républicain » ou de la laïcité pour tenter de lui donner un vernis « progressiste ». Mais cette manipulation grossière cache de moins en moins la politique du deux poids/deux mesures pratiquée par le PS et ses pions associatifs.

Ainsi, en février 2006, SOS Racisme prend position en faveur de la publication des caricatures de Muhammad du journal Jylland-Postens dans Charlie Hebdo en signant une pétition de soutien. Dominique Sopo, président de SOS Racisme, sera même témoin de Charlie Hebdo au procès des caricatures. À cette occasion, SOS Racisme affirme un attachement très fort à la laïcité, considérée comme un pilier fondamental aussi bien du vivre-ensemble que comme une condition essentielle à l’existence d’un régime démocratique en co-signant une tribune contre l’intégrisme religieux (comprendre musulman) parue dans Libération en novembre 2011.

L'entretien du deux poids, deux mesures

A l’opposé, SOS Racisme poursuit sans relâche les quenelliers. Enfin, et sans surprise, SOS Racisme et la LICRA, au contraire du MRAP, n’ont pas porté plainte contre Manuel Valls pour ses propos tenus contre les Roms. En réalité, SOS Racisme poursuit sans vergogne la ligne islamophobe du PS.

Les musulmans, appelés régulièrement à jouer les boucs émissaires dans l’Europe en crise, seront les premiers à prendre conscience de ce jeu de dupes qui, en dernier lieu, ne sert que les intérêts de l’oligarchie. Cela ne peut que les conduire à se détourner (enfin) du PS duquel ils n’ont rien à attendre.

Nicolas Bourgoin est démographe, maître de conférences à l’université de Franche-Comté, membre du Laboratoire de sociologie et d’anthropologie de l’université de Franche-Comté (LASA-UFC). Dernier ouvrage paru : La Révolution sécuritaire, Éditions Champ social, 2013. Pour lire sa contribution dans son entièreté, le lien ici.