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Histoire

Kaissa Titous : « Donner une dimension plus politique à la Marche »

Rédigé par Mérième Alaoui | Mardi 10 Décembre 2013

Ils avaient à peine une vingtaine d’années en 1983. Qu’ils soient marcheurs permanents ou temporaires, ils reviennent sur leurs expériences lors de cette page historique pour les quartiers populaires et pour la France. Parole à... Kaissa Titous, alors présidente de Radio Beur et membre du Collectif jeunes qui a organisé l'accueil des marcheurs à Paris.



Kaissa Titous : « Donner une dimension plus politique à la Marche »
Présidente de Radio Beur (devenue Beur FM) à Paris en 1983, Kaissa se rendait déjà dans la région lyonnaise, aux Minguettes bien avant la Marche pour couvrir la grève de la faim ou encore le Forum justice pour la mort de Wahid Hachichi. « Nous étions très sensibilisés sur les questions de crimes racistes. Dès qu’il y avait un affrontement ou un jeune tué dans les quartiers de la région parisienne, les gens venaient nous voir à la radio et nous allions sur place pour enquêter. »

Pour Kaissa Titous, « on ne peut pas comprendre le succès de la Marche si on ne prend pas la mesure du nombre important de morts soit par des tontons flingueurs, soit par des bavures policières ». De plus en plus, les mouvements associatifs commençaient à s’organiser dans les quartiers. « On percevait une grande sensibilité sur ces questions et la nécessité de l’obtention de droits politiques. Les jeunes des Minguettes voulaient montrer qu’ils faisaient partie des réalités françaises, et qu’il fallait respecter leur intégrité physique et morale. »

L’été 1983 a été particulièrement meurtrier puis, un jour, Kaissa reçoit la lettre du Père Christian Delorme à la radio, il annonce la Marche. « Avec mes camarades, on décide de créer le Collectif parisien composé de jeunes issus de l’immigration et indépendants des organisations politiques et antiracistes. Ce collectif était majoritairement féminin et les femmes le dirigeaient sans aucun problème ! », ajoute-t-elle.

« Avec les marcheurs, nous avions des rapports fraternels, une grande confiance résidait déjà entre nous, ce qui nous a permis de relayer leurs demandes pour l’arrivée et donner une dimension plus politique à la marche. » À Paris, les collectifs de banlieues venaient rejoindre celui de Paris. Kaissa, qui ne fait pas partie des marcheurs permanents, faisait des allers et retours sur place pour organiser leur arrivée. « Et surtout nous avons organisé leur périple dans la région parisienne, notamment le Forum police justice à Levallois… »

Loin d’être un semi-échec comme elle l’est souvent présentée, la Marche reste pour l’ancienne présidente de Radio Beur une grande réussite : « C’est le premier mouvement de jeunes après 1968 dirigé par des Arabes et qui a su rallier une grande partie de la société française à un moment difficile : essoufflement du mouvement ouvrier, désindustrialisation et début du chômage de masse… Ce mouvement est parti des quartiers, pas des usines ni des lycées ni des facs, ce qui en fait son originalité. Certes, il n’a pas réussi à éradiquer les crimes racistes, ni les bavures policières, ni le délabrement et la relégation des quartiers, mais qui a réussi ? »