Une gravure de Malka Kachwar daté de 1858 dans Le Monde Illustré. © BNF Gallica
À Paris, au cœur du cimetière historique du Père-Lachaise, repose une femme dont le destin relie l’Inde, l’Europe et le monde musulman : Malika Kishwar, appelée en France Malka Kachwar.
Née au début du XIXe siècle à Lucknow, en Inde, elle fut la première femme inhumée dans le premier carré musulman du cimetière parisien en 1858. A l’occasion de la Journée du 8 mars, rendre hommage à la reine Malika Kishwar, c’est rappeler que les femmes ont toujours été des actrices majeures de l’histoire, bien qu’aujourd’hui largement recouvertes d’un voile d’invisibilité. Leurs actions courageuses pour un monde d’équilibre, d’humanité, de dialogue interreligieux et de paix, continuent de nous inspirer, de Lucknow à Paris, de l’Inde à l’Europe, en traversant les siècles.
Née au début du XIXe siècle à Lucknow, en Inde, elle fut la première femme inhumée dans le premier carré musulman du cimetière parisien en 1858. A l’occasion de la Journée du 8 mars, rendre hommage à la reine Malika Kishwar, c’est rappeler que les femmes ont toujours été des actrices majeures de l’histoire, bien qu’aujourd’hui largement recouvertes d’un voile d’invisibilité. Leurs actions courageuses pour un monde d’équilibre, d’humanité, de dialogue interreligieux et de paix, continuent de nous inspirer, de Lucknow à Paris, de l’Inde à l’Europe, en traversant les siècles.
Quand une reine musulmane indienne osa défier l’Empire britannique
Malika Kishwar était la mère du dernier roi d’Awadh (le royaume d’Oud, en français), Wajid Ali Shah, et portait le titre honorifique de « Janab-e-Aliya Begum », ou reine douairière. Lorsque ce royaume indien fut annexé de force par les Britanniques en 1856 et son fils exilé à Calcutta, elle entreprit un acte plein d’audace : défendre la cause de son royaume en Europe, auprès de la reine Victoria, qui avait en commun avec elle d’être mère et reine, même si leur culture les séparait.
Sa démarche diplomatique à Londres pour plaider auprès de la reine Victoria témoigne d’une détermination et d’un leadership exceptionnels pour une femme musulmane du XIXe siècle qui vivait dans l’espace clos du zenana, réservé aux femmes de la cour. Même si la presse britannique de l’époque se moqua de cette reine de petite taille, pratiquant la stricte séparation du regard ou pardah (rideau en langue ourdou) et accompagnée d’une suite d’environ 110 personnes. Malgré son courage, elle n’aura pas gain de cause, sera ridiculisée, méprisée et décidera alors de demander de l’aide aux Français.
Hélas, le destin de Malika Kishwar s’achève tragiquement lors de son voyage de retour vers l’Inde, qui prévoyait une visite spirituelle à La Mecque. Arrivée malade à Paris, elle y meurt le 24 janvier 1858.
Sa démarche diplomatique à Londres pour plaider auprès de la reine Victoria témoigne d’une détermination et d’un leadership exceptionnels pour une femme musulmane du XIXe siècle qui vivait dans l’espace clos du zenana, réservé aux femmes de la cour. Même si la presse britannique de l’époque se moqua de cette reine de petite taille, pratiquant la stricte séparation du regard ou pardah (rideau en langue ourdou) et accompagnée d’une suite d’environ 110 personnes. Malgré son courage, elle n’aura pas gain de cause, sera ridiculisée, méprisée et décidera alors de demander de l’aide aux Français.
Hélas, le destin de Malika Kishwar s’achève tragiquement lors de son voyage de retour vers l’Inde, qui prévoyait une visite spirituelle à La Mecque. Arrivée malade à Paris, elle y meurt le 24 janvier 1858.
Des femmes de leadership inspiré du soufisme indien
La famille de Malika Kishwar témoigne de la force des femmes dans l’histoire indienne et mondiale, même dans des contextes coloniaux difficiles. Sa belle-fille, Begum Hazrat Mahal, est une figure de leadership féminin bien connue car elle prit la tête de la résistance contre les Britanniques lors de la fameuse Révolte des Cipayes en 1857, gouvernant le royaume d’Awadh au nom de son très jeune fils intronisé.
Ce leadership féminin en contexte musulman a été fortement encouragé par le soufisme indien où les guides spirituelles au féminin ont toujours existé, notamment dans la tradition soufie chishti, installée en Inde, à Ajmer, au Rajasthan, par Khwaja Moinuddin Chishty à la fin du XIIe siècle.
Aucune recherche historique à l’heure actuelle ne documente un rattachement initiatique de Malika Kishwar à une voie soufie. Cependant, la reine évoluait dans une cour musulmane chiite profondément imprégnée de mystique soufie. Les souverains d’Awadh entretenaient des liens avec des sanctuaires et des maîtres spirituels dont ils étaient souvent les mécènes, en témoignent les achats de terres servant à accueillir et nourrir les voyageurs spirituels, musulmans et hindous confondus.
La cour d’Awadh avait une attention toute particulière pour la poésie mystique, la musique dévotionnelle et une ouverture interreligieuse, héritage de l’empereur moghol Akbar et du prince Dara Shikoh, imprégnés de la vision soufie de l’unicité de l’être d’Ibn Arabi (wahdat al wujud). Illustrant sa vision du pouvoir fondée sur le dialogue et la coexistence religieuse, suite à un rêve, la reine Malika Kishwar fit ainsi construire un temple dédié à Hanuman, le dieu hindou à l’apparence de singe symbolisant le courage mais aussi la dévotion et la fidélité à son maître spirituel, le dieu Rama.
Ce leadership féminin en contexte musulman a été fortement encouragé par le soufisme indien où les guides spirituelles au féminin ont toujours existé, notamment dans la tradition soufie chishti, installée en Inde, à Ajmer, au Rajasthan, par Khwaja Moinuddin Chishty à la fin du XIIe siècle.
Aucune recherche historique à l’heure actuelle ne documente un rattachement initiatique de Malika Kishwar à une voie soufie. Cependant, la reine évoluait dans une cour musulmane chiite profondément imprégnée de mystique soufie. Les souverains d’Awadh entretenaient des liens avec des sanctuaires et des maîtres spirituels dont ils étaient souvent les mécènes, en témoignent les achats de terres servant à accueillir et nourrir les voyageurs spirituels, musulmans et hindous confondus.
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Un modèle de leadership féminin et de paix pour notre temps
L’histoire de Malika Kishwar trouve une résonance particulière dans le contexte actuel des conflits, notamment au Moyen-Orient, où les femmes sont largement sous-représentées dans les prises de décisions dans une actualité dominée par des figures masculines, où peu de figures féminines sont impliquées dans la résolution des conflits, malgré la résolution 1325 de l’Organisation des Nations Unies.
Quand on regarde avec attention le parcours de la reine Malika Kishwar, on voit se dessiner un leadership promouvant la justice, le dialogue et la non-violence, autant de valeurs au cœur de la tradition soufie de l’islam et de la pensée de Gandhi au XXe siècle. Dans un contexte où les tensions et les conflits armés persistent, les figures de sagesse et de courage qui permettront de faire émerger la culture de paix et le respect de l’humanité doivent être la source de nos nouveaux paradigmes de civilisation.
Quand on regarde avec attention le parcours de la reine Malika Kishwar, on voit se dessiner un leadership promouvant la justice, le dialogue et la non-violence, autant de valeurs au cœur de la tradition soufie de l’islam et de la pensée de Gandhi au XXe siècle. Dans un contexte où les tensions et les conflits armés persistent, les figures de sagesse et de courage qui permettront de faire émerger la culture de paix et le respect de l’humanité doivent être la source de nos nouveaux paradigmes de civilisation.
Un patrimoine musulman féminin à préserver et à faire connaître
© Rana Safvi
Aujourd’hui, il est triste de constater que la tombe de Malika Kishwar n’est plus qu’une dalle de béton, alors qu’elle était à l’origine surmontée d’un canopée de marbre finement sculpté, symbole de son rang et de son prestige. Cette femme remarquable repose désormais dans l’oubli et l’indifférence.
C’est pour réparer cette injustice que Waliyat ONG Internationale, créée à Paris, se propose de réhabiliter la tombe et la mémoire de Malika Kishwar. Bien plus qu’un geste patrimonial et mémoriel, c’est rendre visible l’histoire des femmes. C’est inviter les nouvelles générations à puiser, dans ces vies exemplaires, l’inspiration nécessaire pour bâtir un monde où la paix, le dialogue interreligieux et l’humanité restent au cœur de l’action. Dans le silence du Père-Lachaise, des centaines de voix de femmes exceptionnelles attendent d’être entendues. Alors écoutons leur voix de sagesse et laissons-la guider nos pas.
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La spiritualité, vecteur d’une paix intérieure et universelle
C’est pour réparer cette injustice que Waliyat ONG Internationale, créée à Paris, se propose de réhabiliter la tombe et la mémoire de Malika Kishwar. Bien plus qu’un geste patrimonial et mémoriel, c’est rendre visible l’histoire des femmes. C’est inviter les nouvelles générations à puiser, dans ces vies exemplaires, l’inspiration nécessaire pour bâtir un monde où la paix, le dialogue interreligieux et l’humanité restent au cœur de l’action. Dans le silence du Père-Lachaise, des centaines de voix de femmes exceptionnelles attendent d’être entendues. Alors écoutons leur voix de sagesse et laissons-la guider nos pas.
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