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Politique

À l'iftar des associations musulmanes de Paris, Laurent Nuñez conjugue fermeté, apaisement et dialogue

Rédigé par | Mercredi 4 Mars 2026

           

Tandis que le mois du Ramadan bat son plein, Laurent Nuñez s'est rendu, lundi 2 mars, à l'iftar organisé par la Coordination des associations musulmanes de Paris (CAP), avec une présence marquée d'acteurs du Forum de l'islam de France (Forif). Ce qu'il faut retenir de cette soirée.



Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, s'est rendu, lundi 2 mars 2026, à l'iftar organisé par la Coordination des associations musulmanes de Paris (CAP), dirigée par Najat Benali. Se trouvaient aussi le ministre de l'Action et des Comptes publics David Amiel (tout à droite), et le ministre délégué à l'Intérieur Jean-Didier Berger (tout à gauche). © CAP 75/DR
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, s'est rendu, lundi 2 mars 2026, à l'iftar organisé par la Coordination des associations musulmanes de Paris (CAP), dirigée par Najat Benali. Se trouvaient aussi le ministre de l'Action et des Comptes publics David Amiel (tout à droite), et le ministre délégué à l'Intérieur Jean-Didier Berger (tout à gauche). © CAP 75/DR
C'est dans le très chic restaurant Dar Mima, niché dans le 9e étage de l'Institut du monde arabe (IMA), que la Coordination des associations musulmanes de Paris (CAP 75) a accueilli, lundi 2 mars, à son repas de rupture du jeûne (iftar), le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, son bras droit fraîchement nommé au gouvernement, Jean-Didier Berger, et le ministre de l'Action et des Comptes publics, David Amiel. Aux manettes de l'événement qui a vu paraître Anne-Claire Legendre, successeure de Jack Lang à la tête de l'IMA, on retrouve la très charismatique Najat Benali, rectrice de la mosquée de Javel mais aussi désormais de la mosquée Mariam, ouverte tout récemment dans le 14e arrondissement de la capitale à l'occasion du mois du Ramadan.

Une centaine de personnalités dont la plupart sont des acteurs du culte musulman engagés dans le Forum de l'islam de France (Forif), ont été conviées, ainsi que des acteurs du dialogue interreligieux, dans un contexte qui voit converger le Ramadan et le Carême. Ces deux temps liturgiques forts des calendriers chrétien et musulman ont été rejoints, le jour de l'iftar, par le jeûne d'Esther, célébré la veille de Pourim.

« Ce n'est pas une coïncidence, c'est presque une leçon silencieuse à ceux qui pensent que les religions divisent », affirme Najat Benali, qui a construit l'iftar sur le thème du pluralisme, en invitant notamment des représentants de divers courants de l'islam dont les chiites. C'est d'ailleurs vers le Moyen-Orient que se sont tournées ses « premières pensées », alors que la région est plongée en pleine guerre après le lancement, samedi 28 février, d'une offensive américano-israélienne d'ampleur contre l'Iran.

Très vite, des mots de « gratitude » ont été prononcés à l'égard de Laurent Nuñez qui a, « depuis le début (de son engagement ministériel, ndlr), choisi la responsabilité plutôt que la surenchère, l'apaisement plutôt que l'instrumentalisation » vis-à-vis de la composante musulmane française, assure Najat Benali. Le ministre chargé des Cultes a su, après le départ de son prédécesseur Bruno Retailleau, « redonner confiance à toute une salle d'acteurs engagés » lors de la dernière plénière du Forif en décembre 2025, alors que « le moral de la plupart des acteurs du culte musulman était morose » après la parution d'un énième rapport controversé sur l'islamisme, raconte la rectrice.

Un ministre à la fois debout contre l'islamisme et la stigmatisation des musulmans

Dans son souci de faire vivre un dialogue de qualité avec les responsables musulmans, Laurent Nuñez admet qu'il s'est employé, dès son arrivée Place Beauvau en octobre 2025, à « se démarquer » dans ses prises de position pour éviter « la stigmatisation » d'un pan de la population et, de cette manière, à désamorcer l'hostilité suscitée par Bruno Retailleau.

« On ne peut pas lutter efficacement contre l'islam politique et l'islamisme si on emploie des mots qui sont brutaux, des mots qui ne donnent pas l'impression de véritablement cerner l'ampleur du problème », affirme l'ancien préfet de police de Paris, qui estime « tout à fait possible » de marier « la fermeté et le dialogue », « en étant toujours prudent et attentif sur le fait de ne jamais tomber dans la stigmatisation ».

« Quand on protège les cultes, on protège finalement notre capacité à vivre tous ensemble parce que tous ensemble, nous faisons la France », plaide Laurent Nuñez, en réitérant son engagement et celui de l'Etat à lutter contre les actes antimusulmans, en très forte hausse en 2025.

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. © CAP 75/DR
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. © CAP 75/DR
Dans le même temps, « protéger les musulmans de France, c'est aussi les protéger d'un autre danger qui est celui de l'instrumentalisation religieuse à laquelle on assiste parfois par les tenants de l'islam politique », déclare-t-il. « J'assume de le dire car nous ne pouvons ignorer que certains cherchent aussi à fracturer notre société, à pousser au repli, à détourner l'islam de sa spiritualité pour en faire un projet politique », poursuit le ministre, tout en reconnaissant que « l'action résolue de l'État contre le séparatisme islamiste que nous menons (...) est parfois mal comprise, mal vécue par une partie des musulmans, vivant cela comme une stigmatisation ».

« Je veux redire ici que l'action de l'Etat n'est dirigée contre aucune religion mais contre toutes les idéologies qui contestent les principes fondamentaux de la République. Ça n'est que ça, rien que ça mais c'est essentiel », lance-t-il. « Cet engagement à lutter contre l'islamisme s'inscrit toujours dans le cadre des lois de la République et je crois pouvoir dire que la France ne serait plus elle-même (si tel n'est pas le cas, ndlr) et les porteurs de l'islam politique, finalement, auraient eu raison de toutes nos valeurs si des citoyens ou des structures étaient visés aveuglément et essentialisés. C'est pourquoi je me suis opposé à toutes les propositions qui conduisent à ces amalgames visant les croyants et non les tenants de l'islam politique », rappelle-t-il, en référence notamment à des textes d'interdiction portés par Les Républicains. Des propositions « pas très opportunes contre lesquelles je serai toujours un rempart », affirme Laurent Nuñez, avant de faire un point général sur les travaux menés par le Forif.

Lire aussi : Des responsables musulmans vent debout contre le rapport de la droite sénatoriale sur l'islamisme

© CAP 75/DR
© CAP 75/DR

Au Forif, la création d'une structure nationale en route

Le Forif n'est « pas une vitrine » mais « un outil structurant » qui a fait surgir le Conseil national des aumôneries musulmanes (CNAM), le Centre d'expertise 157, au service des associations, ou encore l'Association de défense contre les discriminations et les actes antimusulmans (ADDAM), souligne avec conviction Najat Benali. Le travail de cette dernière n'a pas manqué d'être salué aussi par Laurent Nuñez, assurant que l'ADDAM aura « toute sa place » aux futures Assises nationales de lutte contre les actes antireligieux.

« Nous travaillons à la création de la future instance nationale du culte musulman construite à partir des territoires français », sans influences étrangères, assure également la rectrice, sans donner de plus amples détails.

« Nous ne sommes pas spectateurs de la cohésion nationale, nous en sommes les artisans, alors continuons à dialoguer même lorsque les voix tremblent (...). Continuons à bâtir à travers le Forif et les ARL (les instances représentatives locales, ndlr) des espaces de confiance qui l'emportent sur la méfiance. Continuons à agir unis et déterminés face à la haine qui cherche à nous fracturer et, ensemble, faisons échouer tous ceux qui espèrent la division en faisant triompher la solidarité, la dignité et l'action collective », soutient Najat Benali en guise de conclusion. « Surtout, gardons cette foi inébranlable : la France est assez grande pour accueillir toutes les fidélités, celle du cœur comme celle de la République. »

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur