Durant le Carême comme le Ramadan, il est de bon ton d’installer quelques rituels qui nous accompagnent dans les temps de la vie quotidienne. Cela peut consister dans des moments de recueillement particuliers et des prières spéciales qu’on adresse à Dieu. On peut aussi mettre du parfum et de beaux habits, en signe de gaité, et agrémenter les temps de repas. Toutes ces choses sont belles et pertinentes, dès lors qu’elles nous poussent aussi à entrer, par le jeûne, dans un vrai temps de partage. Car le jeûne n’a de sens que s’il nous ouvre au partage pour réaliser, ici et maintenant, notre idéal de Justice.
Une foi sans acte est déjà morte
La privation qu’on ressent durant le jeûne possède, entre autres, la vertu de nous associer aux souffrances que vivent les personnes les plus démunies. Ce sont toutes celles qui « jeûnent » malgré elles, vivant dans des conditions parfois extrêmement dégradées, au vu et au su de la société. Il n’est pas nécessaire d’aller très loin pour les observer ; c’est peut-être, dans mon entourage, une personne qui cache la situation pénible qui la submerge.
Nos textes sacrés nous poussent à établir la justice en commençant par la main tendue aux plus vulnérables. C’est ce qu’indique l’Apôtre Jacques d’une façon très claire : « À quoi bon, mes frères, dire qu’on a la foi, si l’on n’a pas d’œuvres ? La foi peut-elle sauver, dans ce cas ? ; Si un frère ou une sœur n’ont rien à se mettre et pas de quoi manger tous les jours ; et que l'un d'entre vous leur dise : “Allez en paix, mettez-vous au chaud et bon appétit” sans que vous leur donniez de quoi subsister, à quoi bon ? De même, la foi qui n’aurait pas d’œuvres est morte dans son isolement. » (Jacques 2:14-17)
Le Coran va dans le même sens lorsqu’il condamne le rite ostentatoire qui masque l’avarice dans la sourate L’ustensile (Al-Ma’un) : « As-tu vu celui qui dénie le (Jour du) Jugement ? ; C’est le même qui repousse brutalement l’orphelin ; et qui n’incite pas à nourrir la personne dans le besoin ; Eh bien malheur à ceux qui, priant ; exécutent leur prière sans conviction ; en l’accomplissant par pure ostentation ; tout en refusant aux pauvres le strict nécessaire. » Le strict nécessaire désigne les petites choses de la vie courante, al-mâ’ûn, mot qui est passé dans les dialectes maghrébins – al-ummu’ân – pour désigner tous les petits ustensiles qui permettent de cuisiner et de manger. Dans les deux traditions, on comprend que la justice et la solidarité ne constituent pas un simple supplément moral : elles sont la preuve vivante et concrète du culte qu’on pratique en vérité.
Nos textes sacrés nous poussent à établir la justice en commençant par la main tendue aux plus vulnérables. C’est ce qu’indique l’Apôtre Jacques d’une façon très claire : « À quoi bon, mes frères, dire qu’on a la foi, si l’on n’a pas d’œuvres ? La foi peut-elle sauver, dans ce cas ? ; Si un frère ou une sœur n’ont rien à se mettre et pas de quoi manger tous les jours ; et que l'un d'entre vous leur dise : “Allez en paix, mettez-vous au chaud et bon appétit” sans que vous leur donniez de quoi subsister, à quoi bon ? De même, la foi qui n’aurait pas d’œuvres est morte dans son isolement. » (Jacques 2:14-17)
Le Coran va dans le même sens lorsqu’il condamne le rite ostentatoire qui masque l’avarice dans la sourate L’ustensile (Al-Ma’un) : « As-tu vu celui qui dénie le (Jour du) Jugement ? ; C’est le même qui repousse brutalement l’orphelin ; et qui n’incite pas à nourrir la personne dans le besoin ; Eh bien malheur à ceux qui, priant ; exécutent leur prière sans conviction ; en l’accomplissant par pure ostentation ; tout en refusant aux pauvres le strict nécessaire. » Le strict nécessaire désigne les petites choses de la vie courante, al-mâ’ûn, mot qui est passé dans les dialectes maghrébins – al-ummu’ân – pour désigner tous les petits ustensiles qui permettent de cuisiner et de manger. Dans les deux traditions, on comprend que la justice et la solidarité ne constituent pas un simple supplément moral : elles sont la preuve vivante et concrète du culte qu’on pratique en vérité.
Contribuer à libérer les chaînes de l’injustice
Les croyant-e-s sont des personnes qui vivent avec et par l’espérance. Qu’elles soient chrétiennes ou musulmanes, elles peuvent comprendre le sens profond de la célèbre parole du Mahatma Gandhi, lorsqu’il dit : « Ma vie est mon seul enseignement. Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ! Le bonheur, c’est lorsque vos actes sont en accord avec vos paroles. »
Ainsi, transformer sa vie, c’est aussi mettre en actes concrets, ici et maintenant, les idéaux spirituels auxquels on aspire, en particulier en matière de Justice, comme l’exprime parfaitement le prophète Isaïe dans ce passage éloquent où il invite les Hébreux à approfondir l’esprit des commandements divins : « Le jeûne que je préfère, n’est-ce pas ceci : dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug, renvoyer libres ceux qui ployaient, bref que vous mettiez en pièces tous les jougs ! N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé ? Et encore : les pauvres sans abri, tu les hébergeras, si tu vois quelqu’un nu, tu le couvriras : devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas. Alors ta lumière poindra comme l’aurore, et ton rétablissement s’opérera très vite. Ta justice marchera devant toi et la gloire du Seigneur sera ton arrière-garde. » (Isaïe 58 : 6-8)
On retrouve, dans le Coran, plusieurs passages qui résonnent très fortement en écho au Livre d’Isaïe. L’idéal de Justice traverse le Coran à de nombreuses reprises, et ce verset résume bien l’état d’esprit des croyant-e-s qui ont compris le sens profond des commandements divins : « La vertu ne consiste pas à tourner vos visages vers l’Orient ou l’Occident. La vertu consiste plutôt à croire en Dieu, au Jour dernier, aux anges, aux Écritures et aux prophètes, de donner de ses biens, malgré l’amour qu’on en a, aux proches, aux orphelins, aux pauvres, aux voyageurs (dans la difficulté), aux mendiants, pour le rachat de captifs, accomplir la prière, acquitter l’aumône prescrite, être fidèle aux engagements contractés, être patient dans l’adversité, dans le malheur et dans le péril. Ceux-là (qui se comportent ainsi) sont des véridiques, ce sont eux qui se prémunissent en conscience. » (Coran 2 : 177)
Ainsi, transformer sa vie, c’est aussi mettre en actes concrets, ici et maintenant, les idéaux spirituels auxquels on aspire, en particulier en matière de Justice, comme l’exprime parfaitement le prophète Isaïe dans ce passage éloquent où il invite les Hébreux à approfondir l’esprit des commandements divins : « Le jeûne que je préfère, n’est-ce pas ceci : dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug, renvoyer libres ceux qui ployaient, bref que vous mettiez en pièces tous les jougs ! N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé ? Et encore : les pauvres sans abri, tu les hébergeras, si tu vois quelqu’un nu, tu le couvriras : devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas. Alors ta lumière poindra comme l’aurore, et ton rétablissement s’opérera très vite. Ta justice marchera devant toi et la gloire du Seigneur sera ton arrière-garde. » (Isaïe 58 : 6-8)
On retrouve, dans le Coran, plusieurs passages qui résonnent très fortement en écho au Livre d’Isaïe. L’idéal de Justice traverse le Coran à de nombreuses reprises, et ce verset résume bien l’état d’esprit des croyant-e-s qui ont compris le sens profond des commandements divins : « La vertu ne consiste pas à tourner vos visages vers l’Orient ou l’Occident. La vertu consiste plutôt à croire en Dieu, au Jour dernier, aux anges, aux Écritures et aux prophètes, de donner de ses biens, malgré l’amour qu’on en a, aux proches, aux orphelins, aux pauvres, aux voyageurs (dans la difficulté), aux mendiants, pour le rachat de captifs, accomplir la prière, acquitter l’aumône prescrite, être fidèle aux engagements contractés, être patient dans l’adversité, dans le malheur et dans le péril. Ceux-là (qui se comportent ainsi) sont des véridiques, ce sont eux qui se prémunissent en conscience. » (Coran 2 : 177)
Où étais-tu quand j’avais faim ?
Dans nos deux traditions, nous lisons des passages de nos Écritures qui sont très proches, et nous devrions prendre le temps de les lire, ensemble, à haute voix. Cela nous permettrait de comprendre ce qui se joue, dans nos traditions respectives, autour du visage de l’autre, au-delà de toute autre considération.
Le Dieu auquel nous croyons s’incarne dans le monde, à travers les êtres les plus fragiles ; changer notre rapport au monde, c’est aussi voir cette incarnation divine avec l’œil du cœur et faire œuvre de solidarité à la mesure de nos moyens car : « Alors il (le roi) dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous en loin de moi, maudits ; au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'étais un étranger et vous ne m'avez pas recueilli ; nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité.” Alors eux aussi répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et assoiffé, étranger ou nu, malade ou en prison, sans venir t’assister ?” Alors il leur répondra : “En vérité je vous le déclare, chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait.” Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle. » (Matthieu 25:40-46)
La tradition musulmane a gardé en mémoire ce passage de l’Évangile, dans cette tradition prophétique rapportée dans une formulation spécifique : « En vérité, Dieu, Exalté et Glorieux dira, le Jour de la Résurrection : “Ô être humain, j'étais malade mais tu ne m'as pas rendu visite”. La personne dira : “Ô mon Seigneur ; comment aurais-je pu Te rendre visite alors que Tu es le Seigneur des mondes ?” Alors Il dira : “Ne savais-tu pas qu'untel, parmi Mes serviteurs, était malade mais tu ne lui as pas rendu visite ? N'étais-tu pas conscient que si tu lui avais rendu visite, tu M'aurais trouvé auprès de lui ? Ô fils d'Adam, Je t'ai demandé de me nourrir mais tu ne l’as pas fait.” La personne dira : “Ô mon Seigneur, comment aurais-je pu Te nourrir alors que Tu es le Seigneur des mondes ?” Il dira : “Ne savais-tu pas qu'un tel, parmi Mes serviteurs, t'a demandé de le nourrir mais tu ne l'as pas fait ? N'étais-tu pas conscient que si tu l'avais nourri, tu aurais trouvé (la récompense de) cela auprès de Moi ? Ô fils d'Adam, Je t'ai demandé à boire mais tu ne M'as pas abreuvé.” La personne dira : “Ô Mon Seigneur, comment aurais-je pu Te donner à boire alors que Tu es le Seigneur des mondes ?” Alors, Il dira : “Un tel, parmi Mes serviteurs, t'a demandé à boire mais tu ne l’as pas abreuvé ; si tu lui avais donné à boire, tu aurais trouvé (la récompense de cela) auprès de Moi. »
Dans la perspective chrétienne, Dieu est identifié au plus vulnérable ; dans la perspective musulmane, Dieu est trouvé auprès du plus vulnérable. En cette période de jeûne, chrétiens et musulmans peuvent cheminer aussi bien en communion de prière qu’en actes de solidarité partagés. Le plus beau fruit de ce temps partagé réside certainement, avec le jeûne en commun, que les croyant-e-s servent ensemble le monde qu’ils ont en commun.
*****
Omero Marongiu-Perria est sociologue et spécialiste de l'islam français. Il a notamment co-écrit « Qu’est-ce qu’un islam libéral ? » (Atlande, mai 2023).
Lire aussi :
Ramadan et Carême - Jeûner pour (re)trouver sa liberté intérieure
Ramadan et Carême - Le jeûne comme véritable chemin de conversion
Et aussi :
Ramadan / Aïd al-Fitr 2026 : à l'heure du Carême, les vœux du Vatican aux musulmans
Ramadan 2026 : les vœux des catholiques aux musulmans de France
Annonciation et Nuit du Destin : chrétiens et musulmans ensemble sous l’égide du Verbe divin
Pourquoi le Carême n’est pas le Ramadan des musulmans : ce qu’il faut savoir sur cette célébration chrétienne
Le Dieu auquel nous croyons s’incarne dans le monde, à travers les êtres les plus fragiles ; changer notre rapport au monde, c’est aussi voir cette incarnation divine avec l’œil du cœur et faire œuvre de solidarité à la mesure de nos moyens car : « Alors il (le roi) dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous en loin de moi, maudits ; au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'étais un étranger et vous ne m'avez pas recueilli ; nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité.” Alors eux aussi répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et assoiffé, étranger ou nu, malade ou en prison, sans venir t’assister ?” Alors il leur répondra : “En vérité je vous le déclare, chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait.” Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle. » (Matthieu 25:40-46)
La tradition musulmane a gardé en mémoire ce passage de l’Évangile, dans cette tradition prophétique rapportée dans une formulation spécifique : « En vérité, Dieu, Exalté et Glorieux dira, le Jour de la Résurrection : “Ô être humain, j'étais malade mais tu ne m'as pas rendu visite”. La personne dira : “Ô mon Seigneur ; comment aurais-je pu Te rendre visite alors que Tu es le Seigneur des mondes ?” Alors Il dira : “Ne savais-tu pas qu'untel, parmi Mes serviteurs, était malade mais tu ne lui as pas rendu visite ? N'étais-tu pas conscient que si tu lui avais rendu visite, tu M'aurais trouvé auprès de lui ? Ô fils d'Adam, Je t'ai demandé de me nourrir mais tu ne l’as pas fait.” La personne dira : “Ô mon Seigneur, comment aurais-je pu Te nourrir alors que Tu es le Seigneur des mondes ?” Il dira : “Ne savais-tu pas qu'un tel, parmi Mes serviteurs, t'a demandé de le nourrir mais tu ne l'as pas fait ? N'étais-tu pas conscient que si tu l'avais nourri, tu aurais trouvé (la récompense de) cela auprès de Moi ? Ô fils d'Adam, Je t'ai demandé à boire mais tu ne M'as pas abreuvé.” La personne dira : “Ô Mon Seigneur, comment aurais-je pu Te donner à boire alors que Tu es le Seigneur des mondes ?” Alors, Il dira : “Un tel, parmi Mes serviteurs, t'a demandé à boire mais tu ne l’as pas abreuvé ; si tu lui avais donné à boire, tu aurais trouvé (la récompense de cela) auprès de Moi. »
Dans la perspective chrétienne, Dieu est identifié au plus vulnérable ; dans la perspective musulmane, Dieu est trouvé auprès du plus vulnérable. En cette période de jeûne, chrétiens et musulmans peuvent cheminer aussi bien en communion de prière qu’en actes de solidarité partagés. Le plus beau fruit de ce temps partagé réside certainement, avec le jeûne en commun, que les croyant-e-s servent ensemble le monde qu’ils ont en commun.
*****
Omero Marongiu-Perria est sociologue et spécialiste de l'islam français. Il a notamment co-écrit « Qu’est-ce qu’un islam libéral ? » (Atlande, mai 2023).
Lire aussi :
Ramadan et Carême - Jeûner pour (re)trouver sa liberté intérieure
Ramadan et Carême - Le jeûne comme véritable chemin de conversion
Et aussi :
Ramadan / Aïd al-Fitr 2026 : à l'heure du Carême, les vœux du Vatican aux musulmans
Ramadan 2026 : les vœux des catholiques aux musulmans de France
Annonciation et Nuit du Destin : chrétiens et musulmans ensemble sous l’égide du Verbe divin
Pourquoi le Carême n’est pas le Ramadan des musulmans : ce qu’il faut savoir sur cette célébration chrétienne







Sur le vif








Qui sommes-nous ?