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Religions

Vers une reprise des cultes sans l’Aïd al-Fitr ? La Mosquée de Paris s’insurge du changement de calendrier

Rédigé par | Mardi 5 Mai 2020 à 14:00

           

L'annonce du chef du gouvernement d'une reprise possible des célébrations religieuses le 29 mai plutôt que le 2 juin afin de permettre aux cultes chrétiens et juif de célébrer leurs fêtes respectives a fait bondir la Grande Mosquée de Paris. A ses yeux, une telle mesure est injuste à l'égard des musulmans, privés de célébrer, quelques jours plus tôt, la prière de l'Aïd al-Fitr dans les mosquées. Si le changement est acté, ce qui n'est pas fait à ce stade, la Grande Mosquée menace d'une saisine de la justice.



Vers une reprise des cultes sans l’Aïd al-Fitr ? La Mosquée de Paris s’insurge du changement de calendrier
La reprise des cultes était initialement envisagée pour le mardi 2 juin. Cependant, la fronde menée ces derniers jours par l’Eglise catholique a poussé le gouvernement à réviser le calendrier en avançant la date possible d’une reprise des offices religieux pour le vendredi 29 mai de sorte à permettre aux catholiques et aux protestants de célébrer la Pentecôte. Pour les juifs, ils seraient alors de fait autorisés à célébrer Chavouot, qui commémore le don de la Torah à Moïse par Dieu sur le mont Sinaï.

Les conditions exactes permettant de nouveau l'organisation des célébrations religieuses demeurent encore à préciser mais, si la date du 29 mai est actée, les musulmans pourraient alors aussi envisager de recommencer à accomplir la prière du vendredi, suspendue depuis des semaines, dans les mosquées. Si tant est que les responsables des lieux de culte soient en capacité de faire respecter les gestes-barrières entre les fidèles à chaque rassemblement.

Un revirement jugé discriminatoire envers les musulmans

Au lendemain de l’annonce faite par le Premier ministre, la Grande Mosquée de Paris s’est insurgé du nouveau calendrier concernant la reprise des cultes, qu'elle estime discriminatoire envers les musulmans.

« Si nous tenons à exprimer aujourd’hui notre stupéfaction et notre déception, c’est en raison de revirements inexpliqués opérés par l’exécutif, qui annonce l’éventualité de célébration d’offices religieux au sein des lieux de culte avant la date prévue, soit dès le 29 mai, pour permettre l’organisation de cérémonies religieuses liées aux fêtes juive et chrétienne de la Pentecôte. Cette approche ne sert ni la République, ni la société, ni le combat contre la pandémie », fait savoir la GMP mardi 5 mai.

L’institution, dirigée par Chems-Eddine Hafiz, appelle au respect du calendrier initialement prévue (le 2 juin) ou bien de le changer de sorte à inclure la possibilité pour les responsables des mosquées de célébrer l’Aïd al-Fitr le 24 mai. Cette fête, qui marque la fin du mois du Ramadan, est caractérisée par l’organisation d’une prière matinale collective.

Lire aussi : Ramadan 2020 face au Covid-19 : ce qu'il faut savoir sur le mois du jeûne en 12 questions

« La fête de l’Aïd n’est séparée de la Pentecôte juive et chrétienne que de quatre jours »

Par respect des mesures de confinement, toutes les mosquées de France ont annulé, pour le mois du Ramadan, l'organisation des prières de tarawih et de la prière de l’Aïd. La Grande Mosquée de Paris elle-même a annoncé, au lendemain de la présentation du plan de déconfinement, l’annulation de la prière de l’Aïd. « Cette décision fut prise après que les pouvoirs publics eurent décidé d’interdire la tenue de toute cérémonie religieuse avant le 2 juin 2020 », signifie-t-elle.

La nouvelle décision « qui se dessine installerait de fait une inégalité entre les citoyens », estime Chems-Eddine Hafiz, pour qui « les musulmans (…) ne comprendraient pas cette mesure inique du "deux poids deux mesures", la fête de l’Aïd n’étant séparée de la Pentecôte juive et chrétienne que de quatre jours ».

La menace d’une saisine de la justice

« Par conséquent, si cette "dérogation" venait à être accordée aux autres communautés religieuses à compter du 29 mai 2020, ce qui de facto exclurait le culte musulman, la GMP demandera instamment aux pouvoirs publics de fixer le 24 mai comme date de reprise de célébration des cérémonies religieuses pour tous les lieux de culte sans exclusion », affirme Chems-Eddine Hafiz. « La fête de l’Aïd qui clôture le mois sacré du Ramadan est aussi importante que la pentecôte juive ou chrétienne. »

« À défaut, la Grande Mosquée de Paris se verra malheureusement dans l’obligation d’user de tous les moyens légaux pour défendre les intérêts moraux des musulmans de France », déclare-t-elle, assurant qu’elle étudiera « la possibilité d’une saisine des juridictions compétentes pour dénoncer un fait grave de discrimination manifeste ».

Mise à jour : L’Observatoire national de lutte contre l’islamophobie a également réagi à l’annonce du Premier ministre, estimant qu’une réouverture des lieux de culte le 29 mai au lieu du 2 juin serait « une décision discriminatoire » si elle est actée. Néanmoins, l'instance ne demande pas d'avancer le calendrier de la reprise des cultes. Plus sur sa réaction ici.

Nouvelle mise à jour : L'Union des mosquées de France (UMF) préconise de ne pas l'avancer pour l’Aïd al-Fitr. Ce qu'elle dit sur le calendrier de reprise des cultes face à la polémique

Mise à jour vendredi 8 mai : La reprise des cultes dès la fin du Ramadan ? Les fédérations turques adoptent une position commune

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur