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Société

RAMF 2026 : mise au défi par les autorités, Musulmans de France en quête d'un nouvel élan

Rédigé par | Lundi 6 Avril 2026

           

Initialement interdite, la Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF) a pu se tenir comme voulu pour ses organisateurs du vendredi 3 au lundi 6 avril en région parisienne. Zoom sur l'événement qui a rassemblé un public nostalgique autour d'une institution aujourd'hui fragilisée, en quête d'un nouveau souffle.



A 40e édition du Salon du Bourget qui s'est tenu du 3 au 6 avril 2026, le président de Musulmans de France (MF), en costume gris, entourés de plusieurs de ses prédécesseurs.
A 40e édition du Salon du Bourget qui s'est tenu du 3 au 6 avril 2026, le président de Musulmans de France (MF), en costume gris, entourés de plusieurs de ses prédécesseurs.
Exit le grand salon qu'il nous a été donné de voir aux heures glorieuses de la Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF). Quand l'événement s'étalait à l'époque sur plusieurs halls du Parc des Expositions du Bourget, il a occupé, pour l'édition 2026, l'espace d'un unique hall pour tout à la fois les commerces, les associations, les ateliers et les conférences. Mais la fédération Musulmans de France (MF) semble revenir de loin. Après six ans d'absence, l'organisation de la RAMF a été un sacré challenge pour l'ex-UOIF, ses difficultés financières, administratives et institutionnelles ayant rendu incertaine la poursuite de ce salon.

« Il faut tout reconstruire : les partenariats, les équipes, la confiance, l'élan. Et comme si cela ne suffisait pas, un défi s'est ajouté au défi », a fait part, au cours de la conférence de presse, le président, Makhlouf Mamèche. L'ouverture du salon vendredi 3 avril a en effet été gravement menacée, avant qu'une suspension de la mesure d'interdiction voulue par la préfecture de police de Paris sur demande du ministère de l'Intérieur ne vienne soulager MF et ses soutiens.

Le tribunal a rappelé, selon Makhlouf Mamèche, que « la liberté de réunion n'est pas un privilège que l'administration accorde ou retire selon les circonstances, c'est un droit fondamental protégé par notre Constitution française ». Dont acte, et, pour le come-back de la RAMF, des visiteurs par milliers – 40 000 selon les organisateurs – ont fait le déplacement au cours du long weekend de Pâques. Un chiffre très loin de la grande fréquentation revendiquée par le passé.

Un piblic nostalgique au rendez-vous

Dans les allées se trouvaient beaucoup de nostalgiques comme Amani. « Je suis venue car j’y allais chaque année depuis petite avec mes proches et son absence m’avait vraiment manqué. J’y vais aussi pour le plaisir de retrouver notre communauté, partager un bon moment, découvrir de nouvelles choses et assister aux conférences », nous indique la jeune femme.

A côté des habituels stands commerciaux, la RAMF fait la part belle aux ONG humanitaires, la Palestine en tête de gondole. Les visiteurs pouvaient d'ailleurs visiter un « mémorial du génocide à Gaza » rendant hommage à des figures emblématiques tuées pendant la guerre comme la famille du journaliste d'Al Jazeera, Wael al-Dahdouh et celle de Hind Rajab.

Des responsables de mosquées, en quête de visibilité, ont aussi fait acte de présence, à l'instar d'Annour à Ivry-sur-Seine, en région parisienne, qui ambitionne de construire un centre cultuel et culturel à hauteur de 9 millions d'euros. Le Centre musulman de Marseille (CMM) cherche, pour sa part, à réunir, avant le 15 mai, près de 100 000€ (sur 200 000 €) pour l'achat d'une maison mitoyenne à la mosquée Mariam, ceci pour accueillir à l'avenir 200 fidèles de plus que les 800 qu'elle peut aujourd'hui abriter. Plus loin, des représentants de la mosquée de Beaugency, près d'Orléans, se sont affairés pour promouvoir leur projet, espérant lancer la première phase des travaux pour sa future mosquée en septembre prochain. « J’ai vraiment senti une différence par rapport aux années précédentes avec moins de stands et moins de diversité », témoigne Amani, déçue sur ce plan, mais « j’ai beaucoup aimé la présence des associations (...) et, dans l’ensemble, l’événement était bien organisé ».

RAMF 2026 : mise au défi par les autorités, Musulmans de France en quête d'un nouvel élan

Un « appel à la France » lancé

La RAMF ne serait pas ce qu'elle est sans les conférences. Si les questions relatives à la famille et à l'intelligence artificielle ont été largement explorées au cours des quatre jours, ce rendez-vous a été l'occasion de s'interroger sur la menace que peut faire peser la loi séparatisme sur l'Etat de droit ; sur la tentation de l'exil que font naître la montée de l'islamophobie et les débats publics stigmatisants ; ou encore sur « l'entrisme », un mot fourre-tout qui vient remettre un peu plus en cause la participation citoyenne des musulmans.

« Oui, nous sommes profondément. Français et musulmans, sans que l'un n'efface l'autre, sans que l'un soit une concession faite à l'autre. Français et musulmans, pleinement, fièrement naturellement ! », a lancé avec aplomb Makhlouf Mamèche, drapeaux français bien en évidence derrière lui. Et de lancer « un appel à la France » : « Regardez-nous, pas comme un problème à gérer, pas comme une menace à surveiller mais comme ce que nous sommes, des citoyens, des femmes et des hommes qui aiment ce pays et qui veulent y vivre debout, librement et dignement. »

MF a d'ores et déjà donné rendez-vous à ses fidèles pour la 41e édition de la RAMF du 26 au 29 mars 2027.

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur