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Monde

Mosquée Al-Aqsa, Cheikh Jarrah : les violences à Jérusalem révoltent parmi les musulmans de France

Rédigé par | Mardi 11 Mai 2021 à 13:00

           

La fin du mois du Ramadan est explosive à Jérusalem, actuellement le théâtre de nouvelles violences israéliennes. En toile de fond de la colère palestinienne qui s'est exprimée jusque dans la bande de Gaza, les menaces d'expulsions planant sur de dizaines de familles palestiniennes résidant dans la partie orientale de la Ville trois fois sainte. Les réactions à l'international se multiplient, en France aussi.



Mosquée Al-Aqsa, Cheikh Jarrah : les violences à Jérusalem révoltent parmi les musulmans de France
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Depuis des semaines, les tensions sont vives à Jérusalem, avec l'expulsion annoncée de dizaines de familles palestiniennes de leur propre domicile au profit de colons, dans le quartier de Cheikh Jarrah. Une injustice de plus vécue par les Palestiniens (voir encadré), à l'heure où Israël célébrait, lundi 10 mai, la Journée de Jérusalem (Yeroushalayim), qui commémore la conquête de Jérusalem-Est durant la guerre des Six Jours en 1967. C'est dans ce contexte propice au soulèvement des Palestiniens face à la puissance occupante que les tensions ont fini par exploser.

Des violences jusqu'à l'intérieur d'Al-Aqsa qui révoltent

Ces derniers jours, marqués par la fin du Ramadan, ont vu le déploiement des forces armées israéliennes sur l'Esplanade des mosquées. Face à des fidèles « armés » de pierres, la riposte par des balles en caoutchouc est lourde. Depuis vendredi 7 mai, des centaines de blessés parmi les civils sont recensés par le Croissant Rouge palestinien. Amnesty International, présent sur le terrain, déclare avoir constaté « un usage excessif de la force par les forces israéliennes contre des manifestant·e·s pacifiques ». En conséquence, « Israël doit mettre fin au recours à la force illégale et aux expulsions forcées des populations palestiniennes ».

Des violences ont été observées au sein même de la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l'islam, particulièrement fréquenté pendant le mois béni, ce qui a soulevé encore plus de réactions, non seulement parmi les Palestiniens mais également à travers le monde. D'abord, dans la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007. Des frappes israéliennes, en réponse à des tirs de roquettes lancés depuis l'enclave, ont provoqué la mort d'une vingtaine de personnes dont neuf enfants lundi 10 mai.

Mosquée Al-Aqsa, Cheikh Jarrah : les violences à Jérusalem révoltent parmi les musulmans de France
A la demande de la Tunisie, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni le même jour en urgence sur les violences à Jérusalem. La Tunisie, la Norvège et la Chine ont présenté un projet de déclaration qui, selon l'AFP, exprimait « sa grave préoccupation face aux tensions et violences croissantes dans la Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem-Est », réclamait « à Israël d'arrêter les activités de colonisation, de démolitions et d'expulsions » de Palestiniens et soulignait l'importance pour toutes les parties « de s'abstenir de prendre des mesures unilatérales qui exacerbent les tensions et sapent la viabilité de la solution à deux États ». Ce texte n'a toutefois pas été adopté après le refus des Etats-Unis, qui dit « travailler en coulisses » à la désescalade et être « engagés de manière constructive pour garantir que toute action du Conseil de sécurité contribue à apaiser les tensions ».

La Ligue arabe, qui compte désormais dans ses rangs des Etats ayant normalisé leurs relations avec Israël, a annoncé, pour sa part, la tenue d'une réunion d'urgence pour mardi 11 mai à la demande de la Palestine, tout comme l'Organisation de la coopération islamique (OCI) . A noter toutefois, l'OCI avait condamné, voici quelques jours, « l'expulsion illégale de dizaines de familles palestiniennes de leurs maisons dans le quartier de Cheikh Jarrah » ainsi que « la poursuite des agressions contre les Palestiniens participant aux iftars solidaires (repas collectifs de rupture de jeûne) ».

L’OCI a estimé que « ces pratiques s'inscrivent dans le cadre d'une politique israélienne fondée sur le nettoyage ethnique et l’implantation de colonies à travers la confiscation de terres, de biens et de maisons palestiniennes au profit d’organisations de colons, ce qui constitue une violation du droit international humanitaire et des résolutions pertinentes des Nations unies ». « Tenant Israël, puissance occupante, responsable des mesures illégales et racistes persistantes », l’organisation avait alors appelé le Conseil de sécurité de l’ONU « à assumer ses responsabilités en assurant la protection internationale au peuple palestinien et en amenant les autorités d'occupation israéliennes à mettre un terme à leurs violations et agressions continues dans toutes les parties du Territoire palestinien ».

Quelles réactions en France ?

En France, les condamnations fermes envers Israël se font rares au sein la classe politique. Dans pareille situation, ce sont principalement les voix de gauche qui font entendre leur solidarité envers les Palestiniens. « La colonisation est un virus qui mine la société qui la subit, mais aussi à terme celle qui l’applique. Dénoncer les expulsions de Sheikh Jarrah et s’indigner des morts de Gaza, ce n’est pas être anti-Israélien. C’est défendre les droits humains et l’avenir des DEUX peuples », a fait valoir l’eurodéputé Raphael Glucksmann.

« La répression qui s’abat au cœur de la vieille ville de Jérusalem à l’encontre des Palestiniens est un épisode supplémentaire, et criminel, de la politique d’expropriation menée par les gouvernements Netanyaou à l’encontre des palestiniens de Jérusalem-Est », a signifié le groupe parlementaire de La France Insoumise dimanche 9 mai.

« Cette grande expulsion a un but : rendre irréversible la main mise d’Israël sur tout Jérusalem. Ce qui annulerait toute chance de paix entre les deux peuples qui passe par la possibilité que Jérusalem soit une capitale partagée comme le réclament les résolutions de l’ONU », appuient les députés, pour qui cette politique est non seulement contraire au droit international mais aussi « évidemment dramatique pour le peuple palestinien mais à terme mauvaise aussi pour le peuple israélien ». « C’est pourquoi le groupe LFI demande au gouvernement français d’intervenir en condamnant les opérations israéliennes en cours. »

La France, par le biais du Quai d'Orsay, s'est exprimée, lundi 10 mai, pour dire « sa grave préoccupation face aux affrontements et aux violences qui ont lieu depuis plusieurs jours à Jérusalem, (...) qui font désormais peser le risque d’une escalade de grande ampleur ». Choisissant d'appeler « l’ensemble des acteurs à faire preuve de la plus grande retenue et à s’abstenir de toute provocation pour permettre un retour au calme dans les plus brefs délais », elle s'est tout de même déclarée « vivement préoccupée par les menaces d’évictions forcées visant des résidents du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, qui relèvent de la politique de colonisation, illégale en droit international, et exacerbent les tensions ».

Mosquée Al-Aqsa, Cheikh Jarrah : les violences à Jérusalem révoltent parmi les musulmans de France

Des condamnations fermes du côté des musulmans de France

« La violence subie par les fidèles en pleine prière à la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l’islam, est préoccupante », fait part le Conseil français du culte musulman (CFCM), qui a lancé, dans la soirée du lundi 10 mai, un appel à « préserver ce haut de lieu de prière contre cette violence que rien ne saurait justifier ». « Aucune paix durable ne peut s’établir dans la négation des croyances et la violation des lieux sacrés. Celle-ci est condamnable par tous les esprits épris de paix et de justice », affirme encore l'instance, qui appelle à « élever des prières pour la paix ».

L’irruption des forces armées israéliennes au sein de la mosquée Al-Aqsa en ces derniers jours du mois du Ramadan est « une grave provocation pour les musulmans », indiquent Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon, et Azzedine Gaci, recteur de la mosquée Othmane de Villeurbanne. Ces leaders du Conseil des mosquées du Rhône s'insurgent contre le projet d'expulsions de familles palestiniennes du quartier de Cheikh Jarrah, « une profonde injustice et une atteinte illégale et arbitraire au droit international », et déclarent attendre « une réaction ferme de la communauté internationale face à l'escalade des tensions et des provocations, qui risquent d’embraser toute la région ».

Musulmans de France (MF) s’est aussi déclaré « extrêmement choquée que les lieux sacrés de la mosquée d’Al-Aqsa soient le théâtre d’un tel déchainement de violences alors qu’elle est le lieu de recueillement, de sérénité et de paix par excellence ». « Les répressions policières et les provocations de certains groupuscules extrémistes envers les Palestiniens de Jérusalem alimentent l’escalade des violences », signifie la fédération, qui appelé les musulmans « à adresser des prières en faveur de la paix dans ces lieux saints », de la fin des violences et de l'expulsion des familles palestiniennes.

Mise à jour : La Grande Mosquée de Paris a déploré « les violences et les actes d'intolérance survenus sur l'esplanade de la mosquée Al-Aqsa, l'un des hauts lieux de l'islam, qui devrait abriter en tout temps et en toute sécurité les musulmans venus prier et se recueillir spirituellement, en particulier lors de ce mois béni de Ramadan ». « Comme tout lieu de culte, la mosquée Al-Aqsa est un sanctuaire de la foi et de la paix où ne peut se manifester la violence et l'inhumanité », insiste-t-elle, priant « pour que cesse l'escalade des affrontements, qui ont déjà causé de trop nombreuses victimes à Jérusalem-Est et à Gaza, et pour que les musulmans du pays puissent dignement et paisiblement célébrer l'Aïd al-Fitr comme ils en ont le droit ».

Des appels à manifester en soutien aux Palestiniens, avec pour mot d'ordre « Sauvons Cheikh Jarrah » (#SaveSheikhJarrah) ont été lancés par des associations et des collectifs pour mercredi 12 mai aux Invalides, à Paris, puis samedi 15 mai à Barbès, toujours dans la capitale, et dans les grandes villes de France.

Mise à jour jeudi 13 mai : La manifestation de soutien à la Palestine interdite à Paris

ENCADRE - « Sauvons Cheikh Jarrah » : des expulsions à l'origine des tensions actuelles

Depuis que Jérusalem, dans son intégralité, est considérée par Israël comme sa capitale « éternelle et indivisible », la politique de judaïsation, qui s'inscrit elle-même dans la politique de colonisation, n'a eu de cesse de s'étendre dans la partie orientale de la Ville sainte. Des familles palestiniennes, tant chrétiennes que musulmanes, installées depuis des générations à Jérusalem sont régulièrement expulsées au profit de colons israéliens.

Lire aussi : « Nous, Palestiniens, chrétiens et musulmans, résistons à la politique de division par notre unité sans faille »

Tandis que des rassemblements de protestation sont quotidiennes, une décision de la Cour suprême israélienne - qui pourrait conduire à l'expropriation des familles jerusalémites de Cheikh Jarrah - était attendue pour lundi 10 mai mais, compte tenu de la situation et du fait que le verdict coïncidait avec la Journée de Jérusalem, elle a été reporté à une date ultérieure, pour le moment inconnue.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a exhorté Israël à cesser les démolitions et les expulsions des Palestiniens, tant dans les quartiers de Cheikh Jarrah que de Silwan, « conformément à ses obligations au titre du droit international humanitaire et du droit international relatif aux droits de l'homme », relayant l’appel similaire fait quelques jours plus tôt par le Coordinateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, Tor Wennesland. Avec lui, les membres du Quartet (ONU, Etats-Unis, Russie et Union européenne) ont exprimé « leur opposition aux actions unilatérales, qui ne feront qu'aggraver l'environnement déjà tendu ».



Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur