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Points de vue

Mode féminine, arme contre l’islamophobie ?

Rédigé par Fatima Adamou | Jeudi 11 Décembre 2014



Mode féminine, arme contre l’islamophobie ?
Heureusement, le World Muslimah Award ne s’est pas déroulé durant les deux semaines mondialement consacrées à l’élimination de la violence à l’égard des femmes, se terminant le 16 décembre. Les femmes musulmanes auraient paru bien superficielles.

Cet événement suscite la controverse depuis les trois ans que cela se déroule (au départ, en opposition à un Miss Univers organisé dans le pays organisateur, l’Indonésie).

L’existence du concours reflète vraisemblablement l’ambivalence quant au statut de la femme musulmane dans l’imaginaire de la communauté musulmane dans son ensemble. Du simple fait qu’elles pratiquent l’islam, on pense que les femmes musulmanes sont immunisées contre l’impératif qui leur impose de devenir des femmes-objets.

Cette conviction trouve peut-être son origine dans les médias mais également parmi les membres de la gent masculine musulmane. Les femmes musulmanes seraient à part. Différentes des autres femmes parce qu’en majorité elles ne portent pas de bikini sur les plages, certaines d’entre elles portent des vêtements à manches longues, d’autres portent un foulard et préfèrent les jupes longues aux jupes courtes…

Mais, bien entendu, tout cela est faux. Les femmes musulmanes sont comme toutes les autres femmes du monde vivant dans cette ère globale moderne, soumises au diktat de la mode, aux images célébrant la femme-objet.

Les personnes choquées par le concours de beauté World Muslimah Award ignorent sans doute l’explosion depuis quelques années des fashion week arborant l’appellation « muslim ». Ces rendez-vous ne deviennent plus l’alternative servant à trouver des vêtements ne révélant pas trop les formes, mais ils sont un show destiné à vendre ce que doit être l’image de l’islam.

En effet, les organisateurs et créateurs qui participent à ces fashion week expliquent leurs motivations par le souhait de donner une meilleure image de l’islam. Pareillement, le concours indonésien se donne pour mission de projeter une image positive de la femme musulmane et de l’islam à travers le monde.

C’est curieux : la femme est rendue responsable de la mauvaise presse, de la mauvaise image de l’islam. Alors, toute cette islamophobie résulterait d’un mauvais goût vestimentaire des femmes musulmanes ? De leur manque de fantaisie ?

Absurde ! Ce qui l’est moins, c’est le marché juteux offert par les femmes musulmanes en quête de vêtements à la mode ne trahissant pas trop leurs convictions de conception de modestie. Il s’agit d’un business avec ses stratégies marketing, auquel les musulmanes, comme toutes les autres femmes, peuvent difficilement échapper : encore rares, il existe des magazines de mode destinés aux femmes musulmanes, avec leurs modèles glamours présentant des produits de plus en plus jolis, plus attrayants, plus accrocheurs, plus vendeurs.

Quant aux images positives de femmes musulmanes, on en trouve de la Maison Blanche à la présidence de la République du Kosovo, sans oublier toutes les associations et organisations dans le monde fondées pour lutter contre toutes formes d’injustice.

Aucune parure ne saurait exprimer l’islam ni le définir puisqu’il se caractérise plutôt par un ensemble d’actions, de bons caractères. Les grands couturiers ne répètent-ils pas que c’est la personne qui donne le caractère aux vêtements ?

Peut-être que le fait de reverser les fonds financiers des concours de beauté et des fashion week à des associations caritatives ou de les associer à des projets associatifs révèle la part de générosité, de compassion, voire de justice, contenue dans l’islam… Ou est-ce simplement une tentative d’estomper les similarités qui se trouvent dans tous ces concours de beauté, tous ces strass des fashions week qui enferment le corps féminin au centre des attentions.

Il est un vêtement mentionné dans le Livre saint, un vêtement unisexe : la piété.
Sans doute devrait-on mettre l’accent sur ce beau vêtement et rappeler à l’Indonésie l’origine de la conversion de leurs ancêtres attirés non pas par les tenues vestimentaires des marchands musulmans venus accoster sur le plus grand archipel du monde, mais par leurs pieux comportements.

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Fatima Adamou est researcher bénévole à l'association Christian Muslim Forum.