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Société

Les femmes voilées ultra fashion font débat aux Etats-Unis

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Lundi 9 Décembre 2013

Une vidéo postée le 2 décembre fait débat aux Etats-Unis. On y voit de belles femmes, ultrabranchées, prendre la pose et s’amuser en faisant notamment du skateboard dans les rues avec, en fond sonore une musique de Jay-Z. Maquillage impeccable, accessoires bling-bling, talons hauts, vêtements à la mode : ces modèles incarnent à merveille l’image marketing de la femme. Jusque-là, rien de surprenant. Mais toutes ces femmes portent le voile. De quoi susciter diverses réactions outre-Atlantique.



© Habib Yazdi / Vimeo
© Habib Yazdi / Vimeo
Femmes voilées et à l’avant-garde de la mode prennent pose dans une vidéo postée le 2 décembre sur YouTube (voir plus bas). Ces femmes se qualifient de « mipsterz », la contraction de « hipsters » désignant des personnes très branchées, et de « muslims » (musulman-e-s).

Cette communauté de « mipsterz » s’inscrit visiblement dans une époque où le paraître compte beaucoup, mais il s’agit aussi d’une philosophie pour ses adeptes. Ainsi, sur la page Facebook du mouvement, il est expliqué qu’un « mipster est quelqu’un à l’avant-garde de la musique, de la mode, de l’art, de la pensée critique, de la cuisine, de l’imagination, de la créativité, et de toutes formes de choses obscures » mais aussi « quelqu’un qui s’inspire des textes sacrés de la tradition islamique, de vastes connaissances, de poètes mystiques, de courageux prophètes, de politiciens inspirants, d’imams ésotériques, et de nos confrères humains en quête d’états de conscience transcendantaux ».

« Le Mipster est une âme à la fois audacieuse et humble, ouverte à toutes sortes d’idées et assez sûre de ses convictions pour agir, s’exprimer et taper du poing sur la table si nécessaire », est-il ajouté.

© Habib Yazdi / Vimeo
© Habib Yazdi / Vimeo

Une chanson inappropriée

Dans la vidéo postée sur YouTube, ces femmes affichent leur double identité en arborant des tenues très stylisées (et colorées) tout en portant le hijab sur fond sonore de la chanson « Somewhere America » de Jay-Z.

S’il fallait démontrer que les femmes voilées étaient cool, c’est gagné. Mais les réalisateurs de la vidéo, Abbas Rattani et Habib Yazdi de la société de production Sheikh & Bake, mettent surtout en avant leur beauté. En surfant sur l’esthétique des femmes, chère aux publicitaires, cette tentative de présenter une autre image des femmes voilées sonne comme un échec car elle tombe dans un autre écueil, celui de la femme-objet.

Des critiques dans ce sens n’ont d’ailleurs pas tardé à fuser au sein de la communauté musulmane, à l’image de celle de Sana Saeed, rédactrice en chef du site Islamic Monthly qui, sur Twitter, a jugé le résultat « triste », rapporte la version anglaise du Huffington Post. Sur son site, elle va plus loin, en déplorant une vidéo sexiste et axée sur le superficiel et met en avant le fait qu’elle a été réalisée par deux hommes. Elle trouve également inappropriée l’utilisation de la version de la chanson de Jay-Z, qui fait référence à la chanteuse Miley Cyrus, nouvelle reine de la provocation. Le choix de cette chanson a d’ailleurs été remis en cause par une participante au clip qui, sur sa page Facebook, explique ne pas avoir été mise au courant que ce titre serait utilisé.

Opération séduction des femmes musulmanes ?

Une injonction semble être faite aux femmes voilées sommées de se conformer à un look de « mipsterz » pour être acceptées par la société américaine. Le clip prend ainsi les airs d’une opération séduction de femmes musulmanes pour prouver leur légitimité de citoyennes américaines.

Pourtant, ce « n’est pas aux musulmans de faire leurs preuves face à ceux qui les discriminent. Mais c’est à l’Amérique d’aller au-delà de son antipathie envers la population musulmane et d’appliquer sa propre Constitution, sur (...) "la liberté de religion" dans son traitement des musulmans américains », estime de manière juste Ruby Hamad, une journaliste du site australien Daily Life.

Contacté par Les Inrocks, le réalisateur de la vidéo, Habib Yazdi, également codirecteur de Sheikh Bake, s’est défendu en expliquant que cette vidéo n’était qu’un « clip » et non d’une « déclaration politique, d’une représentation de toute la communauté musulmane ou d’une présentation précise et complète des femmes, qui sont plus complexes, plus inspirantes et plus fortes que ce qu’un objectif de caméra peut capturer ». Il explique avoir seulement voulu réaliser « un hommage à (ses) amis, aux personnes qui s’habillent et se comportent d’une façon (qu'il aime)», cite le journal.

Ce message est bien passé chez certains qui, via notamment le hashtag #Mipsterz, ont salué une initiative ayant pour mérite de montrer une autre image, plus positive à leur sens, des femmes voilées.






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