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Religions

Mohammed Moussaoui : « Parmi nos priorités, clarifier le marché du halal et enclencher la réforme du CFCM »

Bilan de la première année de mandat à la tête du CFCM

Rédigé par Anissa Ammoura | Dimanche 21 Juin 2009 à 02:00

           


Vous avez assisté aux États généraux de la bioéthique*, quelle est la position du CFCM en la matière ?

Mohammed Moussaoui : Il y avait trois forums : un à Marseille, un à Rennes et l’autre à Strasbourg. Pour celui de Marseille, tous les cultes étaient invités, mais nous n’avons été informés que tardivement. Je n'ai donc participé qu'à ceux de Rennes et de Strasbourg.

À Rennes, le débat portait sur l’assistance médicale à la procréation. Nous, les représentants des cultes, sommes intervenus au moment des questions des citoyens. J’ai donc énoncé la position de l’islam sur ce sujet, sur les questions tranchées ou non.

Sur l’assistance médicale à la procréation, trois principes sont importants : le respect de la vie, celui de la dignité humaine et celui de la filiation. Tous les cultes s’accordent sur les deux premiers principes, sauf sur le dernier, dans la mesure où, concernant la filiation, nous avons une vision peut-être un peu particulière. Nous considérons que la filiation est un besoin essentiel pour la cohérence interne de l’être humain et la construction de son lien social.

L’islam considère donc que l’insémination artificielle, lorsqu’elle est faite avec le sperme du conjoint, est autorisée. Il en va de même pour la fécondation in vitro, lorsqu’elle est réalisée avec les gamètes du couple marié – les unions libres n'entrent pas dans ce cadre-là. La question de la congélation des embryons fécondés n’est pas encore tranchée.
Pour l’instant, l’avis majoritaire est de féconder uniquement les embryons qui vont être transférés, et donc d’éviter la congélation parce que cela pose des problèmes éthiques importants, surtout lorsque l’embryon congelé n’est plus l’objet d’un projet parental : qu’est-ce qu’on fait avec ? Pour l’islam, l’embryon est un être humain dont la dignité, la vie doivent être respectées. Le détruire revient donc à détruire un être humain.

Concernant la gestation, le don de gamètes, c’est-à-dire le sperme et les ovules, est prohibé dans la religion musulmane, car ce don fausse la filiation et met l’enfant qui va naître dans l’ignorance de ses origines.
Pour les mêmes raisons, la gestation pour autrui est également prohibée, car elle peut générer des problèmes à la fois pour la mère porteuse, pour l’enfant qui va naître et pour les enfants de la femme porteuse...

À Strasbourg, le forum portait essentiellement sur la transplantation des organes et la génétique. Les cultes ont été interrogés sur la transplantation des organes.

Sur le don d’organes, j’ai évoqué la position de l’islam qui le considère comme un don, une solidarité, pourvu que ce don soit encadré de précautions suffisantes. La personne qui donne doit être consentante. Son consentement doit être libre, éclairé, sans pression et sans désinformation.

Des précautions doivent aussi être prises pour éviter la marchandisation du corps humain, qui va à l’encontre de principes importants comme l’indisponibilité du corps humain.

Mohammed Moussaoui : « Il n'est pas opportun de communautariser la vie sociale française. »
Mohammed Moussaoui : « Il n'est pas opportun de communautariser la vie sociale française. »

Que pensez-vous des initiatives telles que la création de la Fédération laïque des citoyens de sensibilité musulmane ?

Mohammed Moussaoui : Entre le mois de février et le mois de juin, trois initiatives ont été lancées s'agissant de « fédérations laïques ».

Il y a eu une initiative lancée par Mme Malika Ben Larbi, avec Convergence méditerranéenne et d'autres associations, qui devait se concrétiser par un dîner qui n'a finalement pas eu lieu. Vient ensuite la fédération Mosaïc, que j'ai rencontrée personnellement – et non en tant que président du CFCM –, mais de manière fortuite car j'étais de passage dans les Alpes-Maritimes. Et enfin, l'annonce de M. Azzedine Bouamama.

Sur les motivations des uns et des autres, ce qui me dérange, c'est de dire que le CFCM a été élu uniquement par les mosquées et par les délégués, qui ne dépassent pas le nombre de 5 000, et qu'il n'est donc pas représentatif de la communauté musulmane. Il faut dissiper cette ambiguïté. Effectivement, le CFCM est élu par les délégués de mosquée, parce qu'il se considère comme une instance représentative du culte musulman. Cependant, il n'a jamais prétendu être le représentant des musulmans en tant que citoyens.

Dans toutes les initiatives citées, je ne pense pas qu'il y ait un processus électoral qui leur permettrait de taxer le CFCM de ne pas être suffisamment représentatif. Le CFCM a fait appel à un processus électoral, dans lequel ont participé les lieux de culte dans leur ensemble, avec des règles précises – bien qu'elles soient contestables selon certains. Alors que dans toutes ces initiatives je n'ai pas vu de processus qui permettrait de dire que les 5 ou 6 millions de musulmans de France ont donné par procuration, par un processus électoral, à ces fédérations la possibilité de parler en leur nom !

Sur le fond, j'aurais préféré qu'il n'y ait pas de distinction entre citoyens lorsqu'il s'agit de défendre l'emploi ou le logement. Il faut défendre tous les mal-logés, qu'ils soient musulmans ou non, tous les chômeurs, qu'ils soient musulmans ou non. Je ne pense pas qu'il soit opportun de communautariser la vie sociale française.

En revanche, les questions que ces fédérations se posent, les difficultés qu'elles relèvent, ont une certaine réalité. Le manque de visibilité des citoyens de confession ou de sensibilité musulmane dans les partis politiques est un fait. Dans les administrations et les institutions, il est nécessaire de fournir un effort pour que la diversité culturelle et cultuelle soit suffisamment présente à tous les niveaux.

C'est une demande pieuse, mais est-ce le bon procédé de regrouper chaque communauté dans un organe qui va défendre ses intérêts ou bien faut-il, au contraire, pousser les partis politiques, les syndicats et tous les organismes dédiés à défendre ces intérêts à être un peu plus ouverts à toute la diversité nationale ?

Et quel est votre avis sur le lancement de la Conférence des imams de France et le tout nouveau syndicat des patrons musulmans ?

Mohammed Moussaoui : La Conférence des imams de France, quant à elle, est une manifestation régionale, voire locale, et non nationale. Il s'agit de Drancy et de ses environs. Les imams présents ne représentent en rien le national.

Ce type d'initiative se fait déjà régulièrement au niveau des CRCM. J'ai moi-même assisté récemment à une réunion des imams du CRCM Île-de-France Ouest.

Notre secrétaire général a également assisté à la réunion des imams du CRCM Île-de-France Est.
Réunir les imams pour discuter avec eux, les écouter, c'est quelque chose de finalement très normal.

En revanche, donner à cette initiative locale un aspect national me paraît excessif. On parle d'une Conférence des imams qui va travailler sur les questions liées au dialogue interreligieux, et qui se présenterait comme substitut au CFCM... Or il est important de constater que les institutions religieuses n'étaient pas présentes ni représentées à cette rencontre : la Conférence des évêques, le CFCM, la Fédération protestante... Le ministère de l'Intérieur chargé du culte n'était pas non plus présent...

Parler d'une réunion cultuelle avec la présence d'hommes politiques et d'associations politiques, avec une convocation envoyée de l'Assemblée nationale, constitue pour le moins un mélange des genres. Cela manque de lisibilité. S'il s'agissait de créer une association de dialogue interreligieux spécifiquement judéo-musulman, pourquoi pas ! Cela aurait été tout à fait compréhensible et encouragé.

S'agissant du syndicat des patrons musulmans, je n'ai pas beaucoup d'informations sur l'initiative elle-même. J'attends d'avoir quelques éléments pour voir quels sont les motivations, le but, etc.
Mais je reste toujours sceptique quant à la communautarisation des corps, qu'ils soient syndical ou politique, sur la base de la religion.

Quand le CFCM va-t-il se réunir pour décider de la date du début du jeûne du ramadan ?


Mohammed Moussaoui : Lors de la réunion du bureau exécutif du CFCM, qui a lieu mardi 23 juin, nous fixerons la réunion, qui elle-même déterminera la date de début du mois de ramadan. Celle-ci se tiendra en août.

Sur quoi allez-vous mettre l’accent pour la deuxième année de votre mandat ?

Mohammed Moussaoui : Cela va être la continuité des travaux des différentes commissions thématiques et, notamment, celle de la réforme, qui a pour mission d'apporter des modifications relatives aux statuts et au fonctionnement du CFCM.

J'espère que ce groupe de réforme aboutira très rapidement à des propositions que nous soumettrons à une assemblée générale extraordinaire, pour prendre des décisions qui engageront le CFCM pour plusieurs années. Le critère des « mètres carrés », le fonctionnement des commissions thématiques seront également discutés.

Le dossier « halal », évoqué précédemment, est aussi prioritaire, Il s'agit, d'une part, de pouvoir permettre aux musulmans de France de fêter l'Aïd al-Kabir dans les meilleures conditions, en résolvant le problème des abattoirs, et, d'autre part, de sortir de l'opacité dans lequel se développe le marché halal.

* États généraux de la bioéthique

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