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Religions

Un dîner (presque) parfait

Le pain de la grâce

Rédigé par Haroun Ben Lagha | Lundi 15 Juin 2009

Juifs, musulmans, chrétiens, laïcs, tous étaient rassemblés mercredi 10 juin, à Drancy, dans un esprit de totale communion. La Conférence des imams de France a réuni politiciens et responsables religieux juifs et musulmans pour un dîner à la fois interculturel et intercultuel.



Plusieurs représentants des communautés juive et musulmane de France se sont retrouvés autour de Hassen Chalghoumi, président de la Conférence des imams de France, et de Richard Prasquier, président du CRIF.
Plusieurs représentants des communautés juive et musulmane de France se sont retrouvés autour de Hassen Chalghoumi, président de la Conférence des imams de France, et de Richard Prasquier, président du CRIF.

Ce ne sont pas moins de 300 personnes, de tous horizons religieux, qui ont été réunies pour ce qui ressemble à un spectaculaire tour de magie intercommunautaire. Le magicien à l’origine de cette rencontre, porteuse à la fois de doutes et d’espoirs, n’est autre que Hassen Chalghoumi, le très controversé imam de Drancy.

L’événement a retenti jusque dans les plus hautes sphères de la République. Le dîner, aux allures de gala hollywoodien, était présidé par Christine Boutin, actuelle ministre du Logement. Pour preuve que la marche vers le dialogue entre les communautés n’a de cesse de passionner les foules, plusieurs figures politiques de premier plan se sont retrouvées à la même table. Il semble en effet que la légitimation de ce dialogue, entre juifs et musulmans de France, passe par l’intérêt que les pouvoirs publics voudront bien lui apporter.

Hassen Chalghoumi, imam de Drancy, et Christine Boutin, ministre du Logement, lors de l'annonce officielle, le 10 juin, du lancement de la Conférence des imams de France.
Hassen Chalghoumi, imam de Drancy, et Christine Boutin, ministre du Logement, lors de l'annonce officielle, le 10 juin, du lancement de la Conférence des imams de France.

Hassen Chalghoumi, imam et architecte du dialogue intercommunautaire

Un chœur de fillettes musulmanes entonne La Marseillaise pour ouvrir la rencontre. Le message est clair : la chef de chorale appelle à « cesser la haine ». Puis les convives se sont installés, invités à « partager le pain », symbole de l’entente entre les communautés en présence.

L’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, assisté de son conseiller de confession juive, Bernard Koch, a réussi un coup de maître. Il a rassemblé en un seul et même endroit d’importantes personnalités politiques et de nombreux représentants des communautés juive et musulmane de France.

Un événement fédérateur ?

Ainsi, les représentants de la Conférence des imams de France ont reçu Richard Prasquier et Joël Mergui, respectivement présidents du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) et du Consistoire de Paris, mais également Claude Bartolone, président du conseil général de Seine-Saint-Denis, Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris, ou encore Jean-Christophe Lagarde, député-maire de la ville de Drancy, ville hôte de la rencontre.

Les maires de Montfermeil et de Gagny ainsi que l’ancienne secrétaire d’État Nicole Guedj, membre du CRIF, administratrice du Consistoire de Paris et actuelle présidente de la fondation France-Israël, se sont également joints aux nombreux convives.

Pour Farid, qui a participé à l’organisation de la soirée, cette mobilisation est « le résultat de ce qui a été semé auparavant ». Les responsables de la mosquée de Drancy n’ont pas hésité, en effet, à inviter maire et préfet lors de la dernière célébration des fêtes de l’Aïd. Le dialogue avec les pouvoirs publics existait déjà. La reconnaissance par les décideurs politiques de la démarche de M. Chalghoumi s’inscrit donc dans une suite logique.

Pour David Messas, grand rabbin de Paris, l’imam de Drancy « est le messie actuel pour une approche plus fraternelle » des relations entre les communautés juive et musulmane.

Faisant suite aux interventions des représentants religieux, l'adjointe au maire de Paris Anne Hidalgo a insisté ce soir-là sur la nécessité pour tous les Français d’intégrer les valeurs du vivre-ensemble, garantie, selon plusieurs invités, d’une paix et d’un dialogue durables entre toutes les communautés.

La Conférence des imams de France rassemble une quarantaine d'imams mais aussi plusieurs chercheurs et intellectuels de confession musulmane. Mot d'ordre de la Conférence des imams de France ? « L'islam républicain ». Traduction ? Selon le jeune imam Abdelali Mamoun, qui officie dans le Val-d'Oise et les Yvelines, il s'agit d'éviter la création de « refuges pour les intégristes » en pensant à ce que peut être un islam qui soit en phase avec les lois et la société françaises.

Selon les initiateurs, le travail de la Conférence des imams de France cherche avant tout à « former des imams conscients que l'islam en France ne peut s'affirmer que dans la compréhension des traditions et des valeurs nationales ».

La controverse subsiste

Les nombreux messages d’espoirs entendus lors de la soirée organisée par la Conférence des imams de France suscitent néanmoins la controverse auprès d’une part de la communauté musulmane.

Mourad, 24 ans, étudiant en Histoire, s'interroge : « Même si le dialogue entre musulmans et juifs de France reste une donnée essentielle, est-ce que les musulmans de France ne feraient pas mieux de dialoguer d’abord entre eux avant de faire dans les mondanités ? » La remarque de Mourad trouve son fondement dans le risque de voir la communauté musulmane divisée entre plusieurs groupes d’influence. Une telle division pourrait en effet handicaper l’ouverture au dialogue avec les autres composantes présentes en France.

De ce fait, certains observateurs voient en la Conférence des imams une tentative de putsch à l’encontre du CFCM (Conseil français du culte musulman), absent lors du dîner et, pour l’instant, principal interlocuteur officiel des pouvoirs publics pour les musulmans de France.

Autre grand absent de la soirée : la communauté chrétienne. En effet, malgré la présence de quelques prêtres catholiques dans l'assistance, ceux-ci, relativement discrets, ne sont pas intervenus lors du débat. Christine Boutin, venue en catholique mais avant tout en ministre, ne figure pas sur la grande photo de famille : elle est sortie de table bien avant le dessert – qui pourtant n'était pas étouffe-chrétien !

Quelle ampleur nationale ?

Tandis que beaucoup saluent la démarche d’ouverture de l’imam Chalghoumi, parce que celle-ci a au moins eu le mérite de montrer qu’un rapprochement est possible, d'autres n'ont pas manqué de relever déjà quelques couacs. Pour preuve, l'interruption inopinée du président de l'Association des musulmans de Versailles – en plein discours – au simple motif de devoir laisser la parole aux politiques.

Si le dîner du 10 juin peut apparaître comme une pleine réussite au niveau local, d'aucuns attendent la mise en œuvre et la mise en acte des discours d'intention sur l'ensemble du territoire national. Le but étant que ce coup d'envoi sur le terrain du dialogue interreligieux ne se transforme pas en coup d'épée dans l'eau et encore moins en coup politique.





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