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Economie

Les patrons musulmans ont désormais leur syndicat

L'entrepreneuriat à l'aune de l'éthique

Rédigé par Haroun Ben Lagha et Huê Trinh Nguyên | Vendredi 19 Juin 2009

Les salons Wilson de Saint-Denis ont accueilli la première rencontre de la SPMF (Synergie des professionnels musulmans de France). La SPMF est, en France, le pionnier du syndicalisme patronal ancré dans la communauté musulmane. La toute jeune organisation est le fruit de trois années de travail durant lesquelles ses fondateurs se sont évertués à rassembler le patronat musulman autour des valeurs de la religion.



Près de 200 entrepreneurs et porteurs de projet ont répondu présents lors du lancement officiel de la SPMF, le 28 mai.
Près de 200 entrepreneurs et porteurs de projet ont répondu présents lors du lancement officiel de la SPMF, le 28 mai.
Le parcours a été semé d’embuches avant le lancement officiel du 28 mai dernier. L’exemple le plus révélateur des difficultés rencontrées lors de la création de l’association se trouve sans doute dans le « s » de SPMF. Cette simple lettre était au départ l’initiale de « syndicat ». Or, après le refus par cinq préfectures franciliennes d’accorder à l’association le droit d’utiliser le mot « syndicat », les fondateurs se sont finalement tournés vers le « s » de « synergie », finalement entérinée par les services de la préfecture de Paris.

Sur le carton d'invitation de la soirée on pouvait lire les principaux objectifs de la SPMF : « donner des réponses aux problématiques auxquelles sont confrontés les professionnels musulmans ; favoriser l'entrepreneuriat musulman ; lutter contre l'islamophobie ; devenir une force de proposition politique, économique et sociale ».

C'est ainsi que – étonnamment – les allocutions ont débuté par celle du président du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), Samy Debah, pour qui le lien « entre un réseau d'entrepreneurs et une association qui lutte contre l'islamophobie est indissociable ». Il n'est pas normal que « les droits des musulmans soient bafoués », énonce-t-il, avant d’ajouter : « Auparavant les musulmans étaient asphyxiés dans leur foi, aujourd'hui on tente de les asphyxier économiquement. »

Habib Djedjik, président de la SPMF, rappelle à ce titre que « les chiffres du chômage en France sont de 11 % au niveau national, de 4,5 % pour les cadres et de 20 % dans les rangs des Français issus de l'immigration ». D'où la nécessité de « créer son job » pour pouvoir « à terme embaucher des gens de la communauté ».

Aucune autre donnée économique n'a été donnée : on s'attendait à mieux connaître les secteurs d'activité investis par les entrepreneurs que la SPMF entend représenter, le nombre de créations d'entreprises, le profil des créateurs...


Des discours peu économiques, mais pleins d'éthique

Le poids économique des consommateurs musulmans est cependant évoqué par Fateh Kimouche, créateur du blog al-Kanz. Mais à part le fait de rappeler que les musulmans sont aujourd'hui 5 à 6 millions en France et que les 6 ou 7 enfants d'hier de père ouvrier sont les consommateurs d'aujourd'hui devenus cadres et ayant un taux de natalité inférieur, rien n'est non plus dit sur le plan économique.

Quid, par exemple, du panier moyen du consommateur musulman, de la structure de consommation de la famille musulmane, du taux de croissance de la filière halal... ? Autant de chiffres concrets nécessaires à une meilleure connaissance du marché que représentent ces fameux « consommateurs musulmans ».

Si les références économiques sont peu présentes, la rhétorique religieuse, elle, pointe de façon omniprésente : « Ce qui nous rassemble ici, c'est l'islam », « Le musulman doit manger halal, boire halal, vivre halal », rappelle à qui le veut M. Kimouche au cas où l'assemblée aurait oublié ces injonctions. « On œuvre pour rendre notre quotidien plus conforme aux exigences du Coran et de la Sunna. »

Mais – faut-il ici le rappeler – consommer halal n'est pas le fait des seuls musulmans pratiquants. Le marché agroalimentaire halal, qui enregistre un taux de croissance annuel de 15 % depuis plus de dix ans et représente plus de 3,5 milliards d'euros par an, attire des consommateurs bien au-delà de leur appartenance religieuse...

Las ! Pour la SPMF, il s'agit d'« aider les frères », d'encourager le développement de la création d'entreprises et des emplois « au sein de la communauté musulmane », de favoriser des opportunités d'affaires « entre musulmans », enfin de défendre les intérêts des « entrepreneurs musulmans » auprès des autorités publiques.

Un réseau d'entraide

La SPMF n'est-elle qu'un amas de bonnes intentions ? Nenni. Concrètement, c'est aussi un ensemble de mesures destinées à faciliter les formalités des entrepreneurs en création d'activité.

En plus d'une assistance juridique et comptable proposée aux créateurs d'entreprise, le syndicat prévoit de mettre en place une aide au recrutement pour le compte de ses adhérents, des stages de formation afin de renforcer la compétitivité des entreprises dites musulmanes et de créer une banque de fatwas liées au monde des affaires.

La SPMF aspire enfin à être une plateforme de référence en termes de networking. Un réseau professionnel riche est en effet d'une importance capitale pour tout nouveau chef d'entreprise. 200 personnes se sont ainsi déplacées lors du dîner, soit autant d'adhérents potentiels.




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