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Société

Nouvelle-Zélande : après les attentats de Christchurch, la théorie du grand remplacement sur le grill

Rédigé par Lina Farelli | Vendredi 15 Mars 2019

La haine, profonde, contre les musulmans a résolument guidé les gestes criminels de Brenton Tarrant, qui ont plongé la Nouvelle-Zélande dans l'horreur et la tristesse. Mais qu'a fait valoir le principal auteur des attentats de Christchurch dans son manifeste islamophobe ?



Nouvelle-Zélande : après les attentats de Christchurch, la théorie du grand remplacement sur le grill
Il ne fait aucun doute que les attentats islamophobes perpétrés à Christchurch vendredi 15 mars ont été prémédités depuis au moins deux ans.

A l’origine des pires attaques terroristes de l’histoire de la Nouvelle-Zélande qui ont fait au moins 50 morts, Brenton Tarrant est largement cité.* Ce terroriste australien âgé de 28 ans s’est filmé en direct en train d’ouvrir le feu sur des fidèles, avec des armes sur lesquelles étaient inscrits les noms de terroristes blancs qu'il admire comme Anders Behring Breivik, auteur de l'attentat de Norvège en 2011, Dylan Roof, auteur de l'attaque dans une église de Charleston, aux Etats-Unis, en 2015, Darren Osbourne, auteur de l'attentat devant une mosquée de Londres en 2017, ou encore Alexandre Bissonnette, auteur de l'attentat dans une mosquée de Québec la même année.

*Il a été inculpé samedi 16 mars pour meurtres.

Nouvelle-Zélande : après les attentats de Christchurch, la théorie du grand remplacement sur le grill

Une haine alimentée par la funeste théorie du « grand remplacement »

Avant de commettre ses crimes, le suprématiste blanc a publié un « manifeste » dans lequel il justifie l’injustifiable. Le titre de ce document de 74 pages donne une idée très claire des thèses sur lesquels Brenton Tarrant s’est appuyé pour mûrir son projet criminel : « le grand remplacement », une théorie ancienne mais réadaptée dans les années 2000 par l’écrivain français Renaud Camus pour y intégrer une dimension résolument islamophobe plutôt qu'antisémite.

Avec ce concept, très populaire dans les milieux d’extrême droite, s'est développée l'idée selon laquelle les Blancs seraient « remplacés » en Europe et dans le monde occidental par des populations non-blanches et non-chrétiennes issues de l’immigration extra-européenne. Un « remplacement » comparable, aux yeux de partisans de cette théorie, à… un « génocide par substitution ».

Brenton Tarrant, qui s’est présenté dans le manifeste comme un représentant « des millions d’Européens et autres ethnonationalistes qui veulent vivre en paix au sein de leur propre peuple », s’est donc évertué, au nom de cette théorie fumeuse, à expliquer la nécessité, selon lui, de lutter contre les « envahisseurs » qui « veulent occuper les terres de (son) peuple, et ethniquement remplacer (son) propre peuple ».

Une réponse à l’« invasion de la France par les non-blancs »

Dans le document, le terroriste désigne les moments clés de sa radicalisation. C’est lors d’un voyage effectué en 2017 en France qu’il déclare avoir eu une prise de conscience. « Pendant de nombreuses années, j’avais lu et entendu parler de l’invasion de la France par des non-blancs. J’ai cru que nombre de ces rumeurs et récits étaient des exagérations, créés pour promouvoir un discours politique. Mais une fois arrivé en France, j’ai trouvé que les histoires étaient non seulement vraies, mais profondément sous-estimées », écrit-il.

Brenton Tarrant, pour qui l’attentat de Nice en juillet 2016 et l’attaque au camion à Stockholm en avril 2017 aurait contribué à alimenter sa haine des musulmans, a déclaré vouloir « venger les centaines de milliers de morts causées par les invasions étrangères en Europe tout au long de l’histoire » et les « milliers de victimes des attentats ».

Nouvelle-Zélande : après les attentats de Christchurch, la théorie du grand remplacement sur le grill
« Dans chaque ville française, les envahisseurs étaient là », a-t-il jugé, ajoutant que le « peuple français » était, selon ses observations, « laissé seul, sans enfant, ou d’un âge avancé. Alors que les immigrants étaient jeunes, pleins d’énergie avec des familles nombreuses et beaucoup d’enfants ».

Une situation qui l’aurait poussé à « faire quelque chose », à « passer à l’action », « à faire usage de la force » et à « combattre les envahisseurs » lui-même car la défaite de Marine Le Pen aux élections présidentielles et la victoire, par conséquent, d’Emmanuel Macron lui aurait ôté tout espoir. « L’internationaliste, mondialiste, anti-blancs, ex-banquier a gagné. Ce n’était même pas serré. La vérité de la situation politique était soudainement impossible à accepter. Mon désespoir s’est installé. Ma croyance dans une solution démocratique a disparu », écrit-il dans le manifeste. C’est la Nouvelle-Zélande qu’il a fini par choisir pour y commettre l’irréparable.

Renaud Camus, ex-socialiste passé dans le camp de l'extrême droite, a fait savoir après les attentats de Christchurch que le terroriste « ne peut pas se réclamer de (ses) écrits » car l'écrivain « soutient exactement le contraire », à savoir « la non-nuisance, la non-violence » physique. « La violence peut être symbolique, emblématique. Elle ne peut être aveugle ou meurtrière. Frapper les esprits, pas les corps », a-t-il fait savoir via Twitter. Une prise de position qui ne suffira pas à le dédouaner de ses responsabilités dans la radicalisation des groupes de haine d'extrême droite.