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Points de vue

Mais que sont devenus les minarets ?

Minutes de sens

Rédigé par Hamza Braiki | Vendredi 12 Février 2016



Mais que sont devenus les minarets ?
Jadis, lorsqu’un voyageur s’approchait d’une bourgade, la première silhouette qui lui apparaissait était la forme d’un clocher, le trait élancé du minaret ou la prestance d’une pagode. Ainsi guidé par cette « skyline » vertueuse, ces phares spirituels, il se dirigeait instinctivement vers ces centres de vie.

Ces lieux ouverts en permanence nourrissaient les âmes intenses. Au cœur de la nuit ou au jour agité, l’étranger ou l’autochtone s’y plongeait, en symbiose avec son esprit. Les hommes qui gardaient, animaient, entretenaient ces lieux rayonnaient et réservaient un accueil jovial et agréable aux fidèles.

Le croyant, voyageur perpétuel, passant composé de moultes expériences, trouve en ces caravansérails du cœur l’abri contre les vices et l’inspiration salutaire qui lui fournit l’expiration de ces actes et projets, nécessaires à la suite de son voyage.

Des temples qui font de l’ombre aux phares spirituels

Mais, aujourd’hui, je m’inquiète… Globe-trotteur insatiable, troubadour intenable, je vois les cités dominées par ces minarets de verre et d’acier. Ces temples du pouvoir et de l’argent font de l’ombre aux phares spirituels, parfois enfouis dans des caves ou banalisés dans des bâtiments sans âme.

Pire encore ! Impossible d’y être accueilli avec sympathie, d’y demander sa route et son chemin, voire de s’y reposer le corps et l’esprit avant de reprendre la route.

Les mosquées d’aujourd’hui sont devenues des arènes de pouvoir et de prestige, des tremplins politiques et mondains se concurrençant à travers leurs alliés et leurs « mètres carrés ». Fermées à toute heure, sauf précisément aux heures des prières canoniques, désormais gardées par l’armée, tout un symbole… Que reste-t-il de ce merveilleux dépouillement et de cette rayonnante chaleur humaine ?

Alors que les mosquées d’antan vivaient jour et nuit, de l’enseignement à toute heure aux repas pour les nécessiteux, de la prière de la nuit aux assises de la foi, voilà que ces bâtiments peu accueillants mais très onéreux ont délaissé ces terres d’amour et d’engagements.

J’ai grandi dans les maisons de Dieu et mon cœur y est attaché. Mais je regrette de voir leur étoile pâlir et leur silence légendaire brisé par des querelles sanguinaires. Mais j’ai aussi vu que les minarets d’antan se sont transformés et couronnent les têtes des bienfaisants.

J’ai rencontré des Être-Anges étrangers qui portaient sur leur front une Lumière visible à cent lieues. Des Anges qui, jour et nuit, arpentaient les rues pour inviter à Dieu, à le comprendre, à l’aimer. Et sur le bitume frais se déposaient des larmes composées de peine et de joies, de repentir et de paix retrouvée. Mais les mosquées restaient fermées.

J’ai aussi vu des âmes charitables préparer des repas à même le trottoir, à main tendue, cœur sur la main, sans rien demander, car le sourire est une aumône. Mais les mosquées restaient fermées.

J’ai aussi vu des jeunes musulmans réviser le dimanche toute la journée, leur bac, leurs partiels, dans une cave du quartier, et décrocher la mention. Mais les mosquées restaient fermées.

J’ai aussi vu des jeunes filles assoiffées de savoir, avec l’envie furieuse de revenir à l’école qui leur fermait les portes, condamnées à la solitude des cours à distance. Mais les mosquées restaient fermées.

J’ai vu des hommes et des femmes souhaitant goûter à la fraicheur des assises de la foi, des jardins du paradis, se réunir dans un parc sous la pluie. Mais les mosquées restaient fermées.

Et puis ces ados. Et puis cette « famille » aspirant à forger une génération dorée, contrainte de supporter le froid pour poursuivre leur mission. Mais les mosquées restaient fermées.

Et ces jeunes qui se donnent rendez-vous chaque semaine chez l’un d’eux pour y prier la nuit, y rechercher le secret de l’Amour de Dieu. Mais les mosquées restaient fermées.

Élever son âme et ériger des buildings de la vertu

Peu importe ! Les temps ont changé, et mêmes les croyants se sont « uberisés ». C’est maintenant toi le minaret de ces cités ! C’est toi qui rayonne de ta bienfaisance, de ton bon sens. C’est toi qui accueille les naufragés et nourrit l’affamé, qui abrite les lépreux de la vie et libère les endettés. Bienvenue dans l’ère du « Cloud-spirit ».

Quant à toi, l’Auvergnat, tu le fais sans façon, sans contrefaçon, sans communiqué de presse, sans mesurer les conséquences de ton courage. Tu n’as pas menti aux croyants, les incitant à te donner de leur bien, de leur personne, pour ce qui sera un bien public alors que finalement ils construisent des biens privés, à la seule jouissance de leurs dirigeants aux chaussures lustrés.

Tu n’as pas dénigré le clocher voisin, le minaret légèrement plus haut, tout cela pour un rayon de soleil supplémentaire ou une aura parlementaire. Tu n’as pas clamé que tu représentais les musulmans, que ce sont des victimes et que tu veux les défendre. Ces paroles ne dépassent pas le gosier, le cœur ne pourrait supporter tels mensonges.

Chers dirigeants de mosquée, de fondation caritative islamique, d’école musulmane ou de centre islamique : Réagissez ! Assumez vos responsabilités auprès de la communauté, répondez à leurs doléances, donnez-leur les moyens, le soutien pour changer les lendemains.

Il est temps pour vous de comprendre votre impuissance, votre contradiction. Rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu et aux croyants ce qui leur va de droit.

Chers croyants déçus mais convaincus de pouvoir changer les choses, n’attendez rien de la part des mosquées pour rayonner de mille feux en vos âmes et au cœur de la société. Soyez habités par l’esprit prophétique, la foi en la victoire. Élevez votre âme et faites en des buildings de la vertu. Devenez serviteurs de Dieu, devenez « maisons de Dieu ».