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« La fraternité est plus forte que le fratricide » : ce qu'il faut retenir du voyage historique du pape François en Irak

Rédigé par | Lundi 8 Mars 2021 à 20:35

           

Le pape François a achevé, lundi 8 mars, trois jours d'un voyage en Irak auquel tous s'accordent à dire qu'il est entré dans l'Histoire. C’est dans un pays ravagé par le terrorisme et les guerres à répétition que le « pèlerin de la paix » est parti à la rencontre de la population chrétienne, des autorités locales et des hauts dignitaires religieux pour porter le message d'une fraternité concrète qui transcende les appartenances ethniques et religieuses.



« La fraternité est plus forte que le fratricide » : ce qu'il faut retenir du voyage historique du pape François en Irak
C’est une visite pontificale, porteuse de défis et d'espoir, qui s’est achevée lundi 8 mars pour le pape François. Vendredi 5 mars, le chef de l'Eglise catholique a, pour la première fois de l'histoire de la papauté, foulé le sol irakien où il a parcouru 1 445 kilomètres en trois jours, allant à la rencontre d’une population victime de décennies de guerre et désormais confrontée à la pandémie du Covid-19. Il mais aussi porter la cause des chrétiens d’Irak, qui ne représentent aujourd’hui plus que 1 % de la population, et donner un coup de boost au dialogue interreligieux avec le concours des leaders religieux du pays.

Des injonctions à la paix lancées du premier au dernier jour du voyage

Sous haute sécurité, l'évêque de Rome a démarré fort son séjour à son arrivée à Bagdad. Accueilli par le président Barham Saleh, il a prononcé un discours depuis le palais présidentiel qui sonnait comme une injonction à la paix. « Que se taisent les armes ! Que la diffusion en soit limitée, ici et partout ! », a-t-il ainsi clamé, appelant les puissances dirigeantes à s’unir pour mettre fin à la violence et aux extrémismes. « Que cessent les intérêts partisans, ces intérêts extérieurs qui se désintéressent de la population locale. ».

Au cours de son allocution, l’homme de foi a également dénoncé les « barbaries insensées » du groupe État islamique contre la minorité yézidie, dont ses membres ont été des « victimes innocentes de barbaries insensées et inhumaines, persécutés en raison de leur appartenance religieuse dont l'identité même et la survie ont été menacées ».

C’est ensuite dans la cathédrale Notre-Dame du Secours perpétuel, toujours dans la capitale irakienne, où s’est déroulée en 2010 la plus sanglante prise d’otage contre les chrétiens d’Irak, que le chef religieux s’est rendu pour y saluer la mémoire de « nos frères et sœurs morts », précisant que le processus de béatification des victimes était en cours. « Je vous remercie, frères évêques et prêtres, d'être demeurés proches de votre peuple, en le soutenant », a-t-il souligné.

Une rencontre au sommet avec le chef spirituel chiite d’Irak

Ce parcours s’est poursuivi, samedi 6 mars, par une rencontre privée à Najdaf avec le grand ayatollah Ali Al-Sistani, le plus important leader spirituel chiite d’Irak. Une rencontre au sommet, hautement symbolique, puisque le chef religieux, 90 ans, accueillait pour la première fois un chef d’Etat étranger.

De ce huis-clos ne sont sortis que de rares photos des deux hommes. « Au cours de la rencontre, la discussion a tourné́ autour des grands défis auxquels l’humanité́ est confrontée à notre époque et le rôle de la foi en Dieu Tout-Puissant et ses messages, et le respect des nobles valeurs morales pour les surmonter », a signifié le bureau du grand ayatollah à l'issue du tête-à-tête.

« Son Eminence a indiqué́ le rôle que les grands chefs religieux et spirituels devraient jouer pour endiguer ces tragédies. Ce qu’on espère d’eux est qu’ils encouragent les parties concernées ‒ en particulier les grandes puissances ‒ à privilégier la raison et la sagesse et à rejeter le langage de la guerre, de ne pas favoriser leurs intérêts particuliers aux droits des peuples à vivre dans la liberté et la dignité. (…) Il a également souligné l’importance de consentir des efforts pour consolider les valeurs d’harmonie, de coexistence pacifique et de solidarité humaine dans toutes les sociétés, sur la base de la protection des droits et le respect mutuel entre adeptes de différentes religions et mouvements intellectuels. »

La haute instance religieuse a ensuite évoqué le sort des chrétiens d’Irak et le souhait de l’ayatollah de voir « les concitoyens de confession chrétiennes (vivre) comme tous les Irakiens dans la sécurité et la paix et dans le plein respect de leurs droits constitutionnels ». Ali Al-Sistani a souligné́ « une partie du rôle joué par l’autorité́ religieuse chiite pour les protéger, eux et le reste de ceux qui avaient subi des injustices et des préjudices durant les événements des années passées, en particulier durant la période au cours de laquelle les terroristes s’étaient emparées de vastes territoires de plusieurs provinces irakiennes et y ont commis d’infâmes exactions criminelles ».

Un rôle pour lequel le pape a adressé de chaleureux remerciements. Selon un communiqué du Vatican, François a souligné avec l'ayatollah « l’importance de la collaboration et de l’amitié entre les communautés religieuses afin qu’en cultivant le respect réciproque et le dialogue, on puisse contribuer au bien de l’Irak, de la région et de l’humanité entière ».

Un pape sur les traces d'Abraham pour un mythique appel à la fraternité

Le même jour, le pape François s’est rendu dans l’antique site d’Ur, considéré dans la Bible comme la patrie du prophète Abraham, pour une rencontre interreligieuse avec les représentants de divers cultes. « Nous, descendance d’Abraham et représentants de diverses religions, nous sentons avoir avant tout ce rôle : aider nos frères et sœurs à élever le regard et la prière vers le ciel », a-t-il déclaré au cours de son puissant discours, rappelant que la « vraie religiosité » consistait à « adorer et aimer son prochain ». Tout comme il l’avait fait lors de ses précédentes étapes, le souverain pontife a rappelé l’absolue nécessité de mettre fin aux violences qui secouent le pays.

« De ce lieu source de foi, de la terre de notre père Abraham, nous affirmons que Dieu est miséricordieux et que l’offense la plus blasphématoire est de profaner son nom en haïssant le frère. Hostilité, extrémisme et violence ne naissent pas d’une âme religieuse : ce sont des trahisons de la religion », s’est-il exclamé, exhortant les croyants à s’élever contre tout acte de haine perpétré au nom de la religion.

« Et nous, croyants, nous ne pouvons pas nous taire lorsque le terrorisme abuse de la religion. Au contraire, c’est à nous de dissiper avec clarté les malentendus. Ne permettons pas que la lumière du Ciel soit couverte par les nuages de la haine ! Au-dessus de ce pays, se sont accumulés les sombres nuages du terrorisme, de la guerre et de la violence. Toutes les communautés ethniques et religieuses en ont souffert. »

Le départ des chrétiens d'Irak, « un dommage incalculable »

Au cours du dernier jour de sa visite officielle dimanche 7 mars, le pape François s'est rendu dans la province de Ninive, le berceau des chrétiens d'Irak. A Mossoul, l’ancienne « capitale du califat » de l’EI libérée en 2017, il a prié pour « toutes les victimes des guerres ». « Prions ensemble pour toutes les victimes de la guerre, afin que Dieu Tout Puissant leur accorde la vie éternelle et la paix sans fin, et qu'il les accueille dans ses bras très aimants. Et prions aussi pour nous tous, afin qu'au-delà des appartenances religieuses, nous puissions vivre en harmonie et en paix, conscients qu'aux yeux de Dieu nous sommes tous frères et sœurs. »

Dans cette ville martyre qui abrite la mosquée Al-Nouri, en partie détruite par les partisans de Daesh, ainsi que l'église Notre-Dame de l'Horloge, le pape a non seulement rappelé l’importance d’œuvrer en faveur de la paix et du bien commun « au cours du bref passage de notre vie terrestre » mais également lancé un vibrant appel en faveur du maintien des populations chrétiennes dans la région. « La diminution tragique des disciples du Christ, ici et dans tout le Moyen-Orient, est un dommage incalculable, non seulement pour les personnes et les communautés intéressées, mais pour la société elle-même qu'ils laissent derrière eux », a-t-il déclaré. « Nous réaffirmons notre conviction que la fraternité est plus forte que le fratricide, que l’espoir est plus fort que la haine, que la paix est plus forte que la guerre. »

C'est tout naturellement que le pape a ensuite fait une escale à Qaraqosh, la première ville chrétienne d'Irak vidée d'une grande partie de ses habitants après sa prise de contrôle par Daesh en 2014, avant de conclure son séjour par une messe dominicale dans le stade d’Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, devant plus de 100 000 fidèles.

« L’Irak restera toujours avec moi, dans mon cœur », a lancé alors le bien nommé « pèlerin de la paix ». « Je vous demande à tous, chers frères et sœurs, de travailler ensemble dans l’unité pour un avenir de paix et de prospérité qui ne laisse personne à la traîne et ne discrimine personne. Je vous assure de ma prière pour ce pays bien aimé », a conclu l'évêque de Rome via Twitter à l'issue de son voyage. Porté par « l’atmosphère d’amour et de tolérance né du voyage du pape », le Premier ministre irakien, Mustafa al-Kadhimi, a lancé lundi 8 mars, un grand et pressant appel au dialogue national. Pour un avenir de paix auquel aspirent indéniablement les Irakiens dans leur diversité.

Mise à jour : En Irak, le pape François a « redonné confiance en un peuple qui tient à se reconstruire par lui-même ». Deux hommes d'Eglise présents en Irak témoignent de la portée de ce voyage historique ici.


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