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Religions

En Irak, le pape François a « redonné confiance en un peuple qui tient à se reconstruire par lui-même »

Rédigé par | Mardi 9 Mars 2021 à 15:54

           

Alors que la visite historique du pape François en Irak s'est achevé lundi 8 mars, des hommes d’Eglise présents sur place témoignent de la portée de cet événement majeur, tant pour les chrétiens d'Irak que pour l'ensemble d'une population qui rêve de tourner la page de décennies de souffrances.



En Irak, le pape François a « redonné confiance en un peuple qui tient à se reconstruire par lui-même »
Comment le message du pape François a-t-il été reçu par les Irakiens ? Quel impact national et international a eu son voyage dans l'ancienne Mésopotamie ? Au cours d’un point presse organisé lundi 8 mars par l’association de défense des chrétiens d’Orient L’Œuvre d’Orient, son directeur général, Mgr Pascal Gollnisch, et le prêtre dominicain Olivier Poquillon, basé à Erbil, ville du nord de l’Irak qui a servi de refuge aux chrétiens chassés par Daesh, ont analysé la portée de la parole papale.

« Un miracle historique. » C’est ainsi que Mgr Pascal Gollnisch a qualifié la visite papale, compliquée par la crise sanitaire et l'instabilité politique dans une Irak minée par les conflits armés et le terrorisme.

Malgré ce contexte si particulier, ce déplacement auquel le chef de l'Eglise catholique tenait particulièrement a apporté un souffle de spiritualité, de sérénité et d'espoir. C'est fut notamment le cas lors du passage du souverain pontife dans la cathédrale Notre-Dame du Secours-Perpétuel à Bagdad, meurtrie par un attentat sanglant contre la minorité chrétienne en 2010, note Pascal Gollnisch. « Pour nous qui avons vu ce lieu immédiatement après le drame qui s’y est déroulé, voir cette cathédrale en lumière » et remplie par cette « présence vivante, c’était tout de même très beau », partage-t-il avec émotion.

Le directeur général de L’Œuvre d’Orient, Mgr Pascal Gollnisch (à gauche), aux côtés du prêtre Olivier Poquillon. © COMECE
Le directeur général de L’Œuvre d’Orient, Mgr Pascal Gollnisch (à gauche), aux côtés du prêtre Olivier Poquillon. © COMECE

« Le pape a donné aux Irakiens la conscience que leur pays méritait mieux que ce qu’il a vécu depuis 40 ans »

Si le pape a choisi de se rendre dans ce lieu meurtri par la violence, c’est aussi pour montrer « non seulement aux chrétiens d’Irak » mais aussi « à l’ensemble du peuple irakien » qu’il reconnaissait la douleur de son histoire, explique le directeur général de L’Œuvre d’Orient. « Ce type de message ne transformera pas l’Irak en cinq minutes mais je crois qu’il a redonné aux Irakiens la conscience que leur pays méritait mieux que ce qu’il a vécu depuis 40 ans. »

Ainsi, c’est en se faisant le porte-voix d’une invitation au changement que le pape est parti à la rencontre d’une population qui a d’abord peiné à réaliser sa présence avant d'être saisi par l'enthousiasme. « A Mossoul, j’ai constaté l’absence d’attente et puis, tout d’un coup, la compréhension. La compréhension que le pape qu’ils voyaient à la télévision était là, dans la rue d’à côté », rapporte Olivier Poquillon, soulignant que la prière « très émouvante » du pape, dans les ruines d'une église millénaire, en faveur de « toutes les victimes des guerres » a particulièrement marqué la population musulmane, qui représente la majorité des habitants de Mossoul.

« Il est descendu de sa voiture malgré ses problèmes de jambes et est allé bénir des petits enfants qui sortaient des décombres », témoigne encore le prêtre dominicain. Un geste qui n’est pas passé inaperçu et qui montre à quel point le pape tenait à se rapprocher des plus vulnérables sans distinction d’appartenance religieuse. « Ces vieux, ces femmes, ces enfants étaient très touchés que cet homme protégé par les forces antiterroristes (...) descende et viennent jusqu'à eux. Je crois que la prière à Mossoul représentait vraiment cela : le pape est venu au cœur de la souffrance insuffler un message d’espoir », souligne Olivier Poquillon.

Sortir les chrétiens d’Irak de leur statut de minorité

Renforcer le dialogue interreligieux représente aux yeux du souverain pontife un autre enjeu indispensable au rétablissement de la paix dans un pays où cohabitent de très nombreuses communautés de foi. C'est d’ailleurs dans cette optique qu’il a rencontré le grand ayatollah Ali Al-Sistani samedi 6 mars.

Le chef spirituel de la communauté chiite en Irak « a affirmé que les chrétiens étaient ses frères, qu’il fallait faire un effort pour les intégrer à la vie commune du pays », rappelle Olivier Poquillon, pour qui ce discours sur le rapprochement des communautés a aussi permis d’évoquer la nécessité de faire sortir du statut de minorité les chrétiens d’Irak « pour aller vers la pleine citoyenneté ».

Un constat partagé par Mgr Pascal Gollnisch dans une tribune écrite avant le voyage du pape. « La pleine citoyenneté est le seul chemin pour faire progresser le « vivre ensemble » en Irak. Les chrétiens ne sont pas la seule minorité à y aspirer. La pleine citoyenneté permettra d’éviter la constitution de groupes instrumentalisés par des influences extérieures, occidentales ou non, au profit du seul État irakien. »

Les chrétiens sont passés de 6 % de la population irakienne (environ 1,5 million d'âmes) avant l'invasion américaine de 2003 à 1 % aujourd'hui, pour ne représenter que 400 000 personnes. « La diminution tragique des disciples du Christ, ici et dans tout le Moyen-Orient, est un dommage incalculable, non seulement pour les personnes et les communautés intéressées, mais pour la société elle-même qu'ils laissent derrière eux », a affirmé le pape à Mossoul face à ce triste constat.

« Un avenir est possible pour les chrétiens d’Irak, en Irak » mais leur avenir est lié à celui de tout l’Irak, assure Pascal Gollnisch lundi 8 mars. « La situation des chrétiens d’Irak n’est pas à analyser en dehors de l’ensemble de l’Irak et, par conséquent, de l’ensemble des musulmans. »

Reconstruire la confiance avant les maisons

Si la coexistence religieuse était un des enjeux majeurs de ce voyage, c'est bien parce qu'elle peut servir l'intérêt général d’un pays jeune qui cherche avant tout à se reconstruire. « Cette population veut tourner la page » de décennies de souffrances, clame le Frère Olivier. « S'il y a une chose à reconstruire avant les églises, avant les maisons, c’est d’abord la confiance », poursuit-il. Tant entre chrétiens et musulmans qu'entre les musulmans eux-mêmes ainsi qu'entre les diverses communautés irakiennes.

Le temps de la paix ne reviendra pas comme par magie, grâce au message du pape François. « Tout n’est pas résolu. Le message spirituel n’est pas un acte magique », reconnaît avec lucidité Pascal Gollnisch. Il a néanmoins redonné confiance en un peuple qui tient à se reconstruire par lui-même, estime Olivier Poquillon. « Les Irakiens n’attendent plus, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, de solutions qui viennent de l’étranger. Ils attendent qu'on les laisse prendre leur vie en main pour reconstruire leur pays », affirme-t-il.

« En Irak, le sentiment que l’on vient aussi pour voir les talents et les capacités dans un pays où 40 % de la population a moins de 14 ans, c’est une révolution ! », dit-il avec enthousiasme. « Le pape n'est pas venu mettre une colombe en cage. Il est venu la libérer, la faire s'envoler : c'est ce qu'attendent les jeunes aujourd’hui. »

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