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Sur le vif

Islamophobie : Sayeeda Warsi exprime sa « honte » du Parti conservateur qu'elle a dirigé

Rédigé par Lina Farelli | Mercredi 2 Octobre 2019



Islamophobie : Sayeeda Warsi exprime sa « honte » du Parti conservateur qu'elle a dirigé
Sayeeda Warsi a déclaré avoir « vraiment honte » du Parti conservateur dont elle est membre. La déclaration de l’ancienne vice-présidente des Tories, première musulmane à avoir intégré un gouvernement en 2010, fait suite aux échanges tenus lors un panel de discussion sur l’islamophobie (« Challenging islamophobia »), organisé dimanche 29 septembre, à Manchester, par le groupe de réflexion Policy Exchange.

Lire aussi : Islamophobie : le gouvernement britannique refuse l'adoption d'une nouvelle définition

Plusieurs participants à la conférence, tout en reconnaissant l’existence d’actes antimusulmans, ont refusé l’usage du terme « islamophobie » souhaité par un groupe parlementaire multipartite depuis 2018.

Un terme facteur de divisions

Pour Qanta Ahmed, l’une des panélistes présentes à la conférence, « la définition de l’islamophobie est un instrument qui ne fera que progresser le privilège des islamistes ». Ce point de vue a été partagé par Peter Tatchell, militant des droits humains, qui reconnaît l’existence de préjugés antimusulmans dans le Parti conservateur mais rejette le terme « islamophobie » qui risquerait, selon lui, d’empêcher toute critique de l’islam.

« S’il est vrai que l’islamophobie peut être et est souvent une expression du racisme, elle n’est pas ipso facto raciste, car ni l’islam ni les musulmans ne sont une race », a-t-il avancé, estimant que les dérapages anti-musulmans sont « extrêmement marginaux » au Parti conservateur et n’ont pas leur équivalent avec le problème, selon lui, de l’antisémitisme dans le Parti travailliste dont il est membre.

Même son de cloche pour le député conservateur Nusrat Ghani, qui a affirmé que le Parti travailliste est « structurellement antisémite » alors qu’il n'y a « aucune preuve, aucune politique (…) démontrant que les conservateurs traitent les musulmans de la même manière ». Il a renchéri en affirmant qu’aujourd’hui, « les gens craignent de s’attaquer au problème (de l’extrémisme islamique) parce qu’ils peuvent être qualifiés d’islamophobes ».

Plusieurs intervenants ont ainsi rejeté en bloc les accusations portées contre Boris Johnson selon lesquels il a fait preuve d’intolérance envers les musulmans lorsqu’il avait comparé, en été 2018, les femmes musulmanes portant la burqa à des « boîtes aux lettres » et à des « braqueurs de banque ». Selon Qanta Ahmed, les propos de l’actuel Premier ministre britannique n’étaient pas « autre chose qu’une blague ». Elle a aussi ajouté qu’elle s’est « opposée à sa volonté (celui de Boris Johnson, ndlr) de tolérer ce vêtement dans une société libérale ».

Plusieurs membres musulmans du Parti conservateurs se sont offusqués de la tournure prise par l’événement. « Je suis malade ce soir en voyant le parti que j’ai dirigé sombrer dans de telles profondeurs. Alors que les musulmans britanniques sont devenus des boucs émissaires commodes pour le populisme, un langage insultant pour augmenter le nombre de votes, un événement sur l’islamophobie est devenu une opportunité de diaboliser les musulmans », a tweeté, le soir de la conférence, Sayeeda Warsi. Celle qui est devenue baronne après avoir été anoblie en 2007 par la reine Elisabeth II déplore, depuis plusieurs années déjà, la montée de l'islamophobie.

« Face à la montée des crimes de haine contre les musulmans dans le monde, une rhétorique aussi dangereuse diffusée lors d'une conférence nationale annuelle de notre parti au pouvoir est tout simplement odieuse et doit être fermement condamnée », s’est indignée auprès de The Independent Zamzam Ibrahim, présidente de l’Union nationale des étudiants (NUS).

L’organisateur de la conférence s’est défendu, en indiquant qu’il est « complètement faux de suggérer que tous les panélistes invités à notre événement a nié l'existence de la bigoterie antimusulmane ». Le débat entourant la définition et l'emploi public de l'islamophobie est loin d'être clos en Grande-Bretagne.

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