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Politique

Comment l'Etat veut mener « l’offensive républicaine » contre l’islamisme et le repli communautaire

Rédigé par | Jeudi 28 Novembre 2019 à 20:00

L’Etat, sous l’ère Macron, fait désormais de la lutte contre l’islamisme et le communautarisme un des axes centraux de sa politique. En ce sens, le ministre de l’Intérieur a réuni, jeudi 28 novembre, tous les préfets de France pour leur dévoiler les grandes lignes d’une nouvelle circulaire visant à étendre à l’ensemble du territoire l’offensive menée depuis février 2018 dans 15 quartiers particulièrement touchés par le phénomène de radicalisation. Explications.



Comment l'Etat veut mener « l’offensive républicaine » contre l’islamisme et le repli communautaire
La détermination et la fermeté étaient au rendez-vous. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a réuni 125 préfets, jeudi 28 novembre, pour un séminaire consacré à « la lutte contre l'islamisme et le repli communautaire ». Les grandes lignes d’une circulaire visant à accroître la surveillance de l'islamisme ont ainsi été dévoilées à cette occasion.

La présence, Place Beauvau, de quatre membres du gouvernement – les ministres de la Justice et de l’Education nationale, Nicole Belloubet et Jean-Michel Blanquer, ainsi que les secrétaires d’Etat chargés de la Cohésion des territoires et de l’Egalité hommes-femmes, Julien Denormandie et Marlène Schiappa – montre la haute importance du combat que porte désormais le gouvernement. Une lutte menée avec le concours du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), dirigé depuis octobre par Frédéric Rose.

« L’islamisme est le pire ennemi de l’islam »

« L’heure n’est plus aux pudeurs ni aux faux-semblants. Disons-le franchement (…) : la radicalisation et le terrorisme sont les symptômes les plus graves d’un mal plus profond qui touche trop de nos quartiers », a d'emblée déclaré, sur un ton résolument ferme, Christophe Castaner, en désignant alors « l’islamisme et le communautarisme ». Mais qu’entend le ministre en parlant de l’islamisme alors que, rappelle-t-on, ce concept n’a « pas de définition juridique précise » ?

« L’islamisme, c’est un projet politique anti-démocratique et antirépublicain, qui place la loi de Dieu – ou celle de ceux qui la détournent à leur profit - au-dessus des lois de la République. C’est un contre-projet de société, communautaire, autoritaire, inégalitaire », déclare le ministre, qui prend soin de le « distinguer de l’islam qui, comme les autres cultes qui acceptent nos lois et nos valeurs, a sa place en République ».

« Je veux même aller plus loin. L’islamisme est le pire ennemi de l’islam. Il crée volontairement des confusions et des antagonismes. L’islamisme n’est pas une religion, il l’utilise et la dévoie », poursuit-il. L’islamisme et le communautarisme remettent en cause, selon le ministre, « l’indivisibilité de la République », « la laïcité » ou encore « l’égalité entre les femmes et les hommes », « des atteintes graves à notre pacte républicain, des atteintes considérables à nos valeurs les plus profondes ».

Les accusations d’islamophobie balayées par le ministre

Les préfets, présentés comme des « vigies républicaines », ont ainsi été appelés à faire du combat contre l’islamisme et le communautarisme « une mission prioritaire » afin d’empêcher la formation d’une « France archipel », « où l’on ne se connaît plus, où on ne se parle plus, où chacun vit de son côté ».

« Cet engagement ferme ne sera pas exempt de critiques », prévient Christophe Castaner, balayant d’ores et déjà les accusations « d’islamophobie ».

« Par idéologie ou par ignorance, certains minimisent la réalité des atteintes à notre pacte républicain, les enfants déscolarisés et la haine professée. Ils s’abritent alors derrière un argument d’apparence imparable : ils nous accusent d’islamophobie. Ne les laissons pas se déguiser en victimes »
, affirme le ministre de l'Intérieur. « La haine en France, d’où qu’elle vienne n’a pas le droit de cité. Et cette haine n’a rien à voir avec l’islam. »

Une « mission prioritaire » étendue à l’ensemble du territoire

La circulaire, qui a été signé ce jeudi 28 novembre par le ministre, vient prolonger et élargir les actions menées depuis février 2018 dans 15 quartiers qui ont été définis comme « particulièrement sensibles » car touchés par le phénomène de radicalisation. Au total, ce sont 1 030 contrôles d’établissements recevant du public, comme des débits de boissons, des établissement culturels ou sportifs, des écoles hors contrats ou des lieux de culte qui ont été menés avec, à la clé, « 133 débits de boissons, 13 lieux de culte, 4 écoles et 9 établissements culturels » fermés. Toutefois, ces fermetures n’ont pas été motivées pour « islamisme » ou « communautarisme » mais pour « non-respect de la réglementation », indique-t-on au ministère.

Aussi, l'Etat a « attaqué le mal au porte-monnaie » avec 7 083 opérations de contrôle contre l’économie souterraine menées, permettant un redressement de plus de 17 millions d’euros. « Ce sont autant de victoires pour la République, mais le combat ne s’arrête pas là. Il doit au contraire s’intensifier », souligne Christophe Castaner, qui a donc décidé d’étendre ces mesures à l’ensemble du territoire.

Aux préfets, « toutes les options vous sont ouvertes »

Les réponses que souhaite apporter l'Etat contre l'islamisme sont multiples. « Dès qu’il existe des doutes sur un lieu ou sur une association, je vous demande de ne pas hésiter à réaliser des inspections, des contrôles. Et si des manquements sont établis, je vous demande de décider des fermetures administratives sans hésiter », indique-t-il, en citant « certains lieux de culte, (…) écoles et centres culturels et sportifs (…) qui se transforment en incubateur de haine ». Sont aussi citées par le ministre des « débits de boissons qui deviennent des lieux de rassemblement islamiste ».

Des cellules départementaux des services de l’État dont la mission sera « d’avoir une connaissance parfaitement fine des réseaux sociaux, économiques, religieux, sportifs et culturels des personnes suivies au titre de la radicalisation à caractère terroriste » sont appelées à être mise en place. « L’idée est claire : avoir une cartographie précise et savoir les lieux que nous devons suivre et contrôler. »

« Il peut s’agir de contrôle de la réglementation en matière d’établissement recevant du public ou d’hygiène, de contrôle de la réglementation des activités sportives, de contrôle de la réglementation de l’accueil des mineurs ou de lutte contre les fraudes. Toutes les options vous sont ouvertes et je compte sur vous pour mener ces opérations », déclare-t-il à l’adresse des préfets, qui sont également incités à signaler « systématiquement » les « faits ou comportements susceptibles de constituer des infractions pénales ».

Les préfets, avec le concours des maires et des élus locaux, ont aussi été appelés à faire « un suivi extrêmement rigoureux et vigilant de la déscolarisation », « la lutte contre les stratégies d’évitement scolaire (devant) être prioritaire ». « Votre seul programme, c’est notre devise républicaine. (…) Je pense notamment à notre exigence d’égalité. L’égalité, c’est l’une des premières victimes de l’islamisme et ce sont souvent d’abord les femmes qui en subissent les conséquences. Je ne peux pas le supporter. Nous ne pouvons pas, collectivement, l’accepter. Nous devons donc prendre les mesures nécessaires », appuie le ministre de l’Intérieur, qui fait valoir la détermination du gouvernement à mener, à quelques mois des élections municipales en mars 2020, une « offensive républicaine » contre l'islamisme et le repli communautaire.



Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur