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Points de vue

Ces musulmans qui ne savent pas débattre

Rédigé par Farid Abdelkrim | Lundi 14 Octobre 2013



Ces musulmans qui ne savent pas débattre
Comment qualifier ce sentiment qui, ces derniers temps, en France, habite nombre de citoyens, autrement que par une prodigieuse exaspération ? Marre, en effet, de supporter cette ligue de prophètes de l’apocalypse qui passent le plus clair de leur temps à pester que c’est le calvaire. L’enfer. La fin.

Mais pour qui, au juste ? Les musulmans, pardi ! Qui, vraisemblablement, seraient des victimes ! Rien que des victimes ! Les seules, manifestement ! Victimes de la France ! Laquelle ? Toute la France ! En dérive ! Parce que haineuse ! Parce que raciste ! Parce que « islamophobe » !

Grands, parmi les grands, apôtres de l’inéluctable, ils respirent la clairvoyance. Réfuter les évidences qu’ils énoncent, c’est donc, à coup sûr, s’attirer les foudres de la « disqualification ». Une nouvelle discipline. Les règles du jeu en sont simples.

Parés de la robe de juge, ces infaillibles commenceront par mettre à l’index celui qui aurait l'indélicatesse de ne pas abonder dans leur sens. Puis ils lui prêteront des intentions mesquines. Ils anticiperont des condamnations en tout genre contre ses hypothétiques prises de position à venir. Ils iront jusqu’à bafouer son intégrité morale, voire railler son physique… En revanche, pour ce qui est de discuter ses idées, ses opinions, c’est, en l’espèce, totalement accessoire. Pour ne pas dire prohibé. Une œuvre de salubrité privée, en somme ; assurée par ces garants autoproclamés de l’islam. Quel islam ? Le seul ! Le vrai ! L’unique ! Le leur, cela va sans dire !

La genèse de tout cela est fort simple à saisir. D’une part, il y a, en haut, tout en haut, au sommet, des productions humaines « intellectuelles » qui seraient devenues sacrées. Un peu comme le Coran, ou presque. Elles doivent être impérativement admises ! Si elles peuvent être commentées, c’est uniquement de manière positive ! Elles ne sont pas critiquables ! Elles sont immuables ! Elles sont la référence et participent ainsi du patrimoine de la caste de ces intouchables. D’autre part, il se trouve, tout en bas, dans les profondeurs méprisables de l’insignifiance, le rebus. Misérables bougres qui, inévitablement, se délestent de leurs creuses gamberges agressant ainsi les sens de ces esprits saints et de ces âmes pures. Vils mortels. Coupables, c’est indiscutable, de sacrilège ! d’hérésie !

Saine inquisition que ce sport donc. Le score se comptabilise d’ailleurs en nombre d’excommunications. Ou comment Dieu se serait mis à louer les services de ventriloques pour prononcer Ses jugements.

Pour ma part, et si mes calculs sont exacts, je devrais me situer actuellement quelque part entre l’islam d’en dessous et celui des bas-fonds. Mais que se rassurent celles et ceux qui croiraient qu’on m’y a balancé malgré moi. J’y suis né. Et c’est là qu’est ma place en vérité. Terre natale pour les petits, les faibles, les faillibles, les pêcheurs… Je me reconnais dans ce monde. Je suis de ce monde. C’est le mien. C’est celui des humains.

Alors, dans ce monde, mon monde, débattre a un sens. Cela signifie entendre. Entendre et comprendre que certains de mes concitoyens, musulmans ou non, puissent être angoissés. Qu’ils puissent avoir peur à cause d’une certaine visibilité incarnée, défendue et/ou revendiquée par certains musulmans.

Dans mon monde, j’ai appris que Dieu ne se cantonne pas sous un hijab. Que la grandeur de l’islam ne se résume pas à la longueur d’une barbe ou à la noirceur d’un niqab.

Dans mon monde, l’existence et la pertinence de l’« islamophobie » constituent, à mes yeux, quelque chose (je ne sais pas comment le définir autrement) à quoi je n’accorde pas le moindre crédit. Dans mon monde, les musulmans – que j’ai accompagnés pendant près de 30 ans et que je continue d’accompagner – sont tous différents. Il y a des gens très bien, très bons. Et il y a également des malfaisants. Faut de tout pour faire un monde ! Il y a des victimes. Mais aussi des coupables. Et des innocents. Et des idiots. Et des sages. Il y a des saints. Des vrais. Et il y a des hommes. Et des femmes. Et des citoyens. Et des menteurs. Et des voleurs. Et des gourmands. Et des obsédés. Et des bons vivants. Et des vertueux. Et des intégristes. Et des psychorigides. Et des malades…

Dans mon monde à moi, je ne suis pas seul. Il y a quelques musulmans. Et il y a tous les autres… dans mon monde à moi. Et ils comptent tout autant.

Dans mon monde à moi, certains croient en Dieu… d’autre pas… et il y en a même qui se prennent pour Lui.

Dans mon monde, enfin, débattre, c’est vital ! Cela a un sens. Cela signifie certes nourrir. Mais cela veut aussi dire se nourrir. C’est tout à la fois parler et écouter. C’est le droit de ne pas être d’accord, sans oublier le devoir de respecter le désaccord de celui qui me parle. C’est admettre la possibilité que je puisse être dans l’erreur et qu’il puisse être dans le vrai.

Tel est donc mon monde. Telle est ma France. Ma conception du débat aussi. Ma conception de l’être humain. Et du musulman… Mais on peut ne pas être d’accord.

Farid Abdelkrim a été membre de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France), fondateur et président du mouvement des JMF (Jeunes musulmans de France). Il est auteur, notamment, de La France des islams. Aujourd’hui humoriste, il est en tournée avec un nouveau spectacle, un one-man-show-débat : Le Chemin de la gare.