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Politique

Séparatisme : mosquées et fédérations dénoncent le « traitement d’exception » des musulmans par l'Etat

Rédigé par Lina Farelli | Vendredi 9 Octobre 2020 à 09:05

           

Après le discours d'Emmanuel Macron sur le separatisme islamiste, la contestation monte parmi les musulmans de France. Une lettre ouverte, datée du jeudi 7 octobre et adressée au chef de l'Etat dénonce « une volonté de mise sous contrôle des organisations musulmanes » et en appelle à la mise en œuvre d'un « dialogue constructif » avec elles.



Séparatisme : mosquées et fédérations dénoncent le « traitement d’exception » des musulmans par l'Etat
Un collectif comptant une cinquantaine de mosquées et d'associations musulmanes principalement d'Île-de-France, soutenues par plusieurs fédérations membres du Conseil français du culte musulman (CFCM), ont adressé, jeudi 7 octobre, une lettre ouverte au président de la République afin d'exprimer leurs « inquiétudes sur l’escalade délétère que prend le traitement de l’islam et des musulmans dans notre pays » et le « traitement d’exception dont font l’objet les citoyens de confession musulmane ».

Une semaine après le discours d'Emmanuel Macron autour du danger que représente le « séparatisme islamiste », et à l'issue d'une réunion organisée à la mosquée de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), elles ont uni leurs voix pour dénoncer leur « stupéfaction » de constater « une volonté de mise sous contrôle des organisations musulmanes avec des contrôles systématiquement inopinés dans nos mosquées, salles de prières, écoles musulmanes et ceci avec des moyens policiers dignes d’une époque que nous pensions révolue ».

Des contrôles inopinés qui traduisent une « pression (qui) n’est plus acceptable »

« Les contrôles inopinés faisant intervenir de nombreux policiers créent un malaise et un traumatisme, auprès des enfants, adultes de demain, et du personnel éducatif. Cette pression n’est plus acceptable et doit cesser immédiatement », lancent-elles.

Le collectif déplore également que, « depuis plusieurs mois, les musulmans de France sont de plus en plus la cible des pires stigmatisations et invectives de la part de personnalités politiques et de certains médias qui ont fait de l’islamophobie un fonds de commerce, favorisant ainsi les amalgames et la suspicion de toute une frange de la société française ».

En outre, « la stigmatisation et le harcèlement que subissent les femmes musulmanes ayant décidé de porter un foulard pour vivre leur foi librement est devenue insoutenable ».

Le besoin revendiqué d'« un dialogue constructif et non d’une mise à l’index »

Rappelant que « les musulmans, dans leur écrasante majorité, vivent en paix et en harmonie dans la société française et respectent le cadre laïc et les lois de la République », les signataires de la lettre ouverte soulignent le rôle important exercé par des responsables de mosquées et associatifs pendant la période de confinement, causé par l’épidémie de Covid-19.

« Nous (...) avons fait bloc avec tous les corps d’Etat chargés de la lutte contre la propagation de la pandémie », et cela continue encore aujourd'hui, ont-ils appuyé.

Lire aussi : Des mosquées vigilantes et responsables, ce que disent les résultats de notre consultation

« Ces dernières années, un travail important a été entamé pour organiser et structurer la représentation des institutions musulmanes dans notre pays. Les responsables musulmans assument avec conscience leur part de responsabilité et l'immense tâche qui leur incombe. Ils l'exerceront dans la dignité, la liberté et la responsabilité loin de toute pression ou injonction de tout bord », signifie le collectif.

« Ce dont nous avons besoin, c’est un dialogue constructif, loin de toute suspicion, et non d’une mise à l’index continue à travers l’utilisation de concepts généraux flous comme "islam radical", "islam politique", ou plus récemment encore "séparatisme" », appellent les signataires, qui comptent « sur l’implication des pouvoirs publics pour combattre les préjugés, les amalgames et les discriminations dans une relation de confiance ».

Le contrôle d'une mosquée parisienne, un déclencheur de la contestation

La lettre ouverte a été notamment soutenue par le Rassemblement des musulmans de France (RMF), présidé par Anouar Kbibech, la fédération Musulmans de France (MF) dirigée par Amar Lasfar, et la Confédération islamique Milli Gorus (CIMG), dirigée par Fatih Serikir.

C'est aussi le cas de la plateforme L.E.S. Musulmans et de la fédération Foi et Pratique dont le président, Hamadi Hammami, est à la tête de la mosquée Omar, à Paris, qui a fait l'objet d'un contrôle de police samedi 3 octobre « sous l'égide de la cellule de lutte contre l'islamisme et le repli communautaire ». Une « procédure classique ayant établi plusieurs insuffisances liées à la sécurité incendie, pas d'autres manquements relevés », a informé la préfecture de police de Paris sur Twitter dimanche 4 octobre.

Le contrôle, qui a choqué des musulmans du fait de la présence d'enfants et de la faiblesse des raisons invoquées par la préfecture, a soulevé des indignations, d'autant qu'il s'est déroulé au lendemain du discours présidentiel.

Une vingtaine d'associations et de mosquées qui figurent parmi les signataires de la lettre ouverte au président, avait ainsi signé, dimanche 4 octobre, un premier communiqué pour dénoncer une intervention policière devant des enseignants et des enfants, « dans un lieu sacralisé », qui « porte atteinte à l’intégrité de la mosquée comme à la dignité des musulmans ».

« Ce genre de méthodes et les moyens disproportionnés mis en œuvre ne pourront que desservir la cause principale qui est la préservation de l’unité nationale », ont-ils affirmé.

Mise à jour mardi 14 octobre : Pour le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, les accusations portées par les signataires sont « infondées ». Ce qu'il en dit sur Saphirnews.

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