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Politique

Municipales : les listes citoyennes à l'épreuve de l'abstention

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Mercredi 26 Mars 2014 à 06:00

           

Les résultats du premier tour des élections municipales 2014 sont tombés. Le PS fait les frais d'une politique nationale décevante. A l'inverse, le Front national a marqué sa progression et est en bonne voie pour atteindre son objectif de 1 000 conseillers municipaux. Dans le même temps, la forte abstention a empêché des candidats de listes citoyennes de jouer la surprise dans ce scrutin local. Petit tour d'horizons



Municipales : les listes citoyennes à l'épreuve de l'abstention
Les Français n'ont pas été motivés par le scrutin qui se tenait dimanche 23 mars. Signe qui ne trompe personne, le taux d'abstention s'est élevé à 38,62 % pour le premier tour.

Dans les quartiers populaires où le désamour avec les partis traditionnels entraîne des taux d’abstention records, la situation reste inchangée malgré l'essor d'un plus grand nombre de listes citoyennes.

10 élus indépendants à Massy

A l'issue du premier tour, Kamel Djellal porte tout de même un regard « plutôt positif » sur les résultats obtenus par les listes citoyennes, soutenues par le Collectif citoyens qu'il préside. Ainsi, à Massy, en Essonne, les 10 candidats de la liste Massy Plus Juste, qui ont choisi de s'allier avec Vincent Delahaye, le maire sortant de l'UDI, font leur entrée au conseil municipal. 

Vincent Delahaye l'a emporté dès le premier tour avec 67 % des voix. En comparaison, en 2008, il avait recueilli 49,92 % des voix au premier tour. Pour Kamel Djellal, cette progression n'est pas étrangère à la présence de candidats de Massy Plus Juste dans la liste UDI car des électeurs qui, en tant normal, n'auraient pas apporté leurs voix au candidat centriste, ont voté pour des « gens qu'ils connaissent ». Ces élus « gardent leurs indépendance », précise M. Djellal.

Même constat à Pantin (Seine-Saint-Denis), où le collectif apportait son soutien à des candidats indépendants ayant rejoint la liste socialiste, qui l'emporte dès le premier tour avec 50,5 % des voix.

28 % pour une liste citoyenne à Orly

Mais faut-il nécessairement s'allier avec un grand parti pour espérer peser dans les élections ?  Pas forcément, comme le démontre les scores plus qu'honorables de certaines listes 100 % citoyennes. 

Ainsi, la liste Fleury Ensemble (Essonne) recueille 15,55 % et obtient deux sièges aux conseil municipal. Celle menée par Abdelkarim Aïchi à Persan (Val-d'Oise) remporte aussi deux sièges grâce à son score (14,46 %), met en avant l'association Banlieue Plus œuvrant contre les clichés véhiculés sur les quartiers populaires.

Avec 13,51 % de suffrages, la liste Pour une ville unie au service de tous de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) fait légèrement mieux avec trois sièges d'acquis. D'autres listes citoyennes, elles, réussissent l'exploit de se qualifier pour le second tour à l'instar de la liste Agir pour Orly (Val-de-Marne). La liste indépendante a recueilli 28,53 % des voix. Dans le même département, la liste Fresnes à venir se maintient également pour le second tour en obtenant 10,87 %.

Notons également le très bon score de la liste Génération Creil (Oise), qui aura droit à un second tour avec 25,25 % des voix. Elle se place juste derrière le PS (29 %) avec un UMP à 22 %. Dans la même ville, l'entrepreneur Aziz Senni, qui se présentait avec l'étiquette UDI, ne remporte que 4,61 % des suffrages. 

Pape Diouf.
Pape Diouf.

Des déceptions au rendez-vous

A Sevran (Seine-Saint-Denis), Farid Temsamani, l'un des porte-parole de Banlieue Plus ne recueille qu'à peine 2 % des voix. « L'électorat du centre et de l'UMP n'est pas encore prêt à voter pour une tête de liste issue de l'immigration », juge Kamel Djellal.

Ailleurs, d'autres candidats soutenus par le Collectif ont dû faire face à la même désillusion comme Fatou Meite à Bondy qui a recueilli 4,67 % des suffrages. A Grigny (Essonne), M. Djellal évoque une « déception ». Même si la liste citoyenne Parti des Grignois (PDG) remporte deux sièges au conseil municipal en totalisant 13 % des voix, c'est moins bien qu'en 2008 quand elle avait remporté cinq sièges avec les 26 % des suffrages au second tour. 

Autre déception, cette fois à Marseille : la liste Changer la donne menée par Pape Diouf dans les quartiers nord de la cité phocéenne totalise 8,10 % tandis que le FN arrive en tête avec 32,88 % des voix dans ce secteur. Mais l'abstention dans cette zone minée par le chômage s'établit à 50,72 %.

Les abstentionnistes visés par les listes citoyennes

L'abstention demeure, malgré l'essor de listes citoyennes sensées être plus représentatives des revendications d'une frange de la classe populaire qui se sent délaissée par les politiques, un vrai frein pour leur réussite. La corrélation entre un fort taux d'abstention et un faible score des listes citoyennes est souvent mise en évidence par les candidats eux-mêmes, qui cherchent pourtant en priorité à capter les abstentionnistes habituels n'ayant pas ou plus confiance dans les partis traditionnels. Dans de nombreuses villes, le taux a largement dépassé la moyenne nationale comme à Bondy (54,85 %) ou à Sevran (52,30 %).

Leur manque de visibilité sur le terrain de par des moyens financiers faibles, doublée d'une invisibilité médiatique, peuvent tout à fait expliquer des résultats décevants lorsque des électeurs qui pourraient être intéressés par cette nouvelle offre politique n'en ont pas connaissance.

Face à des résultats contrastés, M. Djellal dont le collectif incite les habitants des quartiers populaires à « s'engager en politique » estime toutefois que « la dynamique est bonne ». Tout se jouera sur le « long terme », concède-t-il. Sans craindre une instrumentalisation des politiques, il estime par ailleurs que l'heure est à la négociation pour l'obtention de « subventions » qui aideraient au développement de la participation politique des citoyens lambda sur le plan local. L'encourager, c'est aussi là que se situe en partie l'enjeu visant à redonner ses lettres de noblesse à une démocratie bien plus représentative qu'elle ne l'est aujourd'hui.






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