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Société

Leysan Keller : « Une carrière avec le voile, c’est possible »

Spécial #8Mars

Rédigé par | Vendredi 9 Mars 2018

Elles sont originaires du Soudan, de la Tunisie, de la Somalie, de la Russie ou sont nées et vivent en Finlande, au Canada, aux États-Unis, en Allemagne, en Palestine et en Grande-Bretagne… Leurs identités sont multiples. Mais elles ont pour points communs d’être éprises de justice et d’œuvrer, souvent dans l'ombre, pour le bien commun comme pour l’intégration professionnelle, sociale et politique des femmes dans leurs sociétés. Elles sont des héroïnes au quotidien. Direction l'Allemagne à la rencontre de Leysan Keller.



Leysan Keller :  « Une carrière avec le voile, c’est possible »
BERLIN. – Née en Russie, Leysan Keller a grandi dans un village principalement tatar. Les Tatars est une ethnie convertie à l’islam sunnite au XIVe siècle comptant plus de sept millions d’habitants disséminés en Russie, en Crimée, et dans les républiques d’Asie centrale telles que l’Ouzbékistan et le Tadjikistan.

Avec une enfance traditionnelle de ce peuple asiatique, elle rejoint Moscou à la fin de ses études secondaires de philologie et de linguistique. Après avoir rencontré son premier époux, elle vit quelques années en Chine où elle voyage beaucoup et apprend le mandarin. Autant dire que peu de choses prédestinait Leysan à être à l’initiative d’un programme destiné à favoriser l’accès à l’emploi, à la formation pour des femmes voilées en Allemagne. C’est une rencontre qui va changer cette cadre supérieure de la Deutsche Bahn, version allemande de la SNCF, en une militante et négociatrice hors pair capable de naviguer entre le monde très codifié allemand et son désir de justice et d’équité pour toutes les jeunes filles et femmes qu’elle rencontre.

Depuis quelques années, Leysan met en place des programmes de formations et d’accès à l’emploi à des jeunes principalement d’origine turque ou du Moyen-Orient. Tout semble marcher pour ces jeunes, pour elle et pour son entreprise. C’est en voyant le rêve d’une des jeunes filles voilées se briser que naît sa prise de conscience et sa volonté de changer les choses.

Un rêve brisé à l'origine de sa prise de conscience

Lors d’une de ses sessions, une jeune fille portant le voile – ce qui en soi n’était pas une nouveauté – lui a fait part de son rêve : devenir chef de bord dans un des trains de la Deutsche Bahn et arborer fièrement les habits de l’entreprise allemande. Leysan tente de concrétiser son rêve en soumettant son cas à la direction des ressources humaines. Cette force tranquille fait des allers-retours entre les deux parties. En vain. Si l’interdiction du voile n’est pas généralisé en Allemagne ‒ la question étant traitée au cas par cas selon la politique des Länder, des entreprises et des administrations ‒, les femmes voilées travaillent, en réalité, souvent en « desk » et sont donc peu en contact avec les usagers et les clients.

Après ce premier échec et un passage à Harvard, Leysan Keller multiplie conférences, formations, prises de paroles en Allemagne et à l’étranger pour parler du voile et des signes religieux dans le monde du travail, sujet qu’elle ne cesse de creuser.

Leysan sait que la route est encore longue et que son combat ne fait que commencer. Aujourd’hui, elle est toujours cadre au sein de la Deutsche Bahn. Avec d’autres femmes, cette ancienne championne de tai chi, art martial venu d’Asie, a lancé une campagne sur les réseaux sociaux mettant en avant des femmes issues de milieux professionnels très différents et qui portent le voile : « Karriere mit Kopftuch. »

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Samia Hathroubi
Ancienne professeure d'Histoire-Géographie dans le 9-3 après des études d'Histoire sur les débuts... En savoir plus sur cet auteur