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Société

Maryan Abdulkarim : Etre noire et musulmane dans un pays qui se pense blanc

Spécial #8Mars

Rédigé par | Vendredi 9 Mars 2018

Elles sont originaires du Soudan, de la Tunisie, de la Somalie, de la Russie ou sont nées et vivent en Finlande, au Canada, aux États-Unis, en Allemagne, en Palestine et en Grande-Bretagne… Leurs identités sont multiples. Mais elles ont pour points communs d’être éprises de justice et d’œuvrer, souvent dans l'ombre, pour le bien commun comme pour l’intégration professionnelle, sociale et politique des femmes dans leurs sociétés. Elles sont des héroïnes au quotidien. Direction la Finlande à la rencontre de Maryan Abdulkarim.



Maryan Abdulkarim oeuvre pour une meilleure représentation des femmes de couleur et de confession musulmane en Finlande, qui compte moins de 5 % de sa population considérée comme non blanche.
Maryan Abdulkarim oeuvre pour une meilleure représentation des femmes de couleur et de confession musulmane en Finlande, qui compte moins de 5 % de sa population considérée comme non blanche.
HELSINKI. – Venue donner une conférence sur une résolution de l’ONU à l’initiative des délégations des pays nordiques enjoignant jeunes et femmes à prendre part aux résolutions de conflits dans le monde, je voulais la revoir. J’avais été intriguée par cette femme venue me rendre visite dans mon bureau parisien deux mois auparavant pour discuter des personnes perçues comme blanches dans le système français et du traitement différencié des forces de l’ordre à l’égard des gens de couleur, principalement des hommes. Elle m’avait d’abord semblé ultra-active, voire agitée. C’est peut-être la première impression que l’on a de Maryan Abdulkarim. Celle d’une femme qui n’a ni le temps de tourner autour du pot ni le temps de faire de la pédagogie auprès d’activistes et institutions finlandaises qui ont souvent tendance à utiliser les hommes et femmes non-blancs comme des faire-valoir pour leurs projets.

Avec son physique d’adolescente, Maryan Abdulkarim née en Finlande de parents venus de Somalie, , est ce que l’on appelle en anglais « a trouble-maker », une agitatrice qui vient rappeler à la télévision, à la radio et autres médias que les femmes et les hommes de couleur sont aussi une partie de la nation. Avec moins de 5 % de sa population considérée comme non blanche, la Finlande est un pays très homogène et le parti politique d’extrême droite Les Vrais Finnois est devenu l’une des trois plus grandes forces politiques du pays. Malgré des divisions au sein de leur groupe, certains de ses membres ont rejoint le gouvernement actuel dirigé par Juha Sipilä.

Quand l'expérience de l’altérité marque un parcours

Née à deux heures de route d’Helsinki, Maryan a souvent été la seule femme de couleur et musulmane à l’école et tout autre lieu de sociabilité. Cette expérience de l’altérité va marquer son parcours. Elle se rend très vite compte que son histoire n’est pas narrée dans l’institution scolaire.

Quand on lui demande les raisons de son engagement, Maryan convoque les activistes et militants qui ont marqué sa prise de conscience et Malcom X arrive en première position. Sans concession et intègre. Voilà ce qui attire la militante, mère de famille, noire et musulmane qu’est Marian. Une identité multiple dont elle aimerait que ses enfants soient fiers.

Afin de mettre en lumière des histoires inconnues du grand public, elle publie prochainement, avec un photographe et une journaliste de premier plan en Finlande, un ouvrage sur les afro-diasporas dans son pays. De quoi redonner un sentiment d’appartenance à toutes les petites Maryan actuelles en manque de représentativité.

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Samia Hathroubi
Ancienne professeure d'Histoire-Géographie dans le 9-3 après des études d'Histoire sur les débuts... En savoir plus sur cet auteur