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Points de vue

Les Palestiniens ne déclencheront pas leur troisième Intifada

Par Ziad Medoukh*

Rédigé par Ziad Medoukh | Vendredi 18 Octobre 2013



Alors que les Palestiniens célèbrent ces jours-ci le 13ème anniversaire de leur deuxième Intifada, déclenchée fin septembre 2000, alors que les accords d’Oslo signés il y a vingt ans ne sont qu’illusion, alors que les forces d’occupation israélienne poursuivent leur politique agressive envers les Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, politique qualifiée d’apartheid vis-à-vis des Palestiniens, et tandis que les négociations de paix n’avancent pas à cause de l’attitude du gouvernement israélien qui ne veut pas la paix, sous le silence complice de la communauté internationale et avec l’impunité d’Israël, un Etat hors la loi qui ne respecte pas les accords signés, alors que les colons israéliens protégés par les soldats de l’occupation encerclent et asphyxient les Palestiniens de Cisjordanie, alors que la colonisation se poursuit et ne laisse presque rien aux Palestiniens, malgré les tensions avec quelques affrontements entre les jeunes palestiniens et soldats israéliens, beaucoup d’observateurs ont évoqué la possibilité de déclencher une troisième Intifada dans les territoires palestiniens, notamment en raison de la déception totale des Palestiniens et de l’absence de perspectives pour un vrai changement de leur situation si délicate.

Ces observateurs affirment que le recours à un soulèvement contre l’occupation serait un message clair : la situation actuelle ne pourra durer, avec toutes ces agressions israéliennes et avec l’échec total de toutes les initiatives de paix proposées.

Il est difficile de mener une troisième Intifada et d’assurer sa continuité dans la conjoncture actuelle de la Palestine où règne la division et dans cette région marquée par l’instabilité et le changement permanent du pouvoir qui ne font pas toujours du soutien à la cause palestinienne une priorité.

Et le plus difficile est de savoir quelle forme prendrait cette Intifada pour affronter les soldats et les colons israéliens. Un affrontement militaire, des actions non-violentes, ou d’autres formes ?

Il y a actuellement trois projets opposés en Palestine pour affronter la réalité dure de l’occupation, pour récupérer les droits fondamentaux des Palestiniens et afin de libérer nos territoires toujours occupés.

Le premier est un projet de négociation de paix.

Le deuxième est pour une résistance militaire

Le dernier est pour la non-violence comme forme de résistance.

Malheureusement, il n’y a pas de consensus sur la forme unique de résistance qui est pour les Palestiniens d’affronter leur dure réalité marquée par l’occupation, la colonisation et l’humiliation.

Dans la bande de Gaza, les factions observent les événements d’Egypte et ne peuvent pas lancer de missiles contre les villes israéliennes voisines, car en dehors de la trêve respectée par ces factions et jamais par l’armée israélienne, la tension avec le nouveau pouvoir militaire en Egypte, la fermeture du passage de Rafah, et la destruction des tunnels rendent leurs actions très prudentes, sans oublier leur intérêt de ne pas dramatiser la situation d’une population déjà en crise et sous pression.

En Cisjordanie, malgré quelques affrontements entre soldats israéliens et jeunes palestiniens, l’autorité palestinienne très impliquée dans un processus de paix qui n’a pas donné de fruits, ne veut pas d’une militarisation de cette Intifada et désire donner une chance aux négociations.

Des comités populaires et des activistes, notamment en Cisjordanie, optent pour la non-violence, en tant que stratégie pour affronter la colonisation et les agressions israéliennes contre les villages et terrains palestiniens au travers d’actions pacifiques, mais le problème est qu’il n’y a pas de coordination entre les différents comités sur le terrain et que ces actions, malgré leur importance, ne sont pas organisées. Sans oublier qu’elles ne sont pas non plus permanentes, elles se produisent seulement quand l’armée israélienne évacue des maisons ou détruit un quartier ou des villages. Un autre problème freine ces actions : le manque de soutien officiel et l’absence d’un soutien populaire plus large.

Le problème est aussi que chaque partie défend son projet et prétend qu’il est le meilleur et le plus efficace, sans penser aux autres projets sur le terrain et sans prendre en considération les événements qui s’y déroulent, la nécessité de s’y adapter et surtout d’avoir une concertation avec les autres tendances de la société palestinienne.

Dans un état de de scission et de fragmentation, avec deux gouvernements rivaux, et trois projets de résistance, les Palestiniens ne pourront pas déclencher leur troisième Intifada, même si les choses se radicalisent sur le terrain. Il serait difficile d’assurer une vraie organisation de cette nouvelle révolte contre les forces de l’occupation.

Lors de deux premières Intifadas, la première en 1987, non-violente - la révolte des pierres - la deuxième en 2000, celle-là militaire, il y avait un seul mot d’ordre respecté par tous les partis politiques et toutes les tendances qui existaient sur le terrain, il y avait un Conseil suprême pour gérer et organiser toutes les actions proposées et respectées par tout le monde.

Actuellement, et avec la division, les trois projets ont montré leur inefficacité, par manque de coordination et sur le terrain rien n’a changé, l’occupation est toujours là, les colons sont toujours présents. Au contraire, les Palestiniens voient leurs territoires disparaître au profit de ces colons.

La seule résistance qui fonctionne et qui a prouvé son efficacité, c’est la résistance au quotidien, c’est la force des Palestiniens, qui ont décidé de rester, de ne pas partir, c’est l’attachement à la terre de ces femmes, ces jeunes, ces pêcheurs, ces étudiants, ces paysans, ces familles et toute une société civile, qui, en dépit de toutes les agressions israéliennes et de toutes les difficultés sur place, a décidé d’affronter la réalité dure par la volonté, la patience et la résistance sur le terrain.

Une Intifada, un soulèvement, une révolution devront toujours passer par une unification de toutes les forces et tendances sur terrain, mais, avant tout, par l’unité nationale palestinienne.