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Monde

La lente asphyxie de l’économie palestinienne

Rédigé par Esti Micenmacher | Mardi 30 Avril 2013

La vallée du Jourdain s’étend sur environ 2 000 km². La contrôler signifie avoir la mainmise sur la frontière avec la Jordanie, sur l’eau, ainsi que sur un très grand nombre de terres agricoles. Longtemps considérée comme le grenier à blé de la Palestine, elle est aujourd’hui celui d’Israël grâce aux 37 colonies qui y sont installées. Un exemple éclatant des conséquences de la colonisation sur l’économie palestinienne.



La lente asphyxie de l’économie palestinienne.
La lente asphyxie de l’économie palestinienne.
Depuis la fin de l’occupation de la Cisjordanie en 1967, les gouvernements israéliens qui se sont succédé ont eu comme objectif de contrôler la vallée du Jourdain. Stratégique sur le plan économique, c’est en effet le seul territoire contigu d’importance en Cisjordanie et abrite 250 communautés palestiniennes.

La vallée du Jourdain et la Mer Morte couvrent près de 30 % de la Cisjordanie et abrite près de 60 000 Palestiniens. 87% de la terre est considérée comme « Zone C », c’est-à-dire inaccessible aux Palestiniens car réservée au seul usage de l’armée israélienne ou sous la juridiction des colonies. On y dénombre d’ailleurs 37 colonies israéliennes et 9 000 colons, disséminés dans la vallée, en violation flagrante du droit international.

Confiscation massive

Ces dernières semaines, les démolitions de maisons se sont accélérées dans la vallée du Jourdain. Alors que la terre est déjà appauvrie, ces démolitions témoignent d’une volonté claire d’expulser les Palestiniens de leur terre, d’éliminer les plus petits villages et de transférer la population vers la zone dans et autour de Jéricho. La raison généralement invoquée pour tenter de les justifier est « l’entrainement militaire ». Rien qu’en 2012, l’armée israélienne a ordonné à 17 communautés de bergers et paysans de quitter leurs foyers de manière temporaire. Si les « zones militaires » représentent 45,7 % de la Vallée du Jourdain, 20 % du territoire est également considéré en réserves naturelles, des centaines de mines y ont par contre été installées. Enfin 250 hectares, autrefois cultivés par les Palestiniens, ont été confisqués pour la construction du Mur. En tout, sur un territoire de 160 000 hectares, Israël a confisqué 125 000 hectares, auxquels les Palestiniens n’ont aucun accès.

Les colonies israéliennes, elles, peuvent se développer en toute tranquillité et ne sont jamais inquiétées par une éventuelle expulsion. Elles produisent ainsi 60 % des dattes israéliennes et 40 % des dattes vouées à l’exportation. 51 % des dattes dites Medjool, un type de dattes renommées internationalement, sont produites dans les colonies de la vallée du Jourdain. L’exportation des dattes depuis Israël vers l’Europe et l’Amérique du Nord a par ailleurs augmenté de 16 % en 2011.

Selon l’association israélienne de défense des travailleurs, Kav La’oved, les Palestiniens qui travaillent dans ces colonies le font dans des conditions déplorables. Ils subissent des grosses pénuries en eau, vivant avec moins du quart de ce que recommande l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). « On nous a rapporté des situations où les villageois doivent parcourir plusieurs kilomètres pour accéder à un point d’eau, alors que les ressources en eau autour d’eux servent à alimenter les colonies. Celles- ci bénéficient de suffisamment d’eau pour entretenir des fermes et vergers, ainsi que des piscines ou des spas, quand les Palestiniens doivent lutter pour avoir accès à un minimum d’eau. Certaines colonies consomment près de 400 litres d’eau par personne et par jour, tandis que la consommation palestinienne se situe autour de 73 litres et entre 10 et 20 litres pour certaines communautés bédouines, qui dépendent de camions citernes, souvent coûteux et peu fiables ».

L’économie palestinienne, essentiellement agricole, perd des milliards de dollars en raison de la politique israélienne d’accès à l’eau. Les accords d’Oslo avaient déjà entériné un partage inégal de l’eau (80 % aux Israéliens contre 20 % aux Palestiniens). La situation s’aggrave. Mekorot, la compagnie nationale des eaux israélienne, surexploite l’aquifère occidentale en Cisjordanie et vend l’eau aux Palestiniens à des coûts élevés. Elle gère aussi une usine de distribution d’eau, qui s’approvisionne dans les puits de la vallée du Jourdain pour fournir de l’eau aux colonies alentour. Cette usine n’est pas reliée au réseau national et alimente 44 piscines, 28 puits et 28 stations de pompage, tous dans la vallée.

En Cisjordanie, l’agriculture dépend de systèmes d’irrigation artificiels, surtout dans la vallée du Jourdain et dans la zone de la mer Morte. Dans les colonies, l’irrigation se base sur des centres de traitement et de distribution d’eau, auxquels les Palestiniens ne sont pas reliés. Les eaux usées des colons sont quant à elles acheminées dans la vallée d’Hurkania ou dans le réservoir de Og. Les agriculteurs palestiniens n’ont pas accès à ce type de services et se retrouvent avec plus d’eau usée que d’eau potable. L’eau traitée dans le réservoir de Og est la principale source d’irrigation pour les dattes de la Vallée du Jourdain et de la Mer morte. Ce réservoir est l’oeuvre de Tamar Waters, une structure détenue par quatre colonies (Mitzpe Shalem, Kalia, Beit Ha’arava et Almog), qui est en train d’en construire un autre près, de celui d’Og. Inutile de dire que les Palestiniens n’auront pas accès à cette eau traitée.

L’expulsion silencieuse

Le potentiel économique de la vallée du Jourdain est immense. Les ressources naturelles sont riches ainsi que les possibilités de développement touristiques. Mais une poignée de colons, soutenus par l’État israélien et des agences non gouvernementales, comme l’Agence juive mondiale ou le Fonds national juif, empêche, avec force, les Palestiniens de bénéficier de ces richesses. Dans la vallée du Jourdain, nous appelons cela « l’expulsion silencieuse ».

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