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Monde

Palestine : l’impératif de traduire Israël devant la justice internationale

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 18 Mars 2013

Après quatre ans de travaux, le Tribunal Russell sur la Palestine (TRP) a organisé une ultime session, samedi 16 et dimanche 17 mars à Bruxelles, afin de rendre un verdict global. Il réclame sans attendre une saisine de la Cour pénale internationale (CPI) pour juger les crimes d’Israël et appelle la société civile, comme les gouvernements, à appuyer massivement les campagnes de boycott et de sanctions contre l’Etat hébreu.



La quatrième et dernière session du Tribunal Russell sur la Palestine à Bruxelles les 16 et 17 mars. Un hommage à Stéphane Hessel a été rendu. ©TRP
La quatrième et dernière session du Tribunal Russell sur la Palestine à Bruxelles les 16 et 17 mars. Un hommage à Stéphane Hessel a été rendu. ©TRP
Que du chemin parcouru pour les initiateurs du Tribunal Russell sur la Palestine (TRP). Quatre après sa création, une ultime session a été organisée à Bruxelles. Une dernière réunion publique qui s’est déroulée sans la présence de Stéphane Hessel, le président d’honneur du TRP décédé à 95 ans le 27 février dernier.

L'ancien résistant français n’en fut pas moins présent dans tous les esprits des participants, qui lui ont rendu un hommage appuyé en la présence de Christiane Hessel et d’éminentes personnalités, dont Roger Waters des Pink Floyd, la célèbre militante américaine pour les droits civiques Angela Davis, la lauréate du prix Nobel pour la paix en 1976 Mairead Maguire, ou encore Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine auprès de l'UE.

Le TRP plaide pour une saisine de la CPI

Le verdict du tribunal d'opinion est sans appel. Dans son communiqué final diffusé dimanche 17 mars, le TRP a réclamé une enquête de la Cour pénale internationale (CPI) sur les crimes israéliens, soulevés lors des quatre précédentes sessions. « Le Tribunal conclut qu’il donnera son soutien à toute initiative venant de la société civile et des organisations internationales visant à traduire Israël en justice devant la Cour pénale internationale. Le Tribunal demande à la CPI qu’elle reconnaisse sa juridiction sur la Palestine et demande aussi la convocation d’une séance spéciale de l’Assemblée générale des Nations Unies au sujet de l’apartheid israélien », déclare-t-il.

Théoriquement, le rehaussement du statut de la Palestine à l’ONU permet aux Palestiniens d'adhérer au statut de Rome de la CPI et ainsi de poursuivre Israël pour ses multiples crimes devant cette juridiction. Toutefois, l’Autorité palestinienne tarde à ce jour à déposer sa demande d’adhésion.

L’ONU doit se mobiliser contre l’apartheid

Le TRP recommande également « que le Comité spécial des Nations Unies contre l’Apartheid soit reconstitué », Israël ayant été accusé du crime d’apartheid lors de la session au Cap en novembre 2012 et que le Quartet pour le Moyen-Orient, qui donne « la fausse impression de présider un véritable processus de paix », soit dissout. Le Tribunal exhorte à ce que puissent être lancées des enquêtes criminelles sur les multinationales « complices des violations israéliennes », dont certaines ont été épinglées à Londres en 2011. Le jury plaide enfin pour la suspension immédiate de l'accord d'association UE-Israël et la fin de l'importation des produits provenant des colonies israéliennes.

Outre la complicité des entreprises dans les violations du droit international et des droits des Palestiniens, le rôle de l’Union européenne avait été examiné en 2010 à Barcelone, suivi par celui des Etats-Unis et de l’ONU lors de la session de New York en novembre 2012, le tout à la lumière des faits et de témoignages de plus de 150 experts et témoins. « Si vous pensez que le Tribunal se trompe dans ses déclarations, il faut que vous vous rendiez en Palestine, dans les camps de réfugiés, et que vous jugiez par vous-même. Sinon vous ne pourrez parler qu’en fonction de vos propres préjugés », a lancé Roger Waters.

Maintenir la pression sur Israël au nom de la justice

La société civile est appelée à promouvoir les travaux du TRP et à utiliser ses conclusions « afin d’entreprendre des actions pour faire face à la complicité étatique, institutionnelle et des entreprises avec les crimes commis par Israël ». Le jury a appelé dans le même temps à renforcer la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) afin de sanctionner le régime israélien.

Selon l’avocat britannique Michael Mansfield, un des nombreux experts entendus au TRP, « Stéphane Hessel (…) aurait voulu que l’on continue jusqu’à ce que le peuple palestinien puisse obtenir l’autodétermination. Nous suivrons son exemple et nous préserverons son héritage en continuant notre travail en faveur de la justice pour les Palestiniens ».

« Cette session de clôture ne marque pas la fin de nos activités mais plutôt un nouveau départ : à l’avenir, le Tribunal veillera à ce que ses recommandations et ses conclusions soient respectées et intégrées dans le plaidoyer, la militance et les actions en justice pour la Palestine », a souligné Pierre Galand, le coordinateur général.

« Puisse ce Tribunal prévenir le crime de silence », avait déclaré Bertrand Russel en 1966 lorsqu'il lança un tribunal d'opinion pour juger les crimes de guerre au Vietnam. Près de 50 ans après, les partisans du TRP entendent bien faire vivre cet adage aussi longtemps que les Palestiniens n’auront pas obtenu justice.






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