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Monde

La Palestine à l’ONU : un statut rehaussé pour quoi faire ?

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 28 Novembre 2012

Le gouvernement français a enfin fait savoir, mardi 27 novembre, qu’elle votera pour la résolution visant au rehaussement du statut de la Palestine à l’ONU, qui sera présentée devant l'Assemblée générale jeudi 29 novembre. Un soutien supplémentaire qui ne s’est pas décidé sans hésitation mais qui est plus que bienvenu pour l'Autorité palestinienne. Une fois la résolution adoptée, à quoi auront droit les Palestiniens ?



La Palestine à l’ONU : un statut rehaussé pour quoi faire ?
« Ce vote, nous allons le faire avec cohérence et lucidité. Vous savez que depuis des années et des années, la position constante de la France a été de reconnaître l'Etat palestinien. C'est la raison pour laquelle jeudi ou vendredi prochain, quand la question sera posée, la France répondra oui », a déclaré Laurent Fabius devant l’Assemblée nationale, mardi 27 novembre.

Après des hésitations, la France s’ajoute ainsi aux quelque 130 pays, sur 193 pays membres des Nations Unies, qui ont déclaré être favorables à la reconnaissance de la Palestine comme Etat observateur non-membre de l’ONU, jeudi 29 novembre. Cette dernière ne disposant pas du droit de véto, elle devrait donc adopter à une très large majorité la demande de l’Autorité palestinienne (AP), qui avait essuyé un échec face au Conseil de sécurité en 2011.

Sa demande d'adhésion de la Palestine en tant qu'État membre de l'ONU avait en effet été rejetée en raison du veto américain. Cette fois, l’AP devrait obtenir un statut similaire au Vatican, comme suggéré en septembre 2011 par... Nicolas Sarkozy.

Aujourd’hui encore, les Etats-Unis, par amitié avec Israël, sont les plus fervents opposants à la résolution. Les Européens sont une nouvelle fois divisés sur la question. La France, l’Autriche, l'Irlande, Malte, le Portugal, le Luxembourg et la Suisse (non membre de l’UE), avec sans doute l'Espagne, la Grèce, la Finlande, le Danemark et la Slovénie, vont voter oui tandis que l’Allemagne, les Pays-Bas et la République tchèque sont prêts à rejoindre le camp d’Israël. Si le Royaume-Uni, l'Italie, la Suède et la Belgique hésitent encore, le reste devrait s’abstenir.

Une adhésion pour renforcer Abbas, très affaibli

Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen, a brillé par son absence lors de la dernière crise à Gaza qui a éclaté ces derniers jours. Pourtant, le très - trop - conciliant M. Abbas a longtemps été l’interlocuteur privilégié d’Israël. Pas cette fois, au profit du Hamas. Une stratégie voulue par l’Etat hébreu, qui souhaite affaiblir un temps le rôle politique de l’AP. Les autorités israéliennes ne décolèrent pas de le voir présenter sa demande de reconnaissance de la Palestine à l'ONU, au point où le ministère israélien des Affaires étrangères propose carrément de « renverser » Abou Mazen.

La résolution adoptée, elle constituera un succès diplomatique pour le président de l’AP. Sa légitimité de l'AP est régulièrement remise en cause par les Palestiniens, lui faisant perdre de la crédibilité.

Alors que François Hollande aurait penché pour l’abstention selon des sources, le Quai d’Orsay a fait valoir que voter oui est une manière de renforcer M. Abbas face au très populaire Hamas, avec qui la France et les Occidentaux refusent de discuter car jugé « terroriste ». Rappelons au passage que l'actuel chef de l'Etat avait déclaré, dans son engagement n° 59, qu'il soutiendrait « la reconnaissance internationale de l'État palestinien ». Ses hésitations en disent long de sa volonté de ne pas froisser le gouvernement israélien, dirigé par Benjamin Netanyahu qu'il a rencontré début novembre.

Les résolutions de l’ONU un jour respectées ?

Après être devenue membre de l’Unesco en octobre 2011, c’est l’Assemblée générale qui va ouvrir à la Palestine les portes de l’ONU. Celle-ci, qui a adopté quantité de résolutions dont celles pour le droit au retour des refugiés, contre la colonisation israélienne et l’annexion de Jérusalem, s’est illustrée dans son incapacité à les faire respecter. La représentation palestinienne n’aura pas plus de facilités à les mettre en application tant qu’Israël et ses alliés ne feront aucun effort en ce sens.

Alors une question pragmatique vient à l’esprit de chacun : à quoi auront droit les Palestiniens avec un statut d'Etat non-membre ? Concrètement, l’Etat de Palestine n’existe pas et le statut seul n’aidera pas à en créer un. Les Territoires palestiniens sont toujours occupés, colonisés et complètement morcelés par Israël, qui asphyxie l’économie palestinienne, particulièrement à Gaza où le blocus est imposé depuis 2007 à l’arrivée au pouvoir du Hamas.

Le mouvement, par la voix de son chef politique Khaled Mechaal, a déclaré approuver la démarche de M. Abbas. « Nous sommes en faveur de toute initiative pour arracher un Etat palestinien sur la terre palestinienne, mais notre vision est celle d'un Etat dans le cadre des constantes et de la résistance palestiniennes », a déclaré le chef du gouvernement du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh.

Le projet de résolution fait référence à la création d'un Etat palestinien « vivant aux côtés d'Israël en paix et en sécurité, sur la base des frontières d'avant 1967 ». Mais ceci « ne signifie pas renoncer au reste de la terre palestinienne », a précisé M. Haniyeh, en référence à la Palestine mandataire d'avant 1948 sur laquelle s’est bâti Israël.

Un statut pour adhérer au CPI

Le nouveau statut de la représentation palestinienne, simple « entité observatrice » de l’ONU à ce jour, lui permettra surtout une adhésion à la Cour pénale internationale (CPI), organe ouvert aux seuls États. Les Palestiniens pourront ainsi déposer des plaintes contre les autorités israéliennes, qui se sont rendus coupables, depuis de trop longues années, de crimes de guerre - voire contre l'humanité - et d’abus du droit international.

Cependant, Israël n’est pas membre de la CPI. Il a voté contre les statuts de la Cour et n'a pas ratifié le traité de Rome reconnaissant son autorité, ce qui lui permet de ne pas appliquer les décisions. Une façon pour cet Etat de se soustraire à la justice internationale. La volonté des Palestiniens d’intenter des procès reste néanmoins intacte. Des recours avaient été déposés, notamment lors de l'opération « Plomb durci » contre Gaza en 2009, mais ont été jugés irrecevables à l'époque.

Ils pourront compter sur des soutiens de poids, dont le rapporteur spécial de l'ONU en Palestine, Richard Falk. « La communauté internationale doit agir face au refus de coopération systématique d'Israël avec les mécanismes des Nations Unies. La crédibilité de tout le système onusien et l'état de droit international en dépendent », avait-il estimé en juillet dernier. Il avait alors appelé le Conseil de sécurité à saisir la CPI pour juger Israël pour la détention illégale de Palestiniens, la colonisation et autres violations. Il serait temps.





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