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Monde

Amira, 15 ans, saisit la justice contre Israël

Première plainte au CPI

Rédigé par Leila Belghiti | Mercredi 2 Septembre 2009

Une grande première. Lundi 31 août, Amira Al Qerem, 15 ans, a déposé une plainte contre Israël à la Cour pénale internationale de la Haye (Pays-Bas). La jeune Palestinienne avait été victime de tirs délibérés israéliens durant l’opération « Plomb durci » à Gaza, lui causant de graves complications médicales.



Près de cent vingt personnes ont accompagné Amira Al Qerem à la Cour pénale internationale de La Haye, ce lundi 31 août.
Près de cent vingt personnes ont accompagné Amira Al Qerem à la Cour pénale internationale de La Haye, ce lundi 31 août.
Lundi 31 août. Il est 10 h 30 à Lille. Deux autocars, un départ en fanfare aux couleurs de la Palestine. Direction la Cour pénale internationale (CPI) de la Haye (Pays-Bas). Ils étaient quelque cent vingt sympathisants venus des quatre coins de la France, de Belgique et des Pays-Bas, pour soutenir Amira Al Qerem.

Cette jeune Palestinienne a une histoire des plus communes à Gaza. Le 14 janvier 2009, un mercredi soir, le quartier résidentiel de Tal al-Hawa, où loge la famille Al Qerem, est entouré de chars israéliens. Vers 21 heures, Fathi Dawson Al Qerem et ses trois enfants passent la nuit au rez-de-chaussée de leur maison. Avant minuit, une forte explosion retentit, réveillant les enfants, qui accourent à la porte, trouvant leur père mort, allongé sur le sol. Un deuxième tir de char vise Amira et son père, causant de graves blessures à la jambe de l'une et achevant de déchiqueter le corps de l'autre. Au troisième tir, ses deux petits frère et sœur, Ismat et Ala, sont abattus sous ses yeux alors qu’ils allaient chercher les secours.

Dans un état extrêmement faible, la jeune rescapée se réfugie alors dans une maison qu’elle connaissait pour appartenir à un journaliste, Emad Eid, de l’agence palestinienne Man’a, dont la fille était l'amie de sa sœur. Perdant plusieurs fois connaissance et n'ayant qu'une bouteille d’eau pour seul moyen de survie, elle est retrouvée le lendemain par le propriétaire, qui la conduit aussitôt à l’hôpital Shifa pour lui faire subir une série de transfusions.

Le chirurgien Mohammed Salem, un Lillois, l'a vue arriver à l'hôpital. Après des soins intensifs et une opération chirurgicale, il tente de la faire sortir du territoire. Refus de la police égyptienne. Dernier espoir : la Jordanie, où elle peut entrer mais non se faire soigner. Après maints efforts diplomatiques, elle peut enfin venir en France, début août. Au bout de trois semaines de traitements durant lesquelles elle subit une deuxième opération chirurgicale de la jambe, son état s’est « largement amélioré », d’après le Dr Salem, qui l’a suivie durant toute cette période. Cependant, elle souffre toujours du syndrome post-traumatique.

Amira Al Qerem demande une enquête pour crime de guerre et crime contre l'humanité auprès de la CPI.
Amira Al Qerem demande une enquête pour crime de guerre et crime contre l'humanité auprès de la CPI.

Amira réclame justice

Amira ne s’en arrête pas aux soins médicaux. Avec un petit air timide et déterminé, elle dit à qui veut l’entendre qu’elle souhaite « obtenir justice ».

La loi israélienne interdit aux Palestiniens de porter plainte contre Tsahal. Seul recours : la CPI, qui a vu le jour il y a cinq ans, à la suite de la signature du traité de Rome. Son rôle est de poursuivre les crimes les plus graves tels les génocides, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité.

Au 1er avril 2009, 108 États ratifient le traité de Rome et reconnaissent l’autorité de la CPI, à l’exception de l’État d’Israël, ce qui pourrait compliquer la procédure.

« La démarche d’Amira est novatrice, et s’inscrit dans un idéal de la justice », analyse Maître Gilles Devers, un avocat lyonnais en charge du dossier de la jeune fille. Déterminé, il affirme détenir des preuves indiscutables sur cette affaire : « Les faits sont très circonstanciés, nous attendons Israël sur le terrain du droit et de la justice. »

Avec lui, vingt signataires. Parmi eux, parlementaires, associations, telles que EuroPalestine, et quatorze avocats. « On a dû limiter le nombre de signataires », confie-t-il à Saphirnews, avant d’accompagner Amira au Tribunal pour y déposer la plainte, et en revenir sous les applaudissements de la foule venue la soutenir.

Le Dr Mohammed Salem et la sénatrice Alima Boumédiene-Thiery font partie de la délégation.
Le Dr Mohammed Salem et la sénatrice Alima Boumédiene-Thiery font partie de la délégation.

Rapport

La sénatrice française Alima Boumédiene-Thiery, qui faisait partie du voyage, s’est dit « épatée par tant de courage », ajoutant qu’elle regrettait « l’absence de [ses] collègues politiques dans cette lutte contre l’impunité ».. Côté israélien, on ne s’est pas encore prononcé.

« Il ne peut y avoir de paix durable sans respect pour les droits de l’homme et sans responsabilité pour les violations des droits de l’homme », a déclaré Navi Pillay, la Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, le 14 août à Genève.

L’enquête confiée par le Conseil au juge Richard Gladstone sur les violations commises à Gaza en hiver 2008 donnera lieu à un rapport qui sera présenté le 29 septembre prochain. Un appui qui sera non négligeable pour le dossier d’Amira, devenue malgré elle porte-parole des enfants palestiniens.

Pour la jeune fille, pas question de rester en France, « ma vie est à Gaza », insiste-t-elle, le regard doux et fatigué. Elle voulait devenir journaliste. Son rêve s’est brisé, elle ne le veut plus : « Les chirurgiens sont plus utiles que les journalistes. »








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