Connectez-vous S'inscrire






Points de vue

Le vendredi : ni un shabbat, ni un dimanche musulman

Rédigé par Seyfeddine Ben Mansour | Vendredi 14 Décembre 2012



Le vendredi : ni un shabbat, ni un dimanche musulman
Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a déclaré dans Le Parisien, mardi 30 octobre, qu’un retour à la semaine de 39 heures n’était « pas un sujet tabou ». Cette remise en cause d’un acquis social majeur a suscité un tollé, au point que le chef du gouvernement aura dû assurer le jour même sur France Info qu’il n’était « pas question de revenir sur les 35 heures ».

Réforme emblématique de la gauche, les 35 heures sont généralement associées aux RTT et à l’allongement du week-end. L’idée d’un jour de repos hebdomadaire, aujourd’hui si familière, est restée, jusqu’à l’aube des temps modernes, absolument étrangère à la majeure partie de l’humanité.

Sécularisée par les différentes législations sociales à travers le monde, c’est à l’origine une pratique religieuse juive – le shabbat –, dont héritera le christianisme sous la forme du repos dominical. On a coutume, à tort, d’y associer le vendredi, «shabbat ou dimanche musulman ».

Si plusieurs pays musulmans ont fait du vendredi un jour de repos officiel, il s’agit, ici comme ailleurs, de répondre aux exigences de la vie moderne. Tous n’ont pas opté pour ce jour culturellement symbolique : la Turquie ou la Tunisie, par exemple, ont adopté le dimanche. Le vendredi est d’ailleurs, dans son essence, un jour consacré au culte public, et, en aucune manière, un jour de repos.

Malik Ibn Anas (711-795), fondateur d’une des quatre écoles juridiques de droit musulman sunnite, rapporte ainsi que les Compagnons du Prophète désapprouvaient le choix de certains musulmans de Médine, qui s’abstenaient de travailler le vendredi, sur le modèle des juifs et des chrétiens. Par ailleurs, il est notable que l’institution, sous le règne du calife al-Mu’tadid (892-902), de deux jours de fermeture hebdomadaire des administrations publiques – les jeudis et vendredis – n’ait pas donné lieu historiquement à un usage établi.

Un jour de fête pour les musulmans

La chose souligne ici en creux la conception du vendredi comme jour de culte et non de repos hebdomadaire. Envisagée d’un point de vue théologique, cette différence ressortit au fait qu’en islam Dieu ne s’est pas « reposé le septième jour » (Exode XX, 11).

« Jour de l’assemblée » par excellence, conformément à son étymologie (yawm al-jum‘a), le vendredi voit se réunir les fidèles chaque semaine à l’heure de la prière du dhuhr (milieu du jour). Ils écoutent les deux sermons de l’imam, puis effectuent la prière collective. Chacun, conformément à la Tradition aura pris un bain, mis des vêtements propres, de préférence blancs, aura taillé ses ongles, sa barbe ou se sera rasé de frais, avant de se parfumer, et de se rendre à la mosquée en marchant avec calme et dignité.

Si le vendredi est une véritable fête, c’est qu’en islam ce jour est béni entre tous.

Un hadith rapporté par Ibn Maja affirme en effet que « le jour du vendredi est le maître des jours, le plus important auprès de Dieu. Il est plus important que le jour du Sacrifice et le jour de la rupture du jeûne. […] C’est un vendredi que Dieu a créé Adam, c’est un vendredi que Dieu fit descendre Adam sur Terre, c’est un vendredi que Dieu se saisit de l’âme d’Adam, c’est dans la journée du vendredi que se trouve une heure où Dieu exauce les demandes de celui qui l’adore, quelles qu’elles soient, tant qu’il ne demande pas quelque chose d’inutile. Et c’est un vendredi que viendra l’Heure dernière [i.e. le Jugement dernier] ».

Le Coran souligne enfin l’importance de cette prière collective, et de cette fête, qui rythme, de semaine en semaine, la vie de la communauté des musulmans : « Lorsque l’appel à la prière du vendredi se fait entendre, hâtez-vous d’y répondre, cessant toute activité ! » (Al-Jumu'a, s. 62, v. 9).