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Points de vue

Islam : représenter ou servir le culte ?

Rédigé par Farid Abdelkrim | Lundi 30 Mars 2015



Islam : représenter ou servir le culte ?
En France, la pluralité d’approches de l’islam semble devoir rimer encore très longtemps avec l’impossibilité de pouvoir unifier les musulmans. Faut-il se résigner ? Et/ou s’en réjouir ? Et si, au fond, c’était une bonne chose ?

Organiser l’islam en France… Dans quel but ?

Croire qu’organiser signifie représenter est une erreur fatale. Un raisonnement simple permet de s’en convaincre. Nul n’ignore que la République ne reconnaît aucune autre communauté en dehors de la communauté nationale. Elle n’admet que des citoyens. Raison pour laquelle le seul habilité à les représenter et ce, quels que soient leur sexe, leur origine, leur confession…, c’est l’État. Cette même République ne reconnaît pas non plus les cultes.

On peut alors se demander pourquoi le culte musulman aurait besoin de représentants ? Pour l’organiser ? Soit, mais pour qui ? Certainement pas pour l’État qui, s’il ne reconnaît pas le culte, n’a pas plus de raisons de reconnaître son organisation.
En revanche, le culte aurait de bonnes raisons d’être organisé en vue d’être adéquatement mis au service des croyants. Or, pour ce faire, ce dont ont besoin ces derniers, ce sont non pas des représentants, mais des serviteurs. C’est par conséquent précisément ce service qu’il faut organiser.

En finir avec la course à la représentation

S’évertuer à offrir un service aux usagers du culte musulman pour en finir avec la course à la représentation. Un objectif qui convoitera non plus la reconnaissance par l’État mais bel et bien celle des bénéficiaires de ce service.

En déplaçant ainsi l’enjeu, il s’ensuivra que :
1. L’État n’aura plus vocation à exiger un (des) représentant(s).
2. Aucune organisation ne revendiquera la représentation de qui que ce soit.
3. Ce qui fera un sujet polémique de moins à traiter par les médias.
4. Enfin, les citoyens français croyants de confession musulmane ne se sentiront plus obligés de dire : untel ne me représente pas !

Organiser ce service en vue d’en améliorer les performances deviendrait l’unique raison d’être d’une instance fédératrice. Seule la volonté des organisations désireuses de se voir fédérées dans ce but légitimerait sa création. En replaçant le fidèle au centre de ses préoccupations, une telle instance instaurerait une saine émulation et mutualiserait les expériences les plus concluantes.

Rendre audible le sens de la quête

L’un des services à améliorer en priorité et de toute urgence, c’est le discours. Pour ne pas se tromper de Dieu, l’imam et théologien Tareq Oubrou invite à penser une théologie de l’acculturation. Inventer un islam d’ici et d’aujourd’hui, véhiculé par un discours bâti sur les bases solides d’une théologie préventive, de sorte que personne ne puisse en déduire la possibilité d’une quelconque dérive sectaire. Vaste chantier certes, mais ô combien central.

De quoi s’agit-il ? Rendre audible et intelligible le sens de la quête pour qui est en quête de sens. Une œuvre de salut public en somme, qui, sans le concours en bonne intelligence des familles, des politiques, de l’école, des médias, des associations musulmanes en charge du culte, des théologiens et des intellectuels, est vouée à l’échec.

Se dire représentant de cette réflexion, n’est-ce pas se mettre au service de la prévention ?

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Farid Abdelkrim, ancien membre de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) et cofondateur et président de Jeunes musulmans de France (JMF), est l'auteur de plusieurs ouvrages. Dernière parution : Pourquoi j'ai cessé d'être islamiste, Itinéraire au cœur de l'islam en France (Les points sur les i, 2015).