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Politique

Islam de France : Hakim El Karoui promeut la création d'une AMIF contre l'islamisme, le CFCM s'y oppose

Rédigé par | Lundi 10 Septembre 2018

Dans un nouveau rapport de l'Institut Montaigne sur la réorganisation de l'islam de France, l'essayiste Hakim El Karoui pointe le danger de l'islamisme bien que le phénomène soit minoritaire auprès des musulmans de France. Il préconise pour cela la création d'une association musulmane pour l’islam de France (AMIF). Une proposition qui fait grincer bien des dents, particulièrement du côté du Conseil français du culte musulman (CFCM) qui s'y oppose fermement.



Islam de France : Hakim El Karoui promeut la création d'une AMIF contre l'islamisme, le CFCM s'y oppose
Après le rapport sur l’islam de France en 2016 et celui sur la politique arabe de France en 2017, Hakim El Karoui est à nouveau l’auteur d’un rapport pour le compte de l’Institut Montaigne publié dimanche 9 septembre portant, cette fois, sur « la fabrique de l’islamisme » en France que l’essayiste définit comme une idéologie qui « porte une interprétation du monde, une vision de l’organisation de la société et un rôle donné à la religion dans l’exercice du pouvoir ».

Bien que divers courants de l’islamisme – du « frérisme » au wahhabisme – existent, diffèrent sur plusieurs points et même se combattent, tous entendent, selon lui, « codifier et normer les rapports sociaux » comme les relations homme-femme ou encore les normes alimentaires, économiques, vestimentaires des musulmans.

Sur la base d’une « étude approfondie des réseaux sociaux », Hakim El Karoui pointe particulièrement du doigt la montée du salafisme, attestant que « le discours salafiste a réussi à s’imposer comme la référence à partir de laquelle les musulmans doivent penser leur conception de la pratique religieuse ».

L'AMIF pour lutter contre l'islamisme

Tout en signalant que les « musulmans influencés par l’islamisme » ne représentent qu’une petite poignée des musulmans de France, cette minorité s’affirme et se démarque grâce à ce que Hakim El Karoui définit comme « une volonté de se distinguer du reste de la population, d’apparaître comme une communauté à part, voire même en rupture pour les plus radicaux ».

Face à ce constat, « une réorganisation du culte pour lutter contre l’islamisme est indispensable ». L’auteur préconise en premier lieu la création d’une « institution chargée d’organiser et de financer le culte musulman (formation et rémunération des imams, construction des lieux de culte, travail théologique et lutte contre l’islamophobie et l’antisémitisme) : l’association musulmane pour l’islam de France (AMIF) ».

Cet organe « viendrait pallier les lacunes organisationnelles et conflits d’intérêts des organes actuels » face à « la place prépondérante laissée aux pays d’origine des familles musulmanes et la mauvaise gestion de l’argent lié au commerce du halal, du pèlerinage et des dons individuels (qui) empêchent l’émergence d’un islam géré en France par des Français en fonction des intérêts des musulmans de France ».

« L’islam de France, contrairement à ce que l’on dit, n’est pas pauvre. Il faut simplement que ceux qui l’appauvrissent s’écartent de la gestion des flux financiers liés à lui et qu’une gestion saine permette de réguler le marché des consommations islamiques tout en permettant la constitution d’une caisse centrale destinée à servir l’intérêt général », lit-on dans le rapport qui appuie la nécessité de la production d’un contre discours religieux que les musulmans sont seuls à pouvoir réaliser.

« Car la solution viendra d’eux : si les non islamistes laissent leur religion aux islamistes, ils auront une part de responsabilité dans la dégradation de la situation. Quant à l’État qui a en charge la cohésion nationale, il ne peut rester indifférent face au séparatisme promu par certains groupes islamistes. Mais, sur le plan religieux, il ne peut au mieux que jouer un rôle de facilitateur compte tenu de la laïcité de la République française », poursuit le document, dans lequel est préconisé de « relancer l’apprentissage de la langue arabe » dans les écoles de la République. Un enjeu défini comme « majeur tant les cours d’arabe sont devenus pour les islamistes le meilleur moyen d’attirer des jeunes dans leurs mosquées et écoles ».

Une AMIF à laquelle s’oppose fermement le CFCM

Gérard Collomb a salué, dans un communiqué en date du lundi 10 septembre, le rapport sur l’islamisme, en signifiant qu’« une meilleure connaissance de ce phénomène est indispensable pour pouvoir relever les défis de l'islam de France ». Le ministre de l’Intérieur déclare par ailleurs avoir pris bonne note des propositions formulées par Hakim El Karoui s’agissant de la création d’une AMIF ou encore d’un « Tracfin islamique » chargé de la régulation des flux financiers dont il considère qu'elles « sont très intéressantes et appellent à un rassemblement et une mobilisation des musulmans républicains en France ».

Le projet portant création d’une AMIF, qui fait parler d'elle depuis quelques mois, n’est en revanche pas pour plaire au Conseil français du culte musulman (CFCM). Pour Ahmet Ogras, contacté par Saphirnews, cette structure serait « constitué d'experts de l'extérieur du culte musulman, hors du terrain, elle n'aura pas de légitimité en ce sens. C'est aux musulmans de prendre leur destin en main et de créer leurs propres outils de travail »

Au CFCM, « nous prenons nos responsabilités », indique son président, en signalant la création dernière de l'Association pour le financement et le soutien au culte musulman (AFSCM) dont les statuts ont été déposés « vers la fin du mois d'août ». Il faut dire que cette structure, dans ses objectifs globaux, entre en concurrence frontale avec l’AMIF que Hakim El Karoui affirme publiquement ne pas vouloir présider. « Ce n’est pas mon objectif. (…) L’organisation de l’islam, ce n’est pas ma vie », a-t-il déclaré sur RTL dimanche 9 septembre.

Lire aussi : Les fédérations font front commun autour du CFCM pour lancer l’Association pour le financement du culte musulman

La création d’un « Tracfin islamique » jugé discriminatoire

Quant au « Tracfin islamique », Ahmet Ogras s'y oppose fermement : « Cela nous rappelle une période sombre de l'histoire avec les juifs de France. C'est dire que les flux pour financer le culte musulman sont d'emblée considérés comme suspects. Il n'y a pas besoin de créer un outil spécifique aux musulmans ».

Même son de cloche pour Anouar Kbibech : la création d’un « Tracfin », qui renvoie dans les esprits à des affaires de financements occultes, de blanchiment d’argent ou encore de financement au terrorisme, « dénote d’une présomption de culpabilité » envers le culte musulman. Un dispositif « discriminatoire », note aussi la sénatrice Nathalie Goulet, qui fut co-rapporteure de la mission d'information sur l'organisation, le fonctionnement et le financement de l'islam de France.

Pour le vice-président du CFCM, un éventuel adoubement de cette proposition de Hakim El Karoui, comme celle sur l’AMIF, par l'Elysée serait un mauvais signal pour les musulmans. « Emmanuel Macron doit être là pour nous accompagner (le CFCM), il n'a pas à valider ce qui est de l'ordre d'une ingérence directe de l'Etat dans les affaires du culte musulman », estime Ahmet Ogras. Le chef de l'Etat saura-t-il être sensible à cet argument ou Hakim El Karoui l'emportera-t-il ? Il devrait faire valoir son point de vue sur le dossier Islam de France dans les prochaines semaines.

Pour lire le rapport de l'Institut Montaigne dans son intégralité, cliquez ici

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur