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Société

Aux Invalides, la France dit adieu à Edgar Morin, « un destin exceptionnel dans le siècle »

Rédigé par Lina Farelli | Mercredi 3 Juin 2026

           

Un hommage national a été rendu, mercredi 3 juin, au philosophe Edgar Morin, mort le 29 mai à l'âge de 104 ans. Emmanuel Macron a présidé la cérémonie dans la cour du Dôme des Invalides.



Un hommage national aux Invalides a été rendu, mercredi 3 juin, au philosophe Edgar Morin, mort le 29 mai à l'âge de 104 ans. © X/Emmanuel Macron
Un hommage national aux Invalides a été rendu, mercredi 3 juin, au philosophe Edgar Morin, mort le 29 mai à l'âge de 104 ans. © X/Emmanuel Macron
Sous un portrait en grand format du philosophe arborant son éternel sourire, la France a rendu un dernier hommage à Edgar Morin. La cérémonie, présidée par Emmanuel Macron, s'est tenue dans la cour du Dôme et non, comme le veut la tradition, dans la cour d'honneur pavée, en raison de travaux. En présence de son épouse, l'intellectuelle marocaine Sabah Abouessalam, le moment a réuni l'ancien président François Hollande, le Premier ministre Sébastien Lecornu, nombre de ses prédécesseurs ou encore le chef du gouvernement marocain Aziz Akhannouch, qui a représenté le roi Mohammed VI.

Macron salue un homme qui a appris « à penser contre lui-même »

Dans un discours d'une quinzaine de minutes, Emmanuel Macron a retracé le parcours d'un intellectuel hors norme, théoricien de « la pensée complexe ». Face au cercueil du défunt sur lequel était posé son chapeau, il a salué « un destin exceptionnel dans le siècle », un « humaniste planétaire certes, mais irréductiblement français toujours pour ses combats de liberté, d'égalité, d'émancipation, de fraternité aussi avec tous les peuples privés de leurs droits ».

Le président a évoqué « l'enfant de Ménilmontant », quartier populaire de Paris, d'un « enseignement laïque », « vibrant de son identité de Français juif, traqué, opprimé », résistant face à l'occupant nazi, très critique des agissements d'Israël contre le peuple palestinien. Il a rappelé comment, après-guerre, Edgar Morin, encore soldat, s'établit un temps en Allemagne et en « tira un livre à rebours de l'époque pour défendre l'idée de l'Allemagne qu'il aimait, l'idée de l'Europe qu'il aimait et ses idées dont il espérait la renaissance ».

Revenant sur l'exclusion du philosophe du PCF et ses propres remises en question face au stalinisme, le chef de l’Etat a rendu hommage à un homme qui « avait appris à penser contre les apparences, contre les écoles, parfois contre lui-même ». Et d'ajouter : « Pour lui, la vérité ne résultait jamais d'un seul camp, d'un seul dogme. L'engagement ne pouvait être l'embrigadement et l'avenir était promis au chaos si l'on cédait à l'accablement ou à l'inaction. » « Cette énergie française, généreuse, ambitieuse, universelle, va continuer de renaître », a-t-il affirmé, ponctuant son éloge par un « Merci Edgar ».

Un hommage aussi rendu par le Maroc

Dans un communiqué transmis à l'AFP dès l'annonce du décès, son épouse Sabah Abouessalam avait écrit : « Jusqu'à ses derniers jours, Edgar Morin est demeuré attentif au monde, aux autres et aux grands enjeux humains qui ont nourri sa pensée. » Dans un texte plus intime publié dans La Tribune du Dimanche, elle avait évoqué un désir de vivre qui ne l'avait jamais quitté, et appelé chacun à prolonger, à sa manière, ce qu'il portait : « son humanisme, sa sagesse et son amour des hommes ».

Le Maroc, où Edgar Morin vivait une partie de l'année ces dernières années, a aussi rendu hommage au philosophe à son décès. « Edgar Morin nourrissait un attachement profond au Maroc où il noua des amitiés fidèles. Il aimait rappeler l’enracinement historique du Maroc en saluant une Civilisation qui avait su ressusciter le Nous dans un monde fragilisé par les tentations du repli et les illusions du déni de l’Autre », lit-on dans un message adressé par le roi Mohammed VI avant la tenue de l'hommage national.

Après l'éloge funèbre présidentiel, la sonnerie Aux morts a retenti, suivie d'une minute de silence et de la Marseillaise. L'orchestre de la Garde républicaine avait auparavant joué Le Chant des partisans, en hommage au résistant. Edgar Morin a ensuite été inhumé dans l'après-midi au cimetière du Montparnasse, dans le 14e arrondissement de Paris.

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