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Sur le vif

Hommage au philosophe et humaniste engagé Edgar Morin, mort à l'âge de 104 ans

Rédigé par Lina Farelli | Samedi 30 Mai 2026

           


Le célèbre philosophe français Edgar Morin est mort, vendredi 29 mai, à l'âge de 104 ans. Ici sur le tournage de Edgar Morin, Chronique d'un regard. CC BY-SA 4.0
Le célèbre philosophe français Edgar Morin est mort, vendredi 29 mai, à l'âge de 104 ans. Ici sur le tournage de Edgar Morin, Chronique d'un regard. CC BY-SA 4.0
« Jusqu’à ses derniers jours, Edgar Morin est demeuré attentif au monde, aux autres, et aux grands enjeux humains qui ont nourri sa pensée. » Ces mots sont celles de son épouse, Sabah Abouessalam Morin, qui a annoncé, samedi 30 mai, dans un communiqué, la mort du célèbre philosophe français. Edgar Morin s'en est allé vendredi 29 mai à l'âge de 104 ans.

Né le 8 juillet 1921 à Paris dans une famille juive originaire de Salonique en Grèce, Edgar Nahoum a rejoint le Parti communiste en 1941 et entre dans la Résistance où il prend alors le pseudonyme de Morin. En 1951, celui qui a été antifasciste libertaire pendant la guerre d'Espagne au cours de ses jeunes années finit par s'éloigner du PCF avant d'en être exclu en raison notamment de ses vives critiques contre le stalinisme.

Un philosophe aux nombreux engagements humanistes

Ce théoricien de la « pensée complexe », qu'il développe dans les six volumes de La Méthode écrits entre 1977 et 2004, est auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages au cours de sa vie. Ses œuvres et ses prises de positions étaient largement reconnus au-delà des frontières françaises. Edgar Morin était docteur honoris causa dans pas moins de 38 universités étrangères. Profond humaniste, le sociologue et historien s'est engagé contre la guerre d'Algérie ou encore contre les agissements criminels d'Israël à l'égard des Palestiniens.

Coauteur de l'article « Israël-Palestine : le cancer » en 2002 affirmant que « les juifs qui furent les victimes d'un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens », il fait l'objet de poursuites pour antisémitisme par deux associations. Il finit par gagner son procès en cassation en 2005.

Dans un entretien à Saphirnews en 2004, il assumait totalement ses critiques envers Israël : « Tout ce qui est fondé sur le mépris d’autrui, sur l’humiliation d’autrui ou sur le fait de traiter autrui comme une chose, comme un objet, c’est une chose qui me révolte, qui m’indigne et qui me fait souffrir. Donc, dans l’histoire contemporaine, le cas du peuple palestinien est malheureusement terriblement exemplaire. » Ajoutant même : « Peut-être même que c'est parce que je suis d’origine juive que je suis sensible à l’humiliation et que ça me semble absolument effrayant d’un point de vue humain que des gens qui ont été les héritiers de générations de personnes humiliées par les chrétiens, par les nazis, soient capables de faire subir ce qu’ils ont subis à d’autres. D’autant plus que les autres n’ont jamais été participants aux persécutions contre les juifs. »

Dans les années 2010, Edgar Morin a noué des relations intellectuelles avec Tariq Ramadan, faisant naître le livre d'entretiens Au péril des idées en 2014, quelques années avant que les accusations de viols ne viennent entacher l'image de l'islamologue suisse. « Je sais qu’une cabale fixée sur la personnalité de Tariq Ramadan s’était déchainée avant ce scandale et qu’elle utilise ce scandale pour le détruire. J’ai horreur du lynchage médiatique et je ne mêle pas ma voix aux enragés. Mais je ne peux pas être moins ému par ce qu’ont souffert les victimes de Tariq Ramadan que par celles de Weinstein et autres victimes de viols et violences », avait-il alors écrit dans une tribune parue sur Mediapart en novembre 2017 après que l'affaire a éclaté.

Parmi ses nombreux engagements humanistes, on retiendra aussi beaucoup du philosophe, qui a passé énormément de temps au Maroc ces dernières années, son combat pour l'écologie. « Soldat de la Résistance, militant et affranchi, écrivain et penseur du siècle, défenseur de la nature et des peuples, Edgar Morin était l’humanisme fait personne. Avec sa bienveillance, sa curiosité, il ne cessait de nous éclairer. Pensée complexe, vie féconde, esprit universel. J'adresse à ses proches les condoléances de la Nation », a fait savoir, samedi 30 mai, le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, qui avait reçu le philosophe pour ses 100 ans en juillet 2021.

Les hommages pleuvent depuis l'annonce de son décès, particulièrement dans les rangs de la gauche. Le leader de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, a adressé un « salut ému » à la mémoire d'Edgar Morin. « Antifasciste, résistant, théoricien de la complexité, il avait été d'abord en équipe à son début le sociologue de la "rumeur d'Orléans", modèle du complotisme d'avant les réseaux sociaux. Lucide, bienveillant, penseur, il avait à 102 ans pris sa part dans la protestation contre le massacre des Palestiniens à Gaza. Un exemple ne meurt jamais. » « Aujourd’hui, le vide qu’il laisse est immense, a fait part son épouse. Mais son courage, sa fidélité aux êtres et aux idées, son exigence morale et son espérance continuent de nous accompagner. »

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