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Points de vue

Sorties scolaires, laïcité et islam : Macron sort de son silence et rappelle la loi de 1905

Rédigé par Asif Arif | Lundi 16 Avril 2018



Sorties scolaires, laïcité et islam : Macron sort de son silence et rappelle la loi de 1905
Les propos du président de la République tenus dimanche 15 avril lors de son interview télévisée étaient encourageants sur les questions d'islam et de laïcité, bien que nous puissions trouver des éléments de réflexion à creuser. D’abord, concernant les parents accompagnateurs, le président est revenu sur la position de son ministre de l'Edication nationale Jean-Michel Blanquer, tout en le défendant, et estime qu’il faut se conformer à la « jurisprudence ».

Pour être précis, deux éléments corroborent juridiquement la position du président de la République : une étude claire et précise du Conseil d’Etat (qui ne s’est pas prononcé par voie de décision sur la question) et un arrêt du tribunal administratif de Nice qui a tranché la question via la motivation d’une décision de refus. Ces deux éléments étaient également appuyés par la position de l’ancienne ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem qui avait estimé, lors d’une audition auprès de l’Observatoire de la laïcité, que « tant qu’il n’y avait pas d’actes de prosélytisme », les parents accompagnateurs n’étaient pas tenus par le principe de laïcité ; ils étaient donc libres de porter un voile, puisque c’est de signe religieux dont il s’agit.

Le président Macron, en suivant cette lignée, a eu la décence de ne pas ajouter de l’huile sur le feu et estime donc que les parents accompagnateurs ne sont pas des représentants de l’Etat au sens propre et que la qualité de citoyen l’emporte. Cela mérite d’être salué. Nous émettrons toutefois un petit bémol lorsque le président estime que l’islam est une religion « nouvelle » pour notre République.


L’islam et ses fidèles ne doivent pas être vus comme des menaces pour notre pays

Lorsque la loi de 1905 fut adoptée, l’Algérie était une colonie française mais, étrangement, le législateur de l’époque avait décidé de ne pas appliquer ce régime de la laïcité de l’Etat à l’Algérie. Il est difficilement concevable que l’islam soit une religion nouvelle en terre républicaine. Cela donne également l’impression que la laïcité ne sied pas à l’islam. Or, le pacte de Médine et bien d’autres événements suivant l'avènement de l’islam sont les prémices d’une laïcité. Il est dommage que ces éléments n’aient pas été davantage mis en avant.

Le président a assuré « qu'il respecte les femmes voilées » mais voudrait s’assurer « qu'une femme voilée l'est par choix ». Concernant le voile et la contrainte faite aux femmes de le porter, notre arsenal législatif contient plusieurs articles permettant de réprimer ces violations du droit pénal. Or, il est bon de rappeler que la grande majorité des femmes le portant, sinon la quasi-unanimité, le font en connaissance de cause, notamment par spiritualité ou en raison d’un rapport qu’elles entretiennent avec Dieu. Le livre de Faïza Zeroula Des voix derrière le voile est très instructif sur ce sujet.

L’islam et les pratiquants de cette religion ne doivent pas être vus comme des menaces pour notre pays mais comme des forces vives qui peuvent contribuer à son enrichissement intellectuel, culturel ou encore économique et social.

Les reléguer constamment à leur religion est contre-productif et nourrit d’ailleurs une forme de contradiction par rapport au « Made in France » ou au « Make France great again » que le président tente de défendre sur la planète. N’oublions pas que le but du terrorisme est de détruire notre vivre ensemble en désignant un bouc émissaire. A nous de ne pas tomber dans le panneau et à créer une réalité du vivre ensemble dans le respect de nos différences.

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Asif Arif est avocat au Barreau de Paris, auteur spécialisé sur les questions d’islam et de laïcité.

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