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Points de vue

Palestine : lettre à mon fils

Rédigé par Oum Rayan | Mardi 15 Juillet 2014



Depuis que tu es né, j’ai essayé de t’inculquer des valeurs et tu as su les porter du haut de tes neuf années. Bientôt dix.

Tu tiens ta main dans la mienne et tu m’accompagnes à chacune de nos découvertes, là où nos vadrouilles nous ont emmenés. Comme ma mère, qui m’a enseigné la guerre d’Algérie sans la haine, je t’ai expliqué avec des mots simples la situation qui était celle de ta famille paternelle, là-bas, à Gaza.

Je t’ai expliqué aussi comment le parcours de ton père avait été difficile, tout comme celui de sa famille, qui a été la mienne quand je me suis retrouvée en Palestine avec le projet fou d’y enseigner. Ils m’avaient alors accueillie comme une des leurs avec une simplicité et une noblesse, celle qui relève de la dignité, la même que j’ai retrouvée en février dernier quand nous avons arpenté les rues d’Alger.

Tu as bientôt dix ans et nous n’avons effectué qu’un seul voyage en Palestine. Sur tes dix années d’existence effectivement, la frontière a souvent été fermée. Tu as pu alors découvrir tes grands-parents, tes oncles et tes tantes, tes cousins. Tu as pu aussi constater qu’il n’est pas évident de manger à la lumière d’un portable, même si cela nous a donné beaucoup de fous rires. À six ans, c’est comme un jeu de manger dans le noir et de faire de la lumière à tous avec l’unique lampe torche de la maison.

Malgré le dénuement, la chaleur humaine qui régnait dans cette contrée nous a suffi pour nous ressourcer. En découvrant ton grand-père, tu as pu t’inscrire dans une lignée, celle des hommes dignes, empreints d’une forte foi, celle d’un homme qui n’a connu que l’occupation et la guerre et qui a passé sa vie à protéger sa famille et à louer Dieu en toutes circonstances. Spontanément, tu l’avais serré dans tes petits bras comme si tu l’avais côtoyé toute ta vie, c’était la première fois que tu le rencontrais.

Je te laisse grandir avec cette conviction que tu as affichée si souvent, celle d’un petit garçon droit dans tes bottes, qui s’affirme français, algérien et palestinien, sans que cela te pose aucun souci. Les valeurs qui te portent, te permettent d’harmoniser tout cela : le respect de l’humanité, le refus de l’injustice, l’attente du jour des comptes (celui de Dieu comme une certitude, celui des hommes comme une probabilité, celui de l’Histoire comme une conviction) quand tu m’affirmes que tu es musulman et que tu interprètes le monde en mettant en évidence la faillite morale et l’élévation.

Oui, mon fils, ta piété filiale s’exerce d’une manière peu commune, ce grand-père est présent par ses coups de fil, fréquents et bienveillants. Ton rôle est seulement de grandir, de devenir un homme. Un jour, tu te lèveras, ta mère t’aura appris l’engagement, en te transmettant tout un héritage latent. Tu fais partie de ces peuples qui ont refusé l’asservissement. Tu deviendras un homme et tu te lèveras pour la Palestine pour prendre une revanche pour les tiens.

Comme aujourd’hui, nos vies sont une revanche pour tous les miens qui sont morts pour que nous soyons libres. Il y a 50 ans l’Algérie devenait libre et ce projet était insensé, combien d’insurrections avaient vu le jour depuis 1830 avant d’aboutir à ce moment : 130 ans de souffrance, des millions de morts.

Insha Allah, nous irons à Gaza encore d’autres fois et, un jour, mon fils, vois-tu, ce bout de terre sera libre. L’Histoire ne s’écrira pas autrement, je prie Dieu seulement de laisser en vie ton grand-père, ce pilier dans notre vie, pour que nous puissions encore profiter de sa présence. Petite prière en ce mois béni. Amin.