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Monde

Manif pour Gaza : la LDJ peut-elle tout dire et la presse, tout croire ?

Retour sur l'affaire des synagogues attaquées

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 14 Juillet 2014



Des milliers de personnes à travers la France ont manifesté ce weekend leur solidarité à l’égard des Palestiniens. Ils étaient 30 000, dimanche 13 juillet, selon les organisateurs (7 000 selon la police) à avoir fait le déplacement à Paris pour dénoncer la nouvelle intervention militaire d’Israël contre Gaza. La manifestation s’est globalement bien déroulée, sans nul slogan antisémite, comme a pu le constater notre rédaction disséminée dans le très long cortège amené par une dizaine d’associations.

Pourtant, les titres de dépêches ont donné autre chose à voir de la manifestation : la plupart finissent par ne souligner que l’existence des heurts qui ont éclaté à l’issue de l’action. Saphirnews vous dévoile les dessous de ce moment avec des éléments inédits.

Des heurts provoqués par les militants sionistes

Des échauffourées ont effectivement surgi par deux fois entre un groupe – limité – de jeunes présents à la manifestation et la police. Le pourquoi, oublié des dépêches, est intéressant à énoncer tant il vient donner un autre regard des événements, sans pour autant les excuser. La Ligue de défense juive (LDJ) avait appelé dès le 11 juillet à un rassemblement de soutien à Israël devant la synagogue de la Roquette, non loin de la Bastille où devait prendre fin la manifestation pro-palestinienne. Des membres de ce groupe radical, en soif de découdre avec des « pro-palos », ont décidé de se rendre, insultes à la bouche, au plus près des jeunes qui, malgré les multiples appels des organisateurs à ne pas céder à la provocation, se sont lancés à la poursuite des militants sionistes.

Le traquenard est bien ficelé : ces derniers finissent par se réfugier à la synagogue, faisant ainsi croire que ces « hordes de jeunes », qui n’étaient pour la plupart pas au courant qu’ils se laissaient amener vers le lieu de culte, sont venus s'en prendre aux « juifs ». C’est sur les réseaux sociaux que les mensonges de la LDJ prennent forme. Sous forme de tweets alarmistes, elle déclare que « 60 juifs à mains nues » ont fait face à « 300 casseurs armés », dans un autre post, « de haches, de couteaux, de lacrymos, de battes de baseball criant "Mort aux juifs" ».


Plus tôt, la LDJ, fidèle à sa litanie islamophobe, a raconté que les casseurs, « musulmans », retiennent « en otage » des juifs dans la synagogue qu’ils sont « venus brûler », finissant pas assimiler les musulmans de France à des antisémites en puissance. Des musulmans qui prennent le nom d'« islamistes » pour le paparazzi Jean-Claude Elfassi dont le tweet révèle une islamophobie primaire.



La violence de la LDJ en vidéo

Manque de pot pour la LDJ, une vidéo apparue sur la Toile lundi 14 juillet donne à voir la violence de la milice, qui s'arme de projectiles de toute nature pour provoquer le camp d'en face. On comprend très vite que le vidéaste filme la LDJ, dont on entend clairement le slogan « Palestine, on t'enc... ». En face, on identifie en effet des jeunes avec le keffieh au cou, qui finissent par débouler - non sans conséquences pour un militant sioniste présumé - avant que la police ne vienne s'interposer... pour protéger la LDJ. Entre six et huit personnes ont été interpellées du côté des sympathisants pro-palestiniens [neuf au dernier décompte].

Sans tarder, des journalistes se sont emparés de l’histoire de synagogues attaquées, ceci sans tenir compte des faits cités plus haut. L’article de Frédéric Royer sur Slate ouvre son article ainsi : « Des centaines de types hurlant "Allahou Akbar" en chargeant contre des policiers. Une synagogue assiégée. Des menaces et des insultes antisémites lancées à des passants terrorisés. » Pas un mot de la manifestation pro-palestinienne : il s’est contenté de relayer « des scènes de guérilla urbaine » dont il déclare avoir été témoin « entre la place de la Bastille et le boulevard Voltaire ».

Comme au Parisien, aucun mot sur la présence même du groupuscule violent de la LDJ qui a été le déclencheur des échauffourées. A Marianne, on en parle mais tels des protecteurs de la synagogue où se tenait « un rassemblement pour la paix en Israël, en présence du grand rabbin ».

Le Premier ministre Manuel Valls a très rapidement réagi pour condamner « avec la plus grande fermeté les violences qui ont eu lieu en fin d’après-midi aux abords des synagogues » tandis que le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a profité de l'incident pour réclamer « l'interdiction des manifestations en faveur du Hamas ».

Capture d'écran du site de l'ambassade d'Israël prise en mai 2014.
Capture d'écran du site de l'ambassade d'Israël prise en mai 2014.

La LDJ pour renforcer l'amalgame juifs/sionistes

Appeler à manifester devant la synagogue, amener les jeunes à les suivre vers le lieu de culte... c’est bien la LDJ et ses supporters qui ont pris en otage la synagogue en tant qu'institution. A l’issue de l'incident rue de la Roquette, l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) a appelé l’opinion à ne pas faire l’amalgame entre juifs et sionistes. Mais en laissant la LDJ agir de la sorte, on est en droit de penser que l’amalgame est bien mieux entretenue par les soutiens d’Israël.

Ce doit être aux instances juives et à leurs dignitaires de refuser qu’on utilise leurs synagogues pour lieu de rassemblement pro-Israël ou encore pour un centre de recrutement de l’armée israélienne comme il a été donné de voir en mai dernier avec la synagogue parisienne de la Victoire. En témoigne cette capture d’écran prise par Saphirnews avant la disparition de l’information du site de l’ambassade, relevée par Panamza.

La faute faussement rejetée sur les organisateurs

Condamnant « l’attaque inadmissible de la synagogue » rue de la Roquette dans un communiqué, SOS Racisme a rejeté la faute sur les organisateurs des manifestations en soutien à Gaza « qui sont, pour certains, prétexte à des propos et actes antisémites dont on s'étonne qu’ils ne soient pas condamnés et combattus par ces mêmes organisateurs avec la plus extrême clarté ». Or, les initiateurs de la manifestation du 13 juillet* ont toujours été clairs sur la nécessité de ne pas faire l’amalgame entre judaïsme et sionisme pour appuyer la lutte du peuple palestinien. Ils ont à ce titre refusé de s’associer à la manifestation initiée par des réseaux de l’extrême droite le 19 juillet et appellent les sympathisants de la cause palestinienne à ne pas s’y rendre.

Pour paraphraser SOS Racisme, « le soutien aux Palestiniens ne peut être la haine des juifs ». Mais on ne peut pas faire l’économie de rappeler que des groupes extrémistes comme la LDJ ou le Betar se servent de leur identité juive pour attiser la haine, en France, contre les Palestiniens et leurs soutiens, musulmans et arabes en particulier, sans qu'ils ne soient inquiétés par le gouvernement.


* Parmi les signataires de l'appel à manifester, on compte l'Union générale des étudiants de Palestine (GUPS), le Mouvement des Jeunes Palestiniens (PYM France), le Parti des indigènes de la République (PIR), l'Union juive française pour la paix (UJFP), Génération Palestine, la Campagne BDS France et Europalestine.







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