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Culture & Médias

Mennel : « La musique délivre des messages de paix et d’amour »

Rédigé par | Jeudi 20 Septembre 2018

Elle avait enchanté le jury et le public de « The Voice » avec son interprétation en anglais et en arabe de Hallelujah. Mais de sa voix cristalline et de sa beauté sibylline, le monde médiatico-politique, orchestrant une polémique, n’en a pas voulu. Contrainte de quitter l’émission de télécrochet, Mennel entend poursuivre sa carrière d’artiste. Après « Je pars mais je t’aime », elle sort son deuxième single « I feel » le 21 septembre.



Mennel : « Aux États-Unis, j’ai le sentiment que les cultures sont plus embrassées. En France, la tolérance a encore du chemin à faire. » (photo © Hout Kov)
Mennel : « Aux États-Unis, j’ai le sentiment que les cultures sont plus embrassées. En France, la tolérance a encore du chemin à faire. » (photo © Hout Kov)

Quels seront vos textes de votre prochain album ?

Mennel : Il y a plusieurs couleurs : des moments joyeux de ma vie, des moments plus tristes, plus mélancoliques. C’est l’arc-en-ciel des humeurs. J’écris en anglais et en français.

J’aimerais bien travailler avec Slimane. On en a discuté : dès qu’on aura envie on se donnera rendez-vous et on chantera ensemble. Mais, pour le premier album qui comprendra entre 12 et 14 titres, je le ferai seule. Car je voudrais montrer mon univers et m’exprimer librement sur mes textes.

Serez-vous accompagnée de musiciens ?

Mennel : Ce ne sera pas que piano-voix. Comme j’aime énormément la musique, j’ai mis des instruments à cordes (violon, violoncelle, contrebasse, piano, guitare acoustique, guitare électrique). Il y aura des sonorités acoustiques et d’autres un peu plus électro. J’envisage de faire une tournée en France, en février 2019. Il y aura certainement des villes clés comme Paris, Marseille, Lyon… et, bien sûr, Besançon, ma ville natale. Sur scène, j’aurai une violoniste, un violoncelliste, un pianiste, un guitariste et un batteur.

Dans quelle mesure vos parents, qui ne sont pas musiciens, vous ont-ils accompagnée dans votre vocation d’artiste ?

Mennel : Au départ, mes parents étaient inquiets car c’est un milieu qu’ils ne connaissaient pas. Pour eux, la musique égale drogues, alcool, des choses pas très clean… Et ils craignaient aussi la médiatisation. Avec le temps, j’ai pu les rassurer et leur montrer que je fais le maximum pour toujours garder les pieds sur terre. Mes parents, aujourd’hui, me soutiennent.

Votre passion pour la musique remonte à votre enfance ?

Mennel : Elle vient de deux éléments : le piano et ma maman. Dans la voiture, ma maman me faisait écouter des cassettes de chansons pour enfants, en arabe, en français. L’on m’a offert un petit piano à l’âge de 6 ans. J’adorais appuyer sur les touches et qu’un son en sorte. En grandissant, je chantais tout ce qui pouvait être chanté. Au collège et au lycée, j’ai appris en cours de musique à décortiquer les partitions, à connaitre les différents courants musicaux…

Je me sentais proche de la pop, pour son côté urbain et frais, et du jazz, pour son côté mélancolique. J’ai eu plusieurs influences culturelles : américaine, française, arabe… Mais avec pour point commun une musique plutôt nostalgique, ancrée dans l’émotion.

Avez-vous pris des cours de musique en dehors de ceux de votre scolarité ?

Mennel : Non, jamais. J’ai appris le piano toute seule. Idem pour le chant. Je pensais que le chant était naturel, plus ou moins inné. Dès que j’entendais un morceau, j’essayais de le reproduire. Si je n’y parvenais pas, j’allais sur Internet et regardais comment les pianistes déplaçaient leurs mains. Je transposais ce que je voyais dans les vidéos en copiant leurs gestes… J’ai eu mon premier piano numérique à l’âge de 12 ans, puis un autre à 16 ans, puis à 18 ans, etc.

Quels artistes vous inspirent en particulier ?

Mennel : J’ai grandi avec les musiques des années 1990 : Beyoncé, Mariah Carey, les grandes divas américaines. Mais aussi Fairouz, Sherine…, toutes les stars du monde arabe. Fairouz, c’est la Michael Jackson féminin du monde arabe ! J’aime beaucoup Aretha Franklin, Tracy Chapman, c’est le côté jazz américain. Et aussi la vieille variété française, pour la profondeur des paroles : Édith Piaf, Michel Polnareff, Dalida…

Comment avez-vous vécu la polémique qui a suivi votre prestation à « The Voice » ?

Mennel : Je pensais qu’il pouvait y avoir des histoires par rapport à mon turban, mais pas des polémiques sur la langue arabe et encore moins sur ma religion. Ce qui m’a le plus gênée, c’est qu’on s’attaque à ma personne. Ce qui m’a blessée, c’est qu’on dise de moi que j’étais une insensible et plein d’autres qualificatifs négatifs… Alors qu’on devait me juger sur ma prestation musicale… Je m’attendais à des remarques sur le fait que je porte quelque chose sur la tête, mais pas aussi violemment ni à des attaques aussi acharnées.

On vous a accusée de ne pas respecter les victimes des attentats dans vos tweets passés ?

Mennel : Quand on me connaît, on sait très bien que c’est tout le contraire. Ce serait un non-sens pour moi de parler mal des personnes qui ont subi l’attaque, puisque ma propre famille était sur la promenade de Nice au moment de l’attentat. Je n’ai jamais accusé les victimes ni n’ai cautionné les attentats.

Cela vous a découragée à vous exposer en public ? Ou, au contraire, cela a renforcé votre volonté de faire fi des obstacles ?

Mennel : Cela m’a d’abord montré que ce n’est pas facile, car j’étais jusque-là sur mon petit nuage. Cela m’a donné une claque de constater que, dans la vie, il y a des épreuves et que ce n’est pas toujours comme on pense que cela doit aller. Cela m’a fait grandir d’un coup. Autant sur le plan musical que sur le plan personnel.

Cela demande une force de caractère et une volonté de ne pas se laisser abattre. Je trouve que c’est difficile d’allier l’image d’une femme émancipée, libre et musulmane auprès d’une certaine part de la société. Parce que dès qu’on met ensemble « femme musulmane » et « liberté », on nous accuse que ce n’est pas vrai. Alors que je sais que c’est faisable, je le saurais si je n’étais pas libre ! Finalement, cela m’a permis d’être d’autant plus fière de ce que je suis, de mes valeurs, de mes principes.

Entamer une carrière d’artiste vous a-t-il posé un problème de conscience par rapport à une certaine interprétation des textes religieux qui interdisent aux femmes de chanter ?

Mennel : Personnellement, non. J’ai des convictions. Je sens, dans ma religion, ce qui est bon pour moi et ce qui ne l’est pas. En l’occurrence, la musique me permet de transmettre aux gens de bonnes émotions, de parler à leur cœur, d’adresser des messages. Des messages de paix, d’amour, de tolérance. Ma conscience est légère. Ce que je fais, je le fais par amour, pour les gens, pour moi. La musique est pour moi un univers très positif.

Comment vous projetez-vous dans cinq ans ?

Mennel : Être accomplie. Côté amoureux, je me vois mariée avec une personne. Être émancipée : me sentir utile et mener à bien des projets. J’adore les enfants. Ouvrir un centre où les enfants apprendraient l’anglais dès le plus jeune âge, de façon ludique, avec la méthode Montessori. J’aimerais aussi ouvrir un orphelinat pour petites filles. Car si on éduque les filles, on éduque l’humanité.

BIO EXPRESS

D’un père syrien et d’une mère algérienne ayant tous deux vécu en France, Mennel (Maskoun, son nom de famille) est née le 27 mai 1995, à Besançon (Doubs). Membre d’une fratrie de cinq filles, elle grandit dans une famille « avec une culture orientale et une culture maghrébine-française-occidentale mélangée ».

Ayant suivi des cours d’arabe depuis l’âge de 8 ans, elle se découvre « des facilités pour apprendre les langues ». « Comme j’aimais beaucoup le jazz, mon oreille s’est faite à l’anglais. Je traduisais les paroles. L’anglais est devenue ma deuxième langue, avant même l’arabe », raconte la jeune femme de 23 ans. Étudiante en master d’anglais pour devenir professeure, elle abandonne ses études pour l’émission « The Voice », qui l’avait repérée sur YouTube.

Le 3 février, la chanteuse et musicienne, complètement autodidacte, interprète en anglais et en arabe Hallelujah, de Leonard Cohen. Sa prestation sur TF1 cartonne. Mais c’était sans compter le holà de la fachosphère. Des messages postés par Mennel sur les réseaux sociaux à la suite des attentats de 2016 sont exhumés et donnent le flanc à une polémique qui s’enflamme. Face au déferlement des critiques, Mennel quitte cinq jours plus tard l’émission de télécrochet.

La veille de la finale de « The Voice », elle sort, tel un pied de nez, son premier single Je pars mais je t’aime, qui recueille plus de 1,5 million de vues sur YouTube. Pour l’automne, Mennel prépare son premier album et sort le 21 septembre son deuxième sigle I feel.


Journaliste à Saphirnews.com ; rédactrice en chef de Salamnews En savoir plus sur cet auteur