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Points de vue

Les mots piégés du débat républicain : à l’assaut du mot « intersectionnalité »

Rédigé par Pierre Henry | Mercredi 18 Mai 2022 à 11:30

           

Les mots qui fâchent, les mots du vocabulaire politique, souvent mal connus, employés de manière inappropriée, instrumentalisés sont nombreux. Ils se répètent et se buzzent en réseaux, confortant postures et partis pris. Ils font débat et nous divisent. Ce sont les mots piégés du débat républicain. Ces mots, nous allons les déminer, les expliquer ou simplement vous permettre de mieux les connaître. Le mot du jour ici décrypté : l’intersectionnalité.



Si vous conduisez, vous savez sûrement ce qu'est une intersection, lorsque deux routes se croisent, se coupent. La sociologie s'est emparée de l'idée de point de rencontre entre deux lignes pour créer un nouveau mot et un nouveau concept, celui d'intersectionnalité. C'est, pour faire simple, la rencontre entre différentes formes de discriminations et, pour mieux y faire face, d'y faire converger les luttes. Le mot est devenu assez courant et il va bien au-delà de son sens initial.

Voir aussi la vidéo de La Casa del Hikma : Contre le racisme, à chaque communauté son combat ?

La notion d'intersectionnalité née en 1989 aux Etats-Unis, à partir d'une affaire juridique. Une employée afro-américaine, constatant que dans son entreprise certains emplois étaient accessibles aux seules femmes blanches et que d'autres étaient réservées aux seuls hommes noirs, porte plainte pour discrimination. Mais pas pour discrimination sexiste ou raciste. Elle porte plainte pour les deux discriminations en même temps. Résultat, la plaignante fut déboutée, car la justice américaine ne reconnaissait pas cette situation de double discrimination. Partant de ce vide juridique, l'universitaire Kimberlé Crenshaw établit sa théorie. Puisqu'une femme noire subit les discriminations que ne rencontrent ni une femme blanche ni un homme noir, le féminisme et l'antiracisme seul ne suffisent pas. Il faut un entre-deux à l'intersection des deux combats. Ainsi naît l'intersectionnalité.

Ce n'est pas une notion futile puisque l'accumulation des discriminations est un fait. Il peut être alors pertinent d'aborder cette question avec ce concept. Il fournit une nouvelle grille d'analyse qui innove sur les méthodes de lutte contre les discriminations. Aujourd'hui, le concept dépasse largement la seule intersectionnalité femme et noire. Il s'est étendu à toute personne qui subit les normes dites dominantes (homme blanc, hétérosexuel).

L'intersectionnalité s'est transformée en un mouvement regroupant plusieurs luttes et il arrive parfois, comme dans tout collectif, que les intérêts de ceux qui se sentent opprimés divergent, alors qu'ils devraient converger. Comment peut-on en effet promouvoir, par exemple, dans un bel et même élan intersectionnel des combats féministes ou LGBT et lutter en même temps pour la défense de préceptes religieux conservateurs ? Étudier tout problème sociétal sous le prisme des origines ethniques, du genre ou de l'orientation sexuelle est devenue obsessionnelle pour certains militants intersectionnels. Il crispe les débats autour de l'identité, réduit l'individu à une étiquette définie par sa seule couleur de peau, sa seule religion. Du coup, l'intersectionnalité prétend rassembler les minorités, en faire un étendard. Est-ce l'idéal pour combattre les discriminations ? Que l'on soit discriminé ou non, que l'on soit une femme, un Noir, un musulman ou un homosexuel, la lutte contre les inégalités, c'est l'affaire de tous, sans distinction.

Après être revenu sur l'origine du mot « intersectionalité » et sa balade dans l'actualité, un spécialiste nous aide à y voir encore plus clair. Ici Martine Storti.

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Pierre Henry est le président de l’association France Fraternités, à l’initiative de la série « Les mots piégés du débat républicain », disponible également en podcast sur Beur FM.

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