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Politique

Législatives 2017 : Allons Enfants prend le parti de la jeunesse en politique

Rédigé par Imane Youssfi | Jeudi 8 Juin 2017

Le parti Allons Enfants part à l'assaut des législatives. Le mouvement, né en 2014, présente une liste de 58 candidats, âgés de 18 à 25 ans, pour le scrutin des 11 et 18 juin, menant, entre autres combats, une bataille contre le cumul des mandats et pour une meilleure représentativité des jeunes en politique.



Le parti des jeunes Allons enfants à l'assaut des législatives 2017.
Le parti des jeunes Allons enfants à l'assaut des législatives 2017.
A peine âgé de 22 ans, Pierre Cazeneuve - qui ne partage rien d'autre que le nom avec l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve - est à la tête du parti politique Allons Enfants, fondé en 2014. « Quand vous avez envie de vous engager pour votre ville, vous avez envie de faire de la politique et que vous ne vous reconnaissez dans aucun parti. Il ne vous reste qu’une solution, c’est de créer le vôtre et c’est ce qu’on a fait en 2014 », déclare l'étudiant auprès de Saphirnews.

Lors des dernières élections municipales à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), ville dont il est issu, l’étudiant monte une liste avec 35 jeunes et réussi un joli coup en remportant 15,37 % au premier tour, puis 15,40 % au second. Cette troisième position, derrière la liste Union de la droite menée par le maire Eric Berdoati et la liste divers droite, permet à son parti d'obtenir deux sièges au conseil municipal, où il siège aujourd'hui.

Le parti naissant fonctionne avec des petits moyens et mise, pour sa communication, sur une forte présence sur les réseaux sociaux, le meilleur moyen d’attirer les jeunes qu'Allons Enfants entend bien séduire. Le parti opte pour une campagne de crowdfunfing en début d’année pour s’auto-financer. « On a dû développer une plateforme de A à Z parce qu’on ne pouvait pas passer par une plateforme existante, on n’en avait pas le droit. On a réussi à lever à peu près 17 000 euros en trois semaines. C’est comme ça qu’on finance les campagnes des différents candidats », indique Pierre Cazeneuve.

Pierre Cazeneuve, fondateur d'Allons Enfants.
Pierre Cazeneuve, fondateur d'Allons Enfants.

Vulgariser la politique

En portant un parti dédié à la jeunesse, Pierre Cazeneuve s’est lancé un immense défi. S’adresser à une génération qui se sent éloigné de la politique n’est en effet pas chose facile.

Le fondateur d'Allons Enfants mise alors sur une « approche pédagogique » de la politique. Avec son équipe, il tente une nouvelle façon de mettre en avant leur programme qui détonne : « On a mis les dix grandes idées de notre programme en vidéo, façon tutos cuisine. On sait que c’est un truc qui cartonne sur Internet en ce moment. » Le parti met en ligne sur Youtube et les réseaux sociaux une dizaine de vidéos ludiques. Ainsi, le « mille-feuille territorial » explique pourquoi il serait nécessaire de supprimer des départements, une « île flottante 100% renouvelable » pour traiter du réchauffement climatique et mettre en avant sa proposition d’atteindre une production d'énergie 100% renouvelable d'ici 2050, ou encore la « pizza institutionnelle » pour expliquer qu’il faut rajeunir l’Assemblée Nationale. Des recettes qui plaisent.

Au-delà des divergences politiques, Allons Enfants se considère comme un mouvement transpartisan. Parmi ses mesures phares, le parti souhaite moderniser l’éducation en préparant les nouvelles générations aux enjeux du numérique. Elle souhaite l'instauration d'un contrat de travail unique qui vient « fusionner le CDD et le CDI » ou encore l'amélioration de l’accueil des réfugiés, « de manière bien plus importante et bien plus qualitative » qu'en Allemagne »]i selon Pierre Cazeneuve.

Enfin, elle souhaite favoriser l’accès des jeunes en politique avec une « Loi Allons Enfants » et valoriser la citoyenneté européenne. « Aujourd’hui personne ne se sent européen », constate le fondateur du parti. « J’aimerais vraiment que cette apprentissage de l’Europe, de la citoyenneté européenne, se fasse tout au long du parcours scolaire », ajoute-t-il, proposant « une année, ou en tous cas un semestre obligatoire en Erasmus ».

Quid des questions de discriminations et de laïcité, absentes du programme d'Allons Enfants ? Pierre Cazeneuve sèche. Néanmoins, il assume être à la tête d'un parti récent qui n’a pas traité de toutes les questions. « C’est vrai qu’on ne s’est pas énormément positionné là-dessus mais c’est plus pour des raisons de temps et de compétences », nous indique-t-il. Le jeune étudiant à HEC revient sur la philosophie de son mouvement : « C’est un parti qui veut promouvoir la liberté de culte, qui veut promouvoir la coexistence active et je pense que la preuve la plus tangible que nous avons dans ce cas, c’est qu’au sein du parti Allons Enfants, nous avons réussi à rassembler des jeunes membres actifs qui sont athées, catholiques, juifs, musulmans. Nous, ce que nous voulons, c’est construire ensemble. Arriver à mettre tous les jeunes, quelque soit leur confession, leur origines sociales, géographiques ou politiques autour d’une table parce que c’est ça vraiment la vraie représentativité ».

Allons refuse la comparaison avec En Marche

Ni de droite, ni de gauche, pro-européen, avec des candidats non issus du sérail politique... Il y aurait comme un sentiment de déjà-vu avec En Marche, aujourd'hui au pouvoir. Pierre Cazeneuve préfère en rire lorsque la réflexion lui est faite.

« Il y en a quelques unes (des similitudes, ndlr) mais c’est le parti En Marche ! qui a des similitudes avec Allons enfants », dit-il. « On était là bien avant lui ! Allons Enfants est né en mars 2014 (EM! a été lancé en avril 2016, ndlr). C’est lui qui nous a tout piqué et pas le contraire ! ».

Pour Pierre, outre des différences sur le programme, la vraie distinction se fait sur le but de leur parti : « Emmanuel Macron, En Marche !... si ce sont ses initiales, ce n’est pas pour rien. Eux, ceux qu’ils veulent, c’est mettre une personne, la personnalité d’Emmanuel Macron au pouvoir. (...) C’est quand même très personnel. Allons enfants, c’est vraiment un collectif de jeunes qui se rassemblent. La hiérarchie est quasi inexistante et notre but, c’est de mettre plus de jeunes dans les instances politiques et de lutter contre l’abstention des jeunes. On ne veut pas gouverner la France, on n’a pas cette prétention-là. Nous voulons faire entendre la voix de la jeunesse ».


Cap sur les législatives

Après une expérience réussie à Saint-Cloud, Allons enfants décide d’investir 58 candidats dans toute la France pour les élections législatives des 11 et 18 juin prochain. Pierre est lui-même candidat dans la 7e circonscription des Hauts-de-Seine. Il a dû gérer sa campagne électoral et ses études en même temps : l'engagement « demande des sacrifices. »

Qui sont les 58 candidats ? Majoritairement des étudiants : « ça va de Sciences Pô à IUT. Il y en a qui sont en apprentissage, d'autres sont déjà de jeunes actifs, quelques entrepreneurs. (...) On a essayé de se diversifier au maximum géographiquement. Saint-Cloud est quand même une ville assez bourgeoise, où les gens sont assez aisés ». Question diversité, Pierre Cazeneuve l'assure, « c’est un de nos gros chantiers, on a vraiment voulu ne pas passer pour un parti un peu "bobo parisien" ».

Maxime Kundid fait partie de ces 58 candidats. Il représente Allons Enfants dans la 10e circonscription de Seine-Saint-Denis, qui comprend notamment Aulnay-sous-Bois. A 18 ans, cet étudiant, en licence de droit dans l'annexe de Panthéon-Assas à Melun, a rejoint le parti en septembre 2016 et s’engage ainsi dans sa première campagne électorale. « Je pense que c’est le bon moment et qu’il ne faut pas s’attarder non plus. Il ne faut pas s’éterniser en politique. Je suis contre la professionnalisation de la politique », admet-il. Le jeune candidat espère « porter la voix des jeunes à l’assemblée qui n’est pas présente aujourd’hui ».

Maxime a appréhendé le terrain, tracté sur les marchés, participé à un débat organisé par l’association Espérance musulmane de la jeunesse française (EMJF) et a déjà essuyé les premières critiques du type « Vous êtes trop jeunes ». Pour autant, le candidat ne se résigne pas et poursuit son engagement : « Les gens étaient plutôt réceptif. C’est compliqué encore une fois, quand on est un petit parti, de se faire entendre mais et on a toujours le sourire ». A J-3 du premier tour, Maxime Kundid ne se fait pas d’illusion sur le résultat final mais s’impatiente : « j’ai beaucoup donné pour cette campagne. Je suis pressé de voir si mon travail a marché, j’espère avoir convaincu un certain nombre de personne ». Allons enfants pourra faire le premier bilan de sa campagne nationale après le 18 juin.





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