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Points de vue

Le crash de l’A320 : les musulmans n’y sont pour rien !

Rédigé par Abel Sena | Vendredi 3 Avril 2015



Le crash de l’A320 : les musulmans n’y sont pour rien !
Le crash de l’A320 de la Germanwings, filiale de Lufthansa, qui a fait des dizaines de victimes à la suite d’un acte suicidaire du copilote a encore une fois mis à nu la malhonnêteté d’une partie des médias français.

Ainsi, dès l’annonce de la catastrophe, alors que l’on ne disposait pas encore d’informations précises sur les conditions et les raisons de cette tragédie, certains journalistes férus de sensationnalisme ont voulu aller plus vite que la musique et ont trouvé là une occasion rêvée pour donner libre cours à leurs insinuations abjectes sur la supposée origine de celui ou de ceux qui seraient derrière cet acte qu’ils auraient voulu et préféré « terroriste » pour que la une ait tous les ingrédients d’une réussite « audimatesque ».

À cet égard, Jean-Pierre Elkabbach nous a gratifiés sur Europe 1 d’un manque flagrant d’éthique professionnelle en insistant auprès de son invité du jour Alain Vidalies, secrétaire d’État chargé des Transports, sur la possibilité d’avoir parmi les passagers des noms « qui viennent d’endroits où on pourrait soupçonner qu’ils sont en mission suicidaire ». Comprenez bien évidemment des passagers avec des noms à consonance arabe et par association malveillante de confession musulmane, donc susceptibles d’être d’éventuels terroristes.

Cette manœuvre de basse-cour, qui n’est pas un cas isolé dans le monde des médias en France, suscite des interrogations quant à la neutralité et à l’objectivité dont les journalistes doivent faire preuve dans la recherche de la vérité. Mais il semble bien par les temps qui courent qu’associer un nom à consonance arabo-musulmane à un quelconque fait divers est plus vendeur et plus à même d’engranger un Audimat plus conséquent et plus réceptif.

Et il m’est aisé d’imaginer la déception de M. Elkabbach et de certains de ses confrères qui partagent la même déontologie journalistique que lui lorsqu’il a été confirmé que le copilote était de nationalité allemande, non musulman, non converti et que sa folie meurtrière n’était animée par aucune conviction religieuse. Je peux aussi percevoir ce goût d’inachevé qu’ont pu ressentir ces vautours du sensationnel quand il a été prouvé que l’acte commis par Andreas Lubitz était exempt de l’estampille « terrorisme islamiste ».

Non, M. Elkabbach et consorts, Andreas Lubitz n’était pas musulman et n’avait pas de nom qui venait « d’endroits où on pourrait soupçonner » qu’il est « en mission suicidaire ». Ce jeune copilote était allemand et souffrait de troubles psychologiques qui l’ont poussé à commettre son acte suicidaire. Et ni l’islam ni les musulmans n’y sont pour quelque chose.

D’ailleurs je salue le sens de l’« éthique » des journalistes et la « sagesse » des politiques de tout bord qui se sont interdit tout amalgame dans cette affaire. Ainsi, ni les Allemands, ni les pilotes, ni les jeunes de 28 ans, ni les personnes souffrant de problèmes psychologiques (car Andreas Lubitz était tout cela), ni les chrétiens, car il était probablement croyant, n’ont été sommés de s’excuser pour un acte commis par une personne et qui n’engageait qu’elle et elle seule.

Une attitude bien chevaleresque que nous voudrions voir s’appliquer aussi aux musulmans lorsqu’un détraqué souffrant de troubles psychologiques et portant un nom à consonance arabo-musulmane viendrait à commettre un acte fou. Les musulmans n’y seraient pour rien là non plus.

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Abel Sena est enseignant.