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Cinéma, DVD

I am not Your Negro : plongée dans la pensée de James Baldwin

Les récits de Bent Battuta

Rédigé par | Mardi 25 Avril 2017



Le documentaire « I am not your negro », de Raoul Peck, sort en salles en France, le 10 mai 2017 et est diffusé en avant-première sur Arte mardi 25 avril. À travers les propos et les écrits de l’écrivain noir américain James Baldwin, le film retrace les luttes sociales et politiques des Afro-Américains au cours des dernières décennies (photo © Dan Budnick)
Le documentaire « I am not your negro », de Raoul Peck, sort en salles en France, le 10 mai 2017 et est diffusé en avant-première sur Arte mardi 25 avril. À travers les propos et les écrits de l’écrivain noir américain James Baldwin, le film retrace les luttes sociales et politiques des Afro-Américains au cours des dernières décennies (photo © Dan Budnick)
New York. – Cela fait des semaines que j’attends sa sortie. Des semaines que je trépigne d’impatience de découvrir ce documentaire.

C’est outre-Atlantique que je le découvre. À New York. C’est à quelques stations du quartier de de Harlem qui l’a vu naitre que j’ai pu enfin voir I am not Your Negro. Pour celles et ceux qui n’auraient jamais entendu cette phrase, nous la devons à James Baldwin.

James Baldwin fait partie de ces intellectuels noirs américains que les cercles intello/postcoloniaux/antiracistes adorent citer, sans pour autant avoir lu ses œuvres ni mesuré l’étendue et de sa production et la richesse de sa pensée.

James Baldwin, c’est plus que l’auteur à 140 caractères, qu’on se le dise. C’est ce que démontre avec talent Raoul Peck dans cette œuvre inédite. I am not Your Negro, c’est plus qu’un documentaire sur James Baldwin.

Pour réaliser son nouvel opus, Raoul Peck, actuel président de la Femis et ancien ministre de la Culture de Haïti, a eu accès aux 30 pages de notes jamais dévoilées avant cela d’une œuvre que James Baldwin envisageait d’écrire sur les assassinats de trois de ses amis, trois figures du mouvement des droits civiques : Medgar Evers, Malcom X et Martin Luther King. Tous les trois assassinés à moins de 40 ans. Tous les trois fervents défenseurs de la cause des Noirs américains et ardents militants des droits humains.

Tout au long de ce qui est à mi-chemin du documentaire et de l’autobiographie, on découvre à travers la voix de Samuel L. Jackson (JoeyStarr pour la version française) les écrits inédits de Baldwin ainsi que des photos et des vidéos de ses conférences ou interventions télévisées.

I am not Your Negro, titre tiré d’une de ses interventions télévisées, permet aussi de plonger dans la vie de James Baldwin, celle d’un Noir, d’un pauvre de Harlem, homosexuel, qui a pendant quelques années fui la ségrégation pour se réfugier en Europe et en France et qui a été à la fois témoin et acteur par ses écrits de la lutte des Noirs, une lutte à la fois politique comme c’est le cas pour Malcom X et Martin Luther King mais aussi un questionnement existentiel de James Baldwin qui ne cesse de s’interroger sur la nécessité qu’a eu le Blanc de créer la figure du « nègre ».

James Baldwin interroge profondément les ressorts de la construction du rêve américain, ce rêve américain qui a été possible par l’exploitation d’une main-d’œuvre noire esclave, puis bon marché.

James Baldwin réduit en poussière le rêve américain, incarné par la vision idyllique de la famille blanche sur sa pelouse dans les fameuses banlieues américaines pour nous dire que ce rêve n’a été possible que par/grâce à l’asservissement des Noirs aux États-Unis.

Baldwin, c'est un intellectuel sans concession et lucide, qui parvient à dépasser les frontières de la couleur pour expliquer comment le « Noir », le « nègre » a été construit par l’Amérique blanche pour asseoir son système raciste et inique. Baldwin, c’est aussi celui qui questionne le racisme et le rejet de Malcom X au moment où ce dernier est encore membre de la Nation of Islam. Baldwin, c’est celui qui parvient à expliquer que, malgré les apparentes dichotomies entre le pasteur et le militant des Black Power, Malcom X et Martin Luther King partageaient bien plus malgré leurs différences philosophiques.

Raoul Peck réussit un coup de génie en mettant sur les écrans de cinéma la pensée, les mots et la profondeur d’un auteur, scénariste, militant tel que James Baldwin.

Il permet de rendre hommage à un homme peu ou pas assez connu chez nous en France alors qu’il y a vécu. Il permet à chacun-e de (re)découvrir cet auteur au parcours inédit, témoin et acteur de l’Histoire des États-Unis et, au-delà, l’une des plus belles voix contre le racisme et sa fabrication sociale.

À regarder de toute urgence.





Samia Hathroubi
Historienne de formation, spécialiste des chrétientés orientales et des débuts de l’Islam,... En savoir plus sur cet auteur


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