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Politique

A la rencontre d'Albert Woodfox des Black Panthers après 45 ans de prison

Rédigé par Samba Doucouré | Jeudi 17 Novembre 2016

Libéré en février 2016 après 45 années de détention, le militant des Black Panthers Albert Woodfox était à Paris mardi 15 novembre pour une rencontre publique à la Bourse du Travail. Il était avec son comparse Robert King qui a, quant à lui, passé 32 ans en prison.



De gauche à droite, Robert King et Albert Woodfox à la Bourse du Travail de Paris lors d'une rencontre organisée par Amnesty International. © Amélie Mougey
De gauche à droite, Robert King et Albert Woodfox à la Bourse du Travail de Paris lors d'une rencontre organisée par Amnesty International. © Amélie Mougey
Une standing ovation a accompagné l’entrée d’Albert Woodfox et de Robert King lors de la rencontre publique organisée mardi 15 novembre par Amnesty international à Paris.

Ces deux Black Panthers ont passé plusieurs décennies dans la prison d’Angola, située en Louisiane dans le sud des Etats-Unis. L'établissement pénitencier est considéré comme l’un des plus violents de tout le pays : on y recense 271 attaques au couteau et 24 détenus tués. Albert Woodfox a été condamné en 1971, à l’âge de 25 ans, pour vol à main armé. Puis en 1972, il est accusé d’être à l’origine de l’assassinat de Brent Miller, un gardien de prison. Le militant du Black Panther Party (BBP) est condamné à perpétuité malgré un dossier d’accusation monté de toutes pièces, faux témoins à l’appui. Il sera finalement libéré en février 2016 après 45 ans de prison dont 43 à l’isolement.

Robert King a une histoire presque similaire. Entré en 1970 à 18 ans pour un vol, il sera maintenu en détention pendant 32 ans dont 29 à l’isolement. Activiste du BBP, il est accusé d’avoir tué un prisonnier malgré des témoignages qui l’innocentent et un codétenu qui avoue avoir commis le crime. Herman Wallace, un autre militant, est condamné pour avoir été le complice d’Albert Woodfox. Ainsi naquit le mouvement de soutien aux « trois d’Angola ».

Black Lives Matter, des hériters de la lutte

Devant l’auditoire de la Bourse du Travail, Albert Woodfox se confesse sur sa désillusion actuelle : « Quand j’ai été libéré, je pensais que les Etats-Unis avaient évolué. Un président noir avait été élu une première puis une seconde fois. Mais j’ai été déçu car les changements étaient superficiels, sans racines. »

L’élection du milliardaire excentrique Donald Trump n’est évidemment pas une nouvelle qui contredira sa déception. Il estime qu’il s’agit là d’un tournant, bien que le Républicain « a perdu le vote populaire avec un écart de deux millions de voix ». Selon lui, Donald Trump « a gagné grâce au système politique qu’il a tant dénoncé ». S’adressant aux Français, à six mois de l’élection présidentielle de 2017, Albert Woodfox déclare ceci : « Ce que je vous conseille, c’est de ne pas devenir Américains. Mon conseil serait de ne pas suivre la même voie. »

L’ancien membre des Black Panthers s’est néanmoins montré optimiste pour l’avenir des Afro-Américains aux Etats-Unis, voyant dans le mouvement Black Lives Matter (BLM) des héritiers de la lutte. « Black Lives Matter peut faire ce que le Black Panther Party a fait pour les Etats-Unis. Notre société actuelle peut faire en sorte d’éviter à BLM ce qui est arrivé au BBP, c’est-à-dire les emprisonnements et les assassinats arbitraires », a-t-il expliqué. Il a également livré un message de soutien à ses camarades de lutte encore enfermés en Amérique ou ailleurs dans le monde. « Il y a toujours des prisonniers politiques aux Etats-Unis malgré ce qu’on veut vous faire croire », témoigne Albert Woodfox, citant au passage Mumia Abu-Jamal ou Georges Ibrahim Abdallah.

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