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Société

Hommage à Jean Vanier, fondateur de L'Arche, une vie au service des personnes handicapées mentales

Rédigé par Lina Farelli | Mardi 7 Mai 2019

Jean Vanier, le fondateur de L'Arche et de Foi et Lumière, s'est éteint dans la nuit du lundi 6 au mardi 7 mai. Retour sur le parcours d'un grand homme qui a mis sa vie au service des personnes handicapées mentales.



Hommage à Jean Vanier, fondateur de L'Arche, une vie au service des personnes handicapées mentales
Jean Vanier n'est plus. Le fondateur de L'Arche, qui se charge d'accueillir et de prendre en charge des personnes en déficience intellectuelle à travers le monde, est décédé dans la nuit du lundi 6 au mardi 7 mai à Paris, à l'âge de 90 ans.

« Affaibli par un cancer depuis plusieurs années », l'homme de nationalité canadienne, né en Suisse en 1928, « s’est éteint tranquillement cette nuit, entouré de quelques proches », rapporte L'Arche.

D'abord officier de la marine canadienne, Jean Vanier renonce dans les années 1950 à une carrière militaire à laquelle il était promis pour suivre des études de philosophie et de théologie. Ce fervent catholique fonde L’Arche - en référence à celle de Noé - en 1964 après avoir choisi de tout quitter pour s’installer avec deux adultes handicapés mentaux dans la petite ville de Trosly-Breuil, dans l'Oise. Depuis, L’Arche s’est développée autour de la dynamique de son fondateur et de son message d'inclusion active envers les personnes en déficience intellectuelle. Aujourd’hui, l'organisation compte 150 lieux de vie dans 38 pays pour permettre aux individus ayant un handicap mental de s’épanouir.

En parallèle, dès 1971, il fonde avec Marie-Hélène Matthieu le réseau Foi et Lumière, aujourd’hui au nombre de 1 420 dans 86 pays, qui réunissent, au moins une fois par mois, des adolescents et adultes ayant un handicap mental, avec leurs familles et amis. 

« Pendant 55 ans, à travers son expérience vécue, ses écrits et ses conférences, le message de paix et d'attention aux plus fragiles de Jean Vanier a influencé des milliers de personnes, illustres ou inconnues. Il n'a eu de cesse de vouloir témoigner du rôle essentiel des personnes handicapées mentales dans l'édification d'un monde plus humain et d’œuvrer pour qu'elles retrouvent leur dignité et leur place dans la société », témoigne aujourd'hui L'Arche.

« Mon expérience à L’Arche m’a amenée à penser la fragilité en islam »

« Je me sens profondément en paix et dans la confiance. Je ne sais pas de quoi mon futur sera fait, mais Dieu est bon et quoiqu’il arrive, ce sera pour le mieux. Je suis heureux et dis merci pour tout. Du fond du cœur, mon amour pour chacun de vous », tels sont les derniers mots de Jean Vanier relayés par L'Arche. L'homme, qui n’avait plus aucune responsabilités exécutives dans L'Arche depuis 1980, est l'auteur de nombreux ouvrages.

De nombreux hommages ont été rendus depuis l'annonce de son décès au sein de la communauté catholique et bien au-delà. « Je garde le souvenir de son humanisme et de son action résolue pour donner toute leur place aux plus vulnérables au cœur de la cité », a indiqué sur Twitter Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat chargée des Personnes handicapées.

Hommage à Jean Vanier, fondateur de L'Arche, une vie au service des personnes handicapées mentales
« Jean Vanier est la plus belle âme de ce monde. Les soufis parlent de pôle spirituel : Jean en est un, par la profondeur et la simplicité de l’amour qu’il incarne », raconte Nayla Tabbara, vice-présidente de la fondation libanaise Adyan, qui l'a rencontré en 2012 dans le cadre d'une rencontre avec le groupe L’Arche et l’islam, créé en 2004 « pour articuler l’expérience de l’Arche avec les mots de la théologie musulmane ».

« Il ne juge personne. Son pouvoir magique est d’être capable de regarder au-delà des apparences, de "toucher" la souffrance, l’insécurité, la peur, le besoin de connexion des gens qui le rencontrent », raconte la théologienne à La Croix.

« Mon expérience à L’Arche m’a amenée à penser la fragilité en islam », explique-t-elle, avant de poursuivre que l’association l’a aidée à « comprendre plus profondément le sens des versets du Coran sur l’âme et sur l’humain en général. Si le Coran insiste tellement sur la fragilité et sur les limites de l’homme, c’est qu’il y a une sagesse dans cette fragilité ».

Lire aussi : Nayla Tabbara : « Islam : laissons le Coran vibrer en nous ! »

Un parcours extraordinaire retracé dans un documentaire

Pour Jean Vanier, « L’Arche expérimente un paradoxe : les personnes que le monde juge inutiles et bonnes seulement à mettre dans des institutions – celles qui sont considérées comme un fardeau et un problème financier – sont en réalité des sources de lumière et de vie. Elles nous transforment en profondeur ».

L'homme, à qui la Légion d'honneur lui a été remis en 2016, avait reçu l'année précédente le prix Templeton, décerné à une personnalité ayant contribué de manière exceptionnelle à promouvoir la dimension spirituelle de la vie. Un prix qui avait été décerné avant lui à Mère Thérésa, au dalaï-lama ou encore à Desmond Tutu.

Un documentaire retraçant le parcours de cet homme, décrit comme un « artisan de la paix », est sorti en janvier 2019. Avec Jean Vanier, le sacrement de la tendresse, réalisé par Frédérique Bedos, un bel hommage est rendu au grand humaniste qu'il fut. Paix à son âme.

Mise à jour : Les obsèques de Jean Vanier ont été célébrés jeudi 16 mai à Trosly-Breuil, où a été fondé le premier foyer de L’Arche.