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Social et solidaire

Comment monter une pièce de théâtre avec zéro budget ?

Mois de l'économie sociale et solidaire

Rédigé par Marie Besse | Lundi 27 Novembre 2017

Que l’on soit comédien averti ou simple créatif, monter un projet théâtral peut être à la portée de tous, à condition de s’armer de patience et de motivation. Plateformes de financement participatifs, associations de quartier, des recours existent pour accompagner les artistes dans la création de leur spectacle. Présenter le fruit de son labeur devant un public en partant de rien, c’est possible !



Visuel du spectacle « Les gens heureux ne tombent pas amoureux », de Yannick Schiavone. (Photo D. R.)
Visuel du spectacle « Les gens heureux ne tombent pas amoureux », de Yannick Schiavone. (Photo D. R.)
Les gens heureux ne tombent pas amoureux. Yannick Schiavone a rêvé du titre de cette pièce de théâtre il y a deux ans et s’est lancé corps et âme dans l'écriture, sans un sou en poche. Après des mois de travail acharné, le metteur en scène et ses trois comédiens sont satisfaits. Ils ont joué la première de leur spectacle à Paris le 3 octobre, au Théâtre de Dix Heures. Pour concrétiser leur projet, ils se sont tournés vers une solution largement plébiscitée par les jeunes compagnies de théâtre : le financement participatif.

L’équipe de la pièce de théâtre « Les gens heureux ne tombent pas amoureux », de Yannick Schiavone.
L’équipe de la pièce de théâtre « Les gens heureux ne tombent pas amoureux », de Yannick Schiavone.
Grâce à ses 134 contributeurs sur la plateforme Ulule, la troupe de Yannick Schiavone a récolté 5 595 €, au-delà de l’objectif fixé des 4 400 €. Néanmoins, cette somme reste insuffisante pour couvrir l’ensemble des frais. « Nous avons programmé 12 représentations au total », précise le metteur en scène. « Il faut réduire le budget au minimum, tout en couvrant les salaires. » Il faudra donc compter sur la vente des billets pour financer les prochaines représentations, entre 15 et 20 € la place. Le parcours du combattant commence.



Les pros de la débrouille


Pour dépenser le moins possible dans le décor et les costumes, il existe des solutions avantageuses pour les artistes, comme les associations La Réserve des arts, à Pantin, et ArtStock, dans le 14e arrondissement de Paris. Celles-ci proposent des objets de décor et des vêtements recyclés moins chers que dans le commerce, moyennant une cotisation annuelle de 20 à 50 €. Mais, pour certains, ces dépenses restent hors budget. « On apprend à devenir les pros de la débrouille », confie Yannick Schiavone. « Il faut frapper aux portes, ne pas hésiter à demander de l’aide. C’est comme cela que nous avons récupéré un fauteuil roulant pour notre spectacle. Il trainait dans la cave d’une pharmacie et ne servait plus à personne. Du coup, la pharmacienne nous l’a gentiment offert. » 



Négocier et communiquer sur son projet devient le quotidien des artistes qui s’improvisent producteurs, comptables ou chargés de diffusion. Zoé Lemonnier, comédienne et metteure en scène, connait bien cette difficulté. Son spectacle L’Extra-Imaginarium de la famille Lunizoni, qui traite de la question de l’autisme, a demandé des années de travail. « Il faut passer par les galères administratives, trouver des salles pour répéter et des lieux de représentation. C’est frustrant, car nous avons peu de temps pour créer. » À l’instar de Yannick Schiavone, la comédienne est passée par Ulule et a atteint l'objectif ambitieux de 10 000 €. « La somme moyenne des projets artistiques sur la plateforme de crowdfunding est de 2 000 €. Pour financer son projet sur Ulule, le réseau est très important. Il faut sans cesse solliciter ses amis, sa famille et son réseau. Avoir un bon carnet d’adresses est essentiel pour atteindre ce premier objectif. » 


Illustration de Marine Brosse, scénographe pour le spectacle « Extra Imaginarium de la famille Lunizoni ». (Photo © D. R.)
Illustration de Marine Brosse, scénographe pour le spectacle « Extra Imaginarium de la famille Lunizoni ». (Photo © D. R.)
Pour récolter plus d’argent, Zoé Lemonnier et son équipe ont cherché des partenariats en lien avec le thème de leur spectacle. i[« Le] iCentre ressources autisme Île de France nous a accompagnés dans la recherche de financeurs potentiels et nous a prêté une salle pour les répétitions », indique-t-elle.

Ces financeurs, Zoé Lemonnier en a bien besoin car son budget de production total s’élève à 42 000 €, dont 12 000 € de salaires sur l'ensemble des représentations. « Pour l’instant, le seul institut privé qui nous accompagne est AG2R La Mondiale, à hauteur de 4 000 €. » L’entreprise de mutuelle soutient les actions menées pour les personnes atteintes de handicap. Après trois ans de travail sur le projet, la première du spectacle devrait avoir lieu début décembre, dans les Landes. 


Un projet culturel accessible à tous

Lorsqu'on n'est pas comédien de formation, il est difficile de se lancer dans une création sans un minimum d'expérience. L'association Projet19, située dans un quartier populaire du 19e arrondissement de Paris, accompagne les artistes dans leur projet de spectacle. Une aide financière peut être apportée à hauteur de 750 € et des cours de théâtre sont accessibles à tous, jeunes ou moins jeunes, quelles que soient leurs cultures et leur niveau de théâtre. Selon Luc Saint-Eloy, comédien, metteur en scène et fondateur du Théâtre de l’Air Nouveau, à Pantin, le plus important est de rester motivé. « Il faut croire en son projet, se sacrifier un peu tous les jours pour le voir naître », affirme-t-il. 


Astrid Siwsanker et Luc Saint-Eloy avaient fondé le Théâtre de l’Air Nouveau, à Pantin, « dans une démarche citoyenne et participative ».
Astrid Siwsanker et Luc Saint-Eloy avaient fondé le Théâtre de l’Air Nouveau, à Pantin, « dans une démarche citoyenne et participative ».
Avec sa femme Astrid Siwsanker, fondatrice de Toit Mondes productions, ils ont créé un centre culturel avec zéro sou en poche il y a 20 ans, fermé aujourd'hui. Leur objectif : rendre l'apprentissage des langues créoles et la culture accessible à tous les individus, dans un lieu d’échange et de partage. « Le financement participatif n’existait pas à l’époque, il fallait inventer un modèle économique qui tienne la route », se souvient Astrid Siwsanker. « Nous avions une programmation culturelle riche et intense. Notre projet s’inscrivait dans une démarche citoyenne et participative. » Le couple s’est entouré de nombreux bénévoles et d’associations, sans jamais avoir recours à des subventions de l’État.

« Lorsqu’on défend un projet créatif original, qu’importe l’objectif pédagogique et culturel, l’État ne prend pas de risque. On doit se débrouiller par nous-mêmes », déplore Luc Saint-Eloy. « Mais ne pas avoir d'argent ne signifie pas que notre projet manque de qualité ! » Toujours habité de la « flamme créatrice », il s'attaque à « une nouvelle montagne » avec son nouveau spectacle, qui traitera d’une partie de l’Histoire de la Guadeloupe et serait présenté en 2018. « La réussite d’un projet artistique tient du croisement des bonnes volontés, des compétences de chacun et, surtout, d’un appétit féroce ! »





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