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Société

Ce que l’on sait sur la mort tragique de Mamoudou Barry près de Rouen

Rédigé par | Lundi 22 Juillet 2019

Le nom de Mamoudou Barry a fait tristement le tour des réseaux sociaux depuis son décès prononcé samedi 20 juillet à Rouen des suites d'une violente agression dont le caractère raciste ne fait aucun doute pour les proches de la victime. Que sait-on de la mort tragique de cet universitaire guinéen ? A l'heure où un suspect a été arrêté et où la famille regrette les récupérations du drame, un point sur cette affaire s'impose.



Ce que l’on sait sur la mort tragique de Mamoudou Barry près de Rouen
La mort de Mamoudou Barry des suites d'une violente agression provoque depuis dimanche 21 juillet, en France comme en Guinée, un grand émoi dont les réseaux sociaux servent de caisses de résonance. Cet universitaire guinéen âgé de 31 ans a été mortellement blessé, dans la soirée du vendredi 19 juillet, par un individu à Canteleu, près de Rouen, quelques heures avant la finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) qui s'est joué entre l’Algérie et le Sénégal. Selon les proches de la victime, le mobile raciste ne fait aucun doute, ce que les enquêteurs ne confirment pas encore pour l'heure.*

« Tout est mis en œuvre pour identifier et interpeller l’auteur de l’agression qui a coûté la vie à (Mamoudou) Barry. Il appartiendra à la justice de faire la lumière sur cet acte odieux », a réagi, dimanche 21 juillet via Twitter, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, déclarant partager « l’émotion et l’indignation » de la famille de l'universitaire. Selon le procureur de Rouen, Pascal Prache, « les investigations sont en cours. Les auditions et vérifications devraient permettre de préciser le déroulement de faits ». Une autopsie du corps de Mamoudou Barry est prévue pour ce lundi 22 juillet.

b*Mise à jour : Le caractère raciste de l'agression de Mamoudou Barry a été retenu par la justice.

Insulté avec sa femme de « sales Noirs », il a voulu s'expliquer

Kalil Keita, un ami proche de la victime et le premier que la femme de Mamoudou Barry a contacté, s’est livré à France Bleu pour rapporter la version de la famille. Les faits se sont déroulés à l’arrêt de bus Provence, à Canteleu. A bord de sa voiture avec sa femme, Mamoudou Barry aurait été interpellé par un individu supposé d’origine maghrébine. « L’homme les a traités de sales Noirs, il leur a dit : "On va vous niquer ce soir" », a raconté Kalil Keita. Faisant allusion au match Sénégal-Algérie, il aurait ainsi pris Mamoudou Barry pour un Sénégalais. Insulté, ce dernier serait sorti de son véhicule pour s’expliquer avec l’individu.

« Il a commencé à dire : "Je ne suis pas Sénégalais, je ne suis pas Algérien, ni même très footeux." Il n’a pas eu le temps de terminer sa phrase qu’il était asséné de coups. Aux dires des témoins, c’est au quatrième coup que Monsieur Barry a été projeté, sa nuque a cogné le goudron », a ajouté Kalil Keita. Cette version coïncide avec celle de la police, qui a déclaré que la victime avait tenté de se relever quand l’assaillant lui aurait asséné un coup de pied au visage et un coup de poing, le laissant inconscient sur le sol.

« Madame Barry a vu son mari par terre, elle a commencé à hurler sur l’agresseur qui l’a menacée à son tour avant de repartir tranquillement », alors que de nombreux témoins de la scène était présents, a précisé Kalil Keita. « La police fait très bien son travail. Elle a pris l’affaire à bras-le-corps », a salué ce proche de la famille, qui a également témoigné devant les caméras de France 3 Normandie (plus bas). Admis au CHU de Rouen dans un état critique, Mamoudou Barry y décède samedi 20 juillet, laissant derrière lui une petite fille âgée de deux ans.


Le profil du suspect interpellé précisé

Un suspect a été interpellé, dans la matinée du lundi 22 juillet, à Sotteville-lès-Rouen, grâce aux images de caméras de surveillance. Selon LCI, l'homme, âgé de 29 ans, serait d'origine turque et est connu des services de police pour des affaires de stupéfiants ainsi que pour des antécédents psychiatriques. Sa garde à vue a été levée en raison de son état de santé mais il a été placé dans un hôpital psychiatrique.

Selon Me Jonas Haddad, l’avocat de la famille de Mamoudou Barry qui va se constituer partie civile, « il s’agit d’un crime raciste, sans aucun doute, mais rien ne permet d’établir que c’est en lien avec la finale de la CAN. Rien ne permet de dire aussi qu’il a été agressé par un supporteur algérien ».

Une marche blanche à la mémoire du trentenaire devrait être organisée vendredi 26 juillet, une semaine jour pour jour après le drame.** Une cagnotte de solidarité créée sur la plateforme Leetchi a déjà permis de collecter plus de 19 000 euros. Des fonds qui serviront à payer le rapatriement de son corps en Guinée, « aider sa famille dans les obsèques mais aussi, et surtout, pour accompagner sa femme et sa fille ».

Ce que l’on sait sur la mort tragique de Mamoudou Barry près de Rouen

Un homme brillant grandement apprécié

« Débordant de projets, Mamoudou Barry Barry forçait, par son travail, l’admiration de ses collègues et de ses étudiants », a réagi le président de l’Université de Rouen-Normandie, Joël Alexandre, appelant à ce que « toute la lumière soit faite sur les circonstances du drame ».

Sur les réseaux sociaux, les témoignages des étudiants qui ont déjà croisé le chemin du jeune Mamoudou Barry pendant leur cursus universitaire se multiplient pour saluer ce docteur en droit fiscal. « Il m’aura marqué pendant tout mon parcours. Les bons professeurs existent, c’en était un très bon », a témoigné un ancien étudiant.

Mamoudou Barry venait aussi d’achever ses études, décrochant avec brio le titre de docteur après la soutenance d'une thèse, fin juin, sur les « politiques fiscales et douanières en matière d'investissements étrangers en Afrique francophone ». « Depuis le 25 mai 2016, dans les universités françaises, les mentions concernant les thèses de doctorat ont été supprimées. Par contre, à l’unanimité du jury, donc exceptionnellement, il a été décidé d’accorder à Mamoudou Barry la mention "très honorable", avec les félicitations du jury », a témoigné auprès de RFI son collègue Adam Abdou Hassan.

Refuser les récupérations de toutes parts

Malgré le choc, la famille et les proches de Mamoudou Barry regrettent les récupérations de toutes parts de ce drame, y compris – le comble – par l'extrême droite, qui a vu une opportunité de dénoncer... le racisme anti-Noirs dans les communautés maghrébines. Une triste réalité qui doit être dénoncée sans ambages, quelles que soient les conclusions de l'affaire, mais à laquelle l'extrême droite n'a aucune leçon à donner en matière d'antiracisme.

Ses proches appellent à ne pas faire d'amalgames visant des nationalités particulières. Aly Therian, président des Guinéens de Normandie, a appelé ses compatriotes à Conakry, capitale de la Guinée, à ne pas manifester devant l'ambassade d'Algérie et à éviter que leur manifestation ne se transforme « en une agression vers n’importe quel pays ».

**Mise à jour vendredi 26 juillet : Un millier de personnes se sont rassemblées pour la marche blanche à Rouen en hommage à Mamoudou Barry, afin de réclamer justice pour cet universitaire et dénoncer le racisme. Un rassemblement similaire a également été organisé devant l'ambassade de France à Conakry, en Guinée.

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur