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Points de vue

Après la pandémie grippale, la pandémie burqale

Par Nacéra Hamouche*

Rédigé par Nacéra Hamouche | Mardi 22 Décembre 2009



Après la pandémie grippale, la pandémie burqale
Infos, intox, rumeurs des plus folles, les nouvelles de l’épidémie de grippe porcine, mexicaine, aviaire − c’est selon… − se sont propagées à travers le monde entier. En France, elles s’accélèrent, semble-t-il. Un plan national de prévention et de lutte a été mis en place sous la direction de la ministre de la Santé Roselyne Bachelot. 100 millions de vaccins achetés au prix fort doivent trouver preneurs !

Obligation vaccinale, guéguerre autour de la pandémie grippale ? Sur le pied de guerre également, dans les mois à venir, autour d’une autre pandémie, d’une toute autre nature, dite « pandémie burqale », avec un pic prévu pour début 2010. Hasard du calendrier ?

La pandémie burqale résulterait d’une mutante du virus ISW [1] découvert en 1989 dans un collège de la région parisienne sur deux jeunes « porteuses ». Quelques années plus tard, des milliers de cas ont été recensés, intra- et extrascolaire, un peu partout en France.

Le pic est atteint en 2003, faisant l’objet d’une cabale médiatico-politique sans précédent, d’une sanction unilatérale sur des centaines de filles « porteuses » en 2004, bien que ne manifestant aucun « signe » de pathologie contaminante, confinées à l’isolement, privées de tout contact avec leurs camarades et définitivement exclues des lycées et collèges. Bonjour l’immigration choisie : « Lily ne viendra plus de sa Somalie vider les poubelles de Paris », Faty est ici !

Héréditaire ou fruit d’une mutation spontanée, cette mystérieuse pathologie ? Évolutive, dégénérative, dans sa forme « aliénante », « avilissante », entraînant des troubles, d’après les spécialistes en la matière, les causes de cette affection demeurent cependant mystérieuses ! 3637, aidons la recherche !

367 cas de femmes « porteuses » ne présentant a priori aucun problème de santé laissant présager un risque auraient été recensés en juin dernier, selon certaines « sources ». La contagion par leur nombre en nette progression, toujours selon ces sources, la vision de ces « grands corps malades » affectant l’imaginaire de certains, provoquant irritabilité, nervosité, malaise vagal, inquiètent, affolent au plus haut niveau de l’État !

Branle-bas de combat ! Cellule de crise ! Commission d’enquête ! Stoppons cette nouvelle pandémie dite « burqale » ! « Ça s’en va et çaaa revient ! » Après le voile, la burqa [2], ce symbole de « mutilation intégrale » de la femme – abracabrantesque, dirait Chichi − s’invite à tous les débats. Un filon manifestement inépuisable depuis 1989, aujourd’hui sous couvert d’ouverture et de réflexion sur l’identité nationale.

Rrrr…Re-commission-mission-audition-sanction ! À moins d’avoir la « mémoire qui flanche », en 2003 la commission Stasi chargée de réfléchir sur la laïcité est passée par là. Verdict du 15 mars 2004 : haro sur le voile islamique [3] symbole de l’aliénation ! Des centaines de filles sur le carreau ! Une main de fatma comme cadeau, alléluia ! Entente éphémère des « sauvageons » de l’Assemblée du peuple qui se crêpent le chignon, jouent à cache-cache le mercredi (loi Hadopi) en direct à la télé, par : « La perspective d’une grande loi à caractère symbolique qui viserait à interdire toutes les situations contraintes dont sont victimes, en particulier les jeunes femmes », nous dit-on ! Inceste, prostitution, parité, femmes battues ? Un procès à Johnny et tant d’autres : Læticia Hallyday décidée de « s’affirmer », en coupant ses cheveux, ce que Johnny avait finalement accepté, après lui avoir assené qu’il ne souhaitait pas « avoir une femme qui ressemblerait à un mec » (Le Parisien) ?

Que nenni ! Par les déclarations savamment distillées dans les journaux du locataire de l’Élysée : « Nous ne pouvons pas accepter dans notre pays des femmes prisonnières derrière un grillage, coupées de toute vie sociale, privées de toute identité. Ce n’est pas l’idée que nous nous faisons de la dignité de la femme […]. »

À la bien-pensante communi-socialo-libérale : « le port de la burqa, une forme d’oppression », « incompatible avec les valeurs républicaines et la dignité de la femme », « incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française », « symbole de la répression » […] « des hommes qui veulent contrôler à 100 % les femmes », « ce sont des intégristes qui veulent tester la République », « expression la plus noire de la soumission de la femme », etc. !

Par l’ambiance tout juste courtoise du mercredi 2 décembre de l’audition de Tariq Ramadan, professeur d’université, le socialo Jean Glavany, menant à charge dans une sorte de réquisitoire, dénonçant « la somme des doubles discours, des falsifications, des manipulations » de l’intellectuel musulman.

La « schlag » [4] pour les parias du 15 mars 2004, ces aliénées soumises, celles qui ont osé faire du lèse-majesté à Dame Laïcité ! Grand Dieu, nombre d’entre elles nées françaises ont usé leurs fonds de culotte de la crèche aux amphis des facs françaises ! On les dit « carencées psychiquement et mentalement », dénuées de libre arbitre, portant sur leur tête le « symbole de l’aliénation » et de surcroît le revendiquent. Pour peu c’était la camisole et l’internement en service psychiatrique ! « Qui châtie bien aime bien »... !

Bien intégrées dans la société moderne actuelle, conscientes de leurs rôles et de leurs devoirs en tant que femmes actives et engagées, voguant harmonieusement entre modernité et traditions, diplômées et compétentes, elles sont en France exclues du monde du travail, « invisibles » sur l’échelle de la promotion sociale, absentes de tous les débats où l’on parle pour elles, critiquées pour des choix qui sont les leurs. « L’école ma voie, le voile mon choix, la France mon droit », clament-elles !

Pas sûr que la République réserve le même traitement aux riches princesses et femmes du Golfe, ces ombres furtives ensevelies sous la burqa, qui viennent chaque année faire leur shoping dans les grands magasins des Champs-Élysées. Business is business !

Douce France, cher pays de leurs outrances, si tu savais tout le mal qu’elle te fait ! La bien-pensante républicaine ! Pas en ton nom « le massacre à la tronçonneuse » de ta « Liberté, Égalité, Fraternité » ! Non ! Non ! Non !

« On se demande à quoi ça leur a servi... ces années d’études, chaipas moi », dixit Sarkosy ! À quoi servent les lois de la République, la Constitution française, la Convention européenne, les lois internationales ratifiées par la France qui protègent et garantissent la liberté de conscience et de culte ? Ô bien-pensante républicaine ! Amnésiée, illettrée ?

Maboul, Balladur ? « La France doit cesser d’avoir peur de reconnaître “la diversité” entre les hommes qui vivent sur son sol. Il lui appartient d’inventer un humanisme qui, cette fois, se défierait des formules toutes faites ; une conception de l’homme dans laquelle chacun puisse se reconnaître, qui ne soit plus fondée sur le goût de l’abstraction et l’uniformisation jacobine, mais sur la tolérance, le respect des différences, la conciliation entre la volonté d’intégration et la prise en compte de l’histoire et des convictions propres aux uns et aux autres […]. » « Le modèle de vie collective que l’Occident prétendait imposer à toutes les nations a, lui aussi, éclaté. La démocratie a-t-elle une valeur universelle ou seulement occidentale ? » « Un immense changement est en cours, qui nous contraint à renouveler nos idées et nos méthodes. La France ne peut s’y soustraire […]. » (France, XXIe siècle et avenir de l’universalisme, Edouard Balladur)

« La laïcité parce qu’elle permet d’assurer une vie commune doit concilier l’unité nationale et le respect de la diversité. La liberté de conscience, l’égalité de droit, la neutralité du pouvoir politique doivent bénéficier à tous, quelles que soient leurs options spirituelles » (commission Stasi). Rappelons-le !


Notes :
1. ISW : Islamic Syndrom Weil, maladie psychosomatique qui affecte l’imaginaire, provoquant irritabilité, excitabilité, nervosité sur personnes sensibles, un nouveau virus sous forme d’urticaires, d’allergies invisibles à l’œil nu.

2. Burqa : vêtement d’origine afghane et pakistanaise bien avant même l’existence de l’islam.

3. Voile : la tradition juive a longtemps considéré qu’une femme devait se couvrir les cheveux en signe de modestie devant les hommes. Dans le christianisme, c’est saint Paul le premier qui a imposé le voile aux femmes : « Tout homme qui prie ou qui prophétise, la tête couverte, déshonore son chef. Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef, c’est comme si elle était rasée. Car si une femme n’est pas voilée, qu’elle se coupe aussi les cheveux ! Or, s’il est honteux pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou d’être rasée, qu’elle se voile. » (1re Épître de Paul aux Corinthiens)

4. Schlag : fouet – éradiquer à la schlag : frapper fort !


* Nacéra Hamouche est présidente de l’association Citoyennes femmes libres (CFL).

Du même auteur :
Le pèlerinage au féminin
Lettre ouverte d’une maman… Nacéra Hamouche… enfant de la guerre d’Algérie !