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Politique

Affaire Hassan Iquioussen : les mosquées de Seine-et-Marne dans le viseur de l'Etat ?

Rédigé par | Samedi 13 Août 2022 à 08:30

           

Les mosquées de Seine-et-Marne sont-elles dans le viseur de l'Etat pour avoir affirmé publiquement leur soutien envers Hassan Iquioussen ? Alors qu'une rumeur circule faisant état d'une récente « convocation » par la préfecture des responsables du Conseil départemental du culte musulman (CDCM), celui-ci a décidé de clarifier la situation auprès de Saphirnews.



Affaire Hassan Iquioussen : les mosquées de Seine-et-Marne dans le viseur de l'Etat ?
Info Saphirnews. La préfecture de Seine-et-Marne a-t-elle convoqué les membres du Conseil départemental du culte musulman (CDCM) de Seine-et-Marne pour justifier leur soutien à Hassan Iquioussen ? La rumeur enfle depuis mercredi 10 août après la diffusion sur les réseaux sociaux d’un message prétendument signé des « mosquées (du) 77 » faisant état d’une « convocation » en début de semaine des responsables des 17 mosquées ayant publiquement apporté leur soutien au conférencier star, menacé d’expulsion par le ministère de l’Intérieur. « L'échange a été houleux et tendu », lit-on dans le message qui se veut alarmant.

Contacté par la rédaction, le CDCM a accepté de répondre à nos questions pour clarifier la situation. Une déclaration écrite nous a préalablement été remise vendredi 12 août dans laquelle la tenue d’une réunion, mardi 9 août à Melun, « à l'initiative de la préfecture », est confirmée, en présence de Nadège Baptista, préfète déléguée pour l'Égalité des Chances, et de trois membres du bureau de l’instance représentative des mosquées seine-et-marnaises. Une rencontre au cours de laquelle la décision du ministre de l'Intérieur de renvoyer Hassan lquioussen vers le Maroc a été abordée. Mais contrairement au message abondamment partagé sur WhatsApp et Messenger, le CDCM affirme que « la réunion s'est déroulée dans un esprit constructif, de respect et de franchise » (la déclaration dans son intégralité plus bas).

L’occasion d’un dialogue « serein et franc » à la fois

Un point que confirme auprès de Saphirnews son président Abdelaziz Abderrahmane, présent à la réunion avec les responsables des mosquées de Mée-sur-Seine et de Meaux. Ecartant toute idée d'une « convocation », ce responsable musulman ne cache pas sa colère face aux « mensonges ». « C’est du grand n'importe quoi. (…) La réunion était tout à fait cordiale et avait pour objectif de clarifier notre position dans le communiqué. Elle (la préfecture, ndlr) voulait la comprendre et elle a raison. On a confirmé notre position en affirmant que Hassan Iquioussen est déjà passé dans sept ou huit mosquées de Seine-et-Marne et qu'il n'a jamais tenu de propos contre la République » lors de ses passages dans le département, raconte-t-il.

Abdelaziz Abderrahmane affirme même avoir été « ravi » de l’organisation d'une réunion où le dialogue était à la fois « serein et franc » ; elle était une occasion pour les services de l'Etat de « comprendre ce que pensent les musulmans de la base de cette affaire ». « Le CDCM a été créé par la base, le bureau est nommé au suffrage des fidèles de manière démocratique, et nous avons une responsabilité de la représenter », affirme-t-il. « Le message a bien été compris. »

« On ne transfère pas les messages sans vérifier »

« Nous avons de très bonnes relations depuis 2018 avec la préfecture » et il n’y a aucune raison que cela ne cesse, assure Abdelaziz Abderrahmane, malgré les menaces ouvertes de Gérald Darmanin affirmant que des mosquées soutenant le prédicateur nordiste sont « dans le viseur des contrôles de l’Etat ». Le CDCM du 77 ne semble pas inquiet pour lui. A noter que le ministre de l'Intérieur s'était rendu, à la veille du lancement du Forum de l'islam de France (FORIF) en février dernier, dans la mosquée de Bussy-Saint-Georges pour encourager le dialogue fécond entre l'Etat et les musulmans du département. « Beaucoup de travaux sont en cours avec des objectifs que nous avons fixés ensemble avec la préfecture, notamment sur le basculement des associations cultuelles de la loi 1901 à 1905 et la formation des imams en Seine-et-Marne. »

La « fake news » a probablement été produite « dans l'esprit de nuire » aux relations entre la préfecture et le CDCM, ce qui est « inadmissible », estime-t-il encore. « Quand j'ai senti que le message pouvait causer du tort, j'ai pensé qu’il nous fallait faire une déclaration de manière posée, responsable. (…) Chacun doit être responsable de ses écrits. On ne joue pas avec la communication de cette façon. On ne transfère pas les messages, en plus mal écrits, sans vérifier. Je dis aux fidèles des mosquées de toujours faire attention aux messages qu’ils transfèrent car ils peuvent retomber sur eux », alerte-t-il. Dans le cas présent, « l’affaire est délicate et peut donner lieu à des répercussions graves ».

Du côté de la préfecture, la réunion a été perçue comme « constructive ». « Nous ne sommes pas obligés d'être d'accord mais l'essentiel est que les acteurs musulmans continuent d'échanger à la table de la République », nous indique une source proche du dossier. Selon nos informations, des échanges devraient être initiées par d'autres préfectures dans les départements où des groupements de mosquées ont apporté leur soutien à Hassan Iquioussen. Des rencontres qui, ailleurs qu'en Seine-et-Marne, et selon la forme prise par les « invitations » préfectorales, ont néanmoins des chances d'être interprétées par des acteurs musulmans comme une injonction à se justifier de leur position... Un bien délicat problème.

La gestion des mosquées, une affaire devenue plus difficile

L’arrêté d’expulsion de Hassan Iquioussen a récemment été suspendu par le Tribunal administratif de Paris. Néanmoins, l’affaire est loin d’être classée, le ministère de l’Intérieur ayant fait appel devant le Conseil d’Etat. Une audience est fixée au vendredi 26 août pour valider ou non la décision en première instance. « Laissons la justice faire son travail mais espérons que l’affaire n’ait pas de grosses répercussions sur notre quotidien, surtout sur la gestion des mosquées », fait part Abdelaziz Abderrahmane.

Car au-delà de l’affaire Iquioussen, le président de l’Association culturelle et éducative des musulmans de Moissy-Cramayel (Acemm) dit être « très inquiet ces dernières années de constater la difficulté de renouveler les bureaux et les conseils d'administration des mosquées. On ne trouve pas d’imams, les gens ne veulent plus se mêler de la gestion des affaires religieuses, et cela devient dramatique ». Or « nous, les anciens, on ne va pas rester éternellement aux commandes des mosquées, sachant qu'il faut que ça se rajeunit ». Une situation qui peut être expliquée de diverses façons ; Abdelaziz Abderrahmane souligne notamment le climat politique et social vécu difficilement par de nombreux musulmans. Une solution possible serait d’« arrêter d’islamiser les situations » en France sans rapport avec l’islam. Ses coreligionnaires n'en seraient que ravis.


Ce que dit le CDCM de sa rencontre dans la déclaration adressée à Saphirnews

« A l'initiative de la préfecture de Seine et Marne, une réunion s'est tenue à Melun le mardi 9 août en présence de Madame Nadège Baptista, préfète déléguée pour l'Égalité des Chances et 3 membres du bureau du CDCM 77.

Lors de cette rencontre, nous avons abordé la situation actuelle suite à la décision de Monsieur Le Ministre de l'intérieur d'expulser M. Hassan lquioussen. La réunion s'est déroulée dans un esprit constructif, de respect et de franchise. Les représentants du CDCM77 ont présenté une analyse profonde sur le contexte actuel et les attentes des musulmans seine-et-marnais, à savoir le respect, la compréhension et l'apaisement. Les motivations du CDCM 77 et ses membres derrière la publication de son communiqué ont été aussi évoquées et argumentées. Les représentants du CDCM 77 ont confirmé à Madame La Préfète que les propos de M. Hassan lquioussen prononcés lors de ses conférences en Seine-et-Marne n'ont jamais été en contradiction avec les valeurs de la République.

Le CDCM 77 a insisté sur la notion de liberté, d'Etat de droit et la nécessité de maintenir la paix sociale dans notre pays. Enfin, nous avons décidé de continuer nos échanges et maintenir notre dialogue autour de la table de la République. »




Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur


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