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Points de vue

A quand un Printemps ouïghour libérateur ?

Rédigé par Gianguglielmo Lozato | Lundi 4 Octobre 2021 à 17:00

           


A quand un Printemps ouïghour libérateur ?
Samedi 2 octobre s'est déroulée à Paris une marche en soutien au peuple ouïghour. A l'initiative d'un éminent comité d'organisateurs dont l'Institut Ouighour d'Europe avec Dilnur Reyhan, et l'ETAC (End Transplant Abuse in China) avec Fiorella Luna, le cortège s'est déplacé dans la plus grande discipline tout en étant empreint du plus grand dynamisme depuis la Place de la Bastille jusqu'à celle de la République.

Camps de concentration, travail forcé au profit de multinationales, stérilisations massives et forcées, viols et agressions sexuelles systématisées, séparation des enfants de leur famille, trafic d’organes, lieux culturels et religieux (mosquées, cimetières) détruits, surveillance et contrôle de masse, environnement régional détruit et exploité pour les intérêts de la Chine, diaspora persécutée : les raisons de la colère sont nombreuses pour les manifestants, qui étaient plus de 2 000 dans les rues de la capitale en ce week-end parisien typiquement automnal de par son temps maussade.

Une cartographie du malheur qui s’étend au-delà du Xinjiang

Le Grand Ouest de Chine subit actuellement une politique répressive abominable. Avec la construction d'un profil idéal de coupable pour les Ouïghours qui cumulent le fait d’être musulmans et turcophones. Cette polarisation de l'appareil étatique chinois a transformé le Xinjiang, appelé aussi le Turkestan oriental, en une région sinistrée. Contrôles exagérés, emprisonnements arbitraires, démographie contrariée, stérilisation forcée des femmes autochtones constituent le programme quotidien.

Nous pouvons en arriver à la révélation d'un racisme systémique envers les Ouïghours dont le premier tort est d'être différents. Une Chine qui se veut unicolore a mis en place une monochromie dérivée du rouge du Parti communiste et de celui du sang de ses victimes. Stigmatisée, la communauté turcique si dénigrée avait pourtant connu quelques épisodes de bon voisinage au cours des siècles. La grande portion Ouest s'est mutée en un gigantesque terrain d’une prise d'otages de masse.

Toutefois, cette vaste région rattachée à la République de Chine voit aujourd’hui le centre de gravité de cette répression dériver vers le Nord du pays. Il y a un effet de contagion avec les voisins de la Mongolie-Intérieure, désormais interdits de pratique de l'alphabet mongol, sans compter l'occultation de l'image de Gengis Khan. Les libertés se restreignent pour toutes les minorités vivant à proximité des contours du Far West chinois, du nord au sud en incluant les Tibétains. Une chasse à l'homme idéologique prononcée sur cet arc de cercle territorial confirmée ce jour par Ilpan, un des participants à la marche, qui m'a expliqué être arrivé en France trois ans plus tôt car très fortement inquiété par les autorités en raison de son statut de journaliste télé.

Un public à sensibiliser d'urgence

Tout en présentant son épouse et son jeune fils Skander, il me dit déplorer le manque d'informations pour le grand public de ce qui se passe pour les minorités en Chine. Une opinion partagée par une participante, non ouïghoure cette fois, répondant du prénom de Fatima. La jeune cadre m'a confié être scandalisée qu'au XXIe siècle, des persécutions religieuses ont toujours cours. Certains ne comprennent pas que les médias ne jouent pas leur rôle, ce qui fait que le grand public ne réalise pas ce qui se passe. Philippe, la cinquantaine BCBG, a employé l'expression de la « politique de l'autruche », tandis que Samet, jeune homme d'origine turque, a tristement acquiescé d'un « C'est vrai, c'est loin donc ce n’est pas grave dans l'esprit des autres ».

Lire aussi : Répression des Ouïghours en Chine : « Les grands crimes, pour avoir lieu, ont besoin d’immenses silences »

La force de cette manifestation a été de rassembler des gens de tout horizon pour grossir les rangs des manifestants, qui ont scandé des slogans dénonçant le cynisme commercial de grandes marques de vêtements. Etaient cités Nike, Zara, Uniqlo et d’autres comme des « complices » de la répression chinoise. Pour paraphraser l'ancien président français Jacques Chirac à propos de l'urgence climatique, « la maison brûle et nous détournons le regard ». Cette fois, c'est d'urgence humanitaire dont il s'agit.

De l'eurodéputé Raphael Glucksmann aux responsables de l'ETAC, en passant par des témoignages de rescapés des camps chinois aux cinglants appels de la sociologue Dilnur Reyhan… Pour conclure la marche, plusieurs prises de parole importantes se sont succédé pour tenter au mieux d'avertir la masse de la situation des Ouïghours et de ses conséquences. Plus de dix ans après la grande révolte de l'été 2009 au Xinjiang, à quand un printemps ouïghour libérateur ?

Pour le moment, il nous incombe à nous tous de faire passer un message solidaire, de nous montrer à l'écoute des activistes établis dans l'Hexagone comme Erkin Ablimit, chef du gouvernement en exil, afin de faire avancer la cause ouïghoure et d’exiger la reconnaissance et la condamnation des crimes commis à l’égard des Ouïghours et des autres minorités par le régime chinois.

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Gianguglielmo Lozato est professeur d'italien et auteur de recherches universitaires sur le football italien en tant que phénomène de société. Il est auteur de l'essai Free Uyghur (Editions Saint-Honoré, mai 2021).

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